Un touriste-plongeur à l’intérieur d’une cage à barreaux pour mieux observer les requins. Alessia Pierdomenico/Reuters
À proximité des îles Neptune, au sud de l'Australie, les touristes-plongeurs descendent à l'intérieur d'une cage à barreaux. Les requins blancs ne tardent pas à s'approcher, attirés par des morceaux de thon lancés depuis un bateau à la surface. « On se sent tout petit. La peur que l'on peut avoir des requins disparaît un petit peu et l'on ne voit plus que ce magnifique animal, immense et tellement gracieux », déclare Catherine Leach, descendue dans la cage. « J'ignorais qu'ils avaient le sang plus chaud que les autres poissons. J'ignorais que leurs yeux étaient bleus et non pas de ce noir funèbre que l'on voit dans les documentaires », ajoute son compagnon de plongée, Phil Donovan.
Pour Andrew Fox, à la tête d'une entreprise privée de « rencontres » avec les requins, ces plongées montrent aux visiteurs que les squales valent mieux que la caricature des « Dents de la mer » et ne méritent pas leur réputation de tueurs d'hommes. Ils sont surtout victimes de pêche excessive car leurs ailerons sont un mets très prisé en Asie.
L'ONG américaine Pew Environment Group estimait mi-septembre que 30 % des espèces de requins sont menacées ou quasi menacées d'extinction, tandis que l'incertitude plane au-dessus de 47 % d'entre elles. Chaque année, jusqu'à 73 millions de requins sont pêchés dans le monde, dont beaucoup sont rejetés vivants à la mer après découpage de leurs ailerons vendus jusqu'à 100 dollars le kilo sur le marché de Hong-Kong. Incapables de nager, ils agonisent avant de sombrer. Or le requin, situé tout en haut de la chaîne des espèces en mer, a un rôle précieux de « régulateur », à l'image du requin de récifs, qui se nourrit de prédateurs intermédiaires, tels que les mérous, qui eux-mêmes se nourrissent de poissons herbivores.
Si le nombre de requins diminue, leurs proies vont proliférer, consommer plus de poissons herbivores qui ne seront plus assez nombreux pour brouter. Résultat : une prolifération des algues au détriment des coraux. En Australie, la pêche aux ailerons de requins est strictement interdite et les requins blancs sont classés espèce protégée. Mais le prédateur effraie. « Les Australiens en particulier ont un sentiment très particulier, presque pathologique, d'effroi face au requin. On dirait que chaque Australien nait avec cette peur et cette haine vissées en lui », déclarait il y a peu l'écrivain Tim Winton, engagé dans la protection des requins, à la télévision australienne ABC. « Depuis quelques années, nous avons accompli un long chemin dans le traitement et le respect de la faune et de la nature. Mais les requins ont échappé à ce mouvement et sont toujours victimes de notre barbarie », ajoutait-il.
Quelque 300 espèces de requins vivent le long des 370 000 kilomètres de côtes australiennes, mais une poignée seulement peut attaquer l'homme et ces attaques sont de toute façon très rares, souligne John West, qui étudie les squales depuis trente ans. En Australie, « nous n'avons en moyenne qu'une mort par an, alors que 80 personnes se noient sur nos plages », ajoute-t-il.
Malgré ces statistiques, le requin, blanc notamment, est un tueur en série dans l'imaginaire des Australiens, et à ce titre, « le citoyen le moins respecté de la mer », regrette Tim Winton.

