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Éclairage

Ce que certaines parties attendent du Premier ministre...

Trois positions ont été lancées au cours des derniers jours, qui semblent destinées à dessiner une feuille de route au Premier ministre Saad Hariri. Il y a eu d'abord les propos du chef du Courant des Marada au cours d'un entretien télévisé à la LBCI. Sleimane Frangié avait pratiquement établi l'équation suivante : il faudrait en quelque sorte choisir entre le Tribunal spécial pour le Liban et la stabilité interne, ajoutant qu'un acte d'accusation incriminant des membres du Hezbollah provoquerait une guerre civile au Liban.
À son tour, le leader druze Walid Joumblatt est monté dimanche d'un cran dans ses critiques contre le TSL, en rapportant, à travers un discours écrit, une conversation qui avait eu lieu entre lui et l'ambassadeur de Russie en 2005. Ce dernier lui aurait dit : « Vous voulez le TSL, vos l'aurez. Et pourtant... » À son tour, il a lancé, dimanche devant de nombreux convives de tous les bords politiques : « C'est vrai, nous avons eu le TSL. S'il pouvait ne pas exister. Et pourtant... » Le lendemain, il a encore précisé son intention en déclarant à sa sortie du Grand Sérail et dans sa prise de position hebdomadaire à l'organe de son parti : « J'ai dit cela pour l'histoire. Le tribunal existe. Maintenant, il faut travailler pour l'avenir et essayer de trouver des compromis... »
Enfin, le président de la République Michel Sleiman, qui n'avait encore jamais pris ouvertement position au sujet du tribunal, a déclaré, dans une interview à la NTV donnée à partir de New York et dans laquelle il a soigneusement pesé chacun de ses mots : « Il faut que le TSL retrouve sa crédibilité. » Mises côte à côte, ces déclarations semblent tracer un chemin au Premier ministre Saad Hariri, d'autant que Sleimane Frangié est sans doute le leader libanais le plus au fait des véritables positions du commandement syrien. Sa position ajoutée à celle du néocentre que représente Walid Joumblatt et à celle du président Sleiman qui représente à lui seul tout le centre sont assez explicites.
À ce sujet, des sources proches de la Syrie révèlent que lorsque après les élections législatives de 2009, Saad Hariri, devenu chef du plus important bloc parlementaire, s'est rendu en Arabie saoudite pour solliciter l'approbation du roi Abdallah pour son projet de devenir Premier ministre, le roi lui aurait dit : « Vous êtes conscient que cela signifie avoir d'excellentes relations avec le régime syrien et en particulier avec le président Bachar el-Assad ? » Saad Hariri aurait répondu par l'affirmative et c'est en toute connaissance de cause qu'il a donc décidé d'ouvrir une nouvelle page avec la Syrie et d'établir des relations directes et franches avec le président Assad, avec la bénédiction du roi.
Les mêmes sources précisent toutefois que le régime syrien a le sentiment que le Premier ministre n'a pas encore réellement tranché ses options. Il exprime d'excellentes intentions envers Damas, mais le climat au Liban ne suit pas ce courant, notamment au sein de son propre camp. Tout en comprenant qu'il puisse avoir des contraintes propres à lui et qu'il est aussi soumis à des pressions de la part de la communauté internationale, le régime syrien commencerait à avoir des doutes au sujet de ses véritables intentions. Il semblerait par exemple que lorsqu'il a été convenu, au cours du fameux repas nocturne à Damas en plein mois de jeûne, qu'il donnerait une interview au quotidien saoudien al-Chark al-Awsat pour y présenter, entre autres positions, des excuses à la Syrie, une seconde entrevue était prévue au quotidien al-Watan de Syrie, dans laquelle il devait s'adresser au Hezbollah pour lui affirmer en quelque sorte qu'il n'accepterait pas qu'une accusation soit portée contre lui par le biais de l'acte d'accusation du TSL. La formule n'est peut-être pas très précise, mais c'est l'esprit qui compte. De cette façon, le Premier ministre resterait attaché à la justice internationale et au TSL, mais en lui fixant des limites, à travers sa « conviction » portant sur l'innocence du Hezbollah dans l'assassinat de son père. Or, seule la première partie du scénario a été exécutée. Les mêmes sources proches de la Syrie affirment qu'au cours de leur dernier entretien téléphonique, le président Assad aurait évoqué la seconde partie du scénario, alors que le quotidien libanais al-Akhbar, proche de la Syrie et du Hezbollah, a écrit dans son édition de lundi, sur sa page une « ce que Saad Hariri devrait dire »...
Si ces informations sont exactes, le message serait ainsi très clair, mais la tâche du Premier ministre est loin d'être facile, d'autant que la communauté internationale multiplie les déclarations pour exprimer son attachement au TSL et pour rappeler que nul ne peut l'arrêter ou modifier la teneur de l'acte d'accusation. C'est donc autour de la position du Premier ministre que se joue l'essentiel du nouveau bras de fer.
L'opposition a maintenant trouvé un nouveau moyen de pression à travers le financement du TSL dans les budgets de 2010 et de 2011, mais il semblerait que le bloc de Walid Joumblatt ne souhaiterait pas mener cette bataille, car le chef du PSP estimerait que le traitement du dossier épineux du TSL et de l'acte d'accusation ne devrait pas être d'ordre financier, mais plutôt global. Il déploie donc des efforts dans ce sens, mais la partie est difficile et les enjeux dépassent le Liban.

Trois positions ont été lancées au cours des derniers jours, qui semblent destinées à dessiner une feuille de route au Premier ministre Saad Hariri. Il y a eu d'abord les propos du chef du Courant des Marada au cours d'un entretien télévisé à la LBCI. Sleimane Frangié avait pratiquement établi l'équation...

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