Les habitants du village de Kolontar cherchaient désespérément à sauver hier tout ce qu’ils pouvaient des décombres de leurs maisons, dévastées par une marée de boue toxique meurtrière. Attila Kisbenedek/AFP
Deux jours après la catastrophe écologique, qui a déjà fait quatre morts, dont une petite fille de 14 mois, plus de 120 blessés, trois personnes étant toujours portées disparues, les pompiers essayaient de ralentir la propagation du flux toxique dans les rivières. Ainsi, ils installaient des barrages et déversaient des tonnes de plâtre pour tenter de dissoudre la boue. La pollution pourrait atteindre plus tard dans la soirée la rivière Raab, qui est un affluent direct du Danube, selon les experts.
« Nous sommes confiants dans le fait que les particules toxiques n'atteindront pas le Danube », a toutefois affirmé le ministre de l'Intérieur, Sandor Pintér, lors d'une conférence de presse à Budapest. Tant le service hongrois des eaux que l'organisation écologiste Greenpeace prélèvent régulièrement des échantillons pour étudier la dangerosité de la pollution pour la faune et la flore. Les autorités des pays riverains du Danuble au sud de la Hongrie, notamment la Serbie, la Croatie et la Roumanie, font de même. D'ores et déjà, des centaines de poissons morts flottent dans les rivières et une grande partie de la végétation de la région a été anéantie, vraisemblablement pour des années, comme l'a indiqué le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Le gouvernement hongrois avait déclaré mardi l'état d'urgence dans trois départements de l'ouest du pays. Un bataillon de quelque 500 personnes - pompiers et volontaires - nettoyait les rues et les maisons au jet d'eau à haute pression, a précisé à l'AFP Timea Petroczi, porte-parole des services anticatastrophes. « Nous savons déjà que 10 hectares ont été submergés par la boue rouge, causant des dommages importants dans 40 maisons à Kolontar, 244 à Devecser et 14 à Somlovasarhely », a détaillé Sandor Pintér.
La société MAL, propriétaire de l'usine et qui rassemble un groupe d'investisseurs privés, est sur la sellette. L'usine d'Ajka, construite en 1943, est très ancienne, selon le site Internet de MAL. Elle avait été rachetée par MAL dans les années 90 après la chute du régime communiste. Le secrétaire d'État à l'Environnement, Zoltan Illés, s'est dit « persuadé » que la cause de l'accident était la surcharge des réservoirs. Selon lui, le nettoyage et la reconstruction des villages pourraient prendre des mois, voire un an.
Les coûts « pourraient atteindre des dizaines de millions d'euros », a-t-il ajouté. MAL devra payer, et si elle n'a pas les moyens suffisants, une contribution du gouvernement ou une demande d'aide à l'Union européenne sont envisagées. Le directeur de MAL insistait hier pour reprendre rapidement la production. L'entreprise ne peut survivre « qu'un mois avant de perdre toute sa clientèle », a affirmé Zoltan Bakonyi. L'usine emploie 1 100 personnes et se trouve être l'unique employeur dans une région plutôt pauvre, a-t-il dit dans un entretien radiophonique.
Dans le village de Kolontar, dont étaient originaires les quatre victimes, le maire, Karoly Tily, a décrété une journée de deuil. MAL a annoncé prendre à sa charge le coût des obsèques des victimes.

