Une queue devant un bureau de vote. Les Vénézuéliens étaient appelés à renouveler le Parlement. Isaac Urrutia/Reuters
À 56 ans, le dirigeant vénézuélien, qui se réclame de Simon Bolivar, le père de l'indépendance, n'est pas candidat à ces législatives. Mais il a été omniprésent dans la campagne. Son portrait orne les affiches des candidats du Parti socialiste, ses discours ont été repris par les médias, parfois contraints par la loi à les diffuser in extenso. Ses attaques contre l'opposition n'ont pas manqué. « Ils ne reviendront jamais ici », a-t-il lancé lors d'une intervention télévisée depuis son palais présidentiel de Miraflores. « Nous voulons un déluge de scrutins ! Nous avons déjà battu le record de bureaux de vote ouverts. C'est un jour superbe. Allez, la nation vous attend », a écrit Chavez dans plusieurs messages sur son compte Twitter @chavezcandanga.
Cependant, douze ans après sa première élection, en décembre 1998, sa popularité a reflué sous la barre des 50 %, oscillant selon les instituts de sondage entre 40 et 50 %. Dans son sillage, s'il conserve la faveur des pronostics, l'avance du Parti socialiste s'est réduite sur l'opposition, qui s'est regroupée au sein d'un conseil de l'Unité démocratique.
En 2005, l'opposition avait boycotté les législatives. Cette décision avait donné carte blanche au président vénézuélien, et ses adversaires aujourd'hui la regrettent amèrement. « L'histoire d'amour entre Chavez et le peuple est terminée. Nous sommes de retour », veut croire Berta Morales, une des principales figures de l'opposition. L'Unité démocratique évoque un mécontentement croissant à l'égard de la gouvernance autoritaire du président et de la criminalité dans le pays - il y aurait eu entre 13 000 et 16 000 homicides l'an dernier, sur une population de 27 millions d'habitants ; le New York Times a laissé entendre que le Venezuela était plus dangereux que l'Irak.
L'opposition pourrait aussi bénéficier des difficultés économiques du pays, qui traverse sa deuxième année de récession avec une inflation frôlant les 30 % et des exportations en recul.
Le resserrement observé dans les intentions de vote devrait toutefois être insuffisant pour qu'on assiste à une alternance politique au sein de l'Assemblée nationale. L'État a procédé l'an dernier à un redécoupage de la carte électorale, donnant plus de poids aux circonscriptions rurales où le chavisme compte ses plus fidèles partisans. Même en remportant le plus grand nombre de suffrages au niveau national, l'opposition ne serait pas mécaniquement majoritaire en sièges. « Compte tenu d'un système électoral taillé pour lui, le parti de Chavez conservera sans doute une majorité confortable à l'Assemblée nationale », avance Daniel Kerner, analyste chez Eurasia.
Il n'est pas certain en revanche de retrouver une majorité qualifiée des deux tiers des 165 élus de l'Assemblée, qui a permis à Chavez de faire adopter sans difficulté ses réformes législatives, ses projets de nationalisation ou ses nominations à des fonctions élevées dans les principales institutions. S'il conserve sa majorité qualifiée, l'Assemblée nationale restera une Chambre d'enregistrement et les observateurs s'attendent à ce qu'il poursuive la transformation socialiste du Venezuela, premier pays exportateur de pétrole d'Amérique du Sud. Le secteur bancaire et la filière agroalimentaire pourraient à leur tour connaître des nationalisations.
S'il la perd, Chavez ne freinera pas forcément et pourra même accélérer la cadence des réformes avant que le Parlement issu des élections ne se réunisse, le 5 janvier.


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