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Liban

Mobilisation pour sauver les derniers joyaux architecturaux de Beyrouth

Patrimoine À l'heure où les belles demeures traditionnelles de Beyrouth se réduisent comme peau de chagrin, les consciences se réveillent -trop tard- pour sauver le peu qui reste d'un patrimoine malmené par la frénésie immobilière et la complicité des hommes politiques.
OLJ
26/09/2010
"Beyrouth était une ville-jardin, avec des maisons à l'architecture exquise. C'est devenu un amas de constructions d'un ennui mortel", regrette Yvonne Sursock Cochrane, 88 ans.
Elle est l'une des rares propriétaires d'une superbe demeure héritée de son illustre famille beyrouthine. "On détruit les oeuvres les plus belles qui, à l'étranger, seraient intouchables", dit-elle à Rana Moussaoui dans une dépêche de l'AFP.
Ces oeuvres, ce sont des villas au style ottoman ou vénitien du XIXe siècle ou des maisons au style colonial datant du mandat français (1920-1943) avec des façades aux triples arcades adornées d'enluminures, des toits en tuile, des halls somptueux et des jardins où embaume le jasmin.
Après la guerre civile au Liban (1975-1990) et le chantier de reconstruction, des tours d'appartements de luxe se sont implantés en plein coeur de quartiers dits "à caractère traditionnel", faisant disparaître de centaines de bijoux du patrimoine.
Des 1 200 recensés en 1995 uniquement autour du centre-ville, il n'en reste plus que 400 répertoriés.
"Les Libanais se sont habitués à cette laideur", martèle Pascale Ingea, militante dans "Save Beirut Heritage", une initiative lancée en 2010. Pascale a vu de son balcon comment un palace de 200 ans qui la faisait rêver quand elle était petite a été détruit pierre par pierre. "C'est un tissu socio-urbain qui est en train de disparaître. Beyrouth ressemble à une ville qui n'est plus la nôtre", lâche cette peintre de 33 ans.
Beaucoup ont dû vendre, n'ayant pas les moyens d'entretenir leur demeure ou en raison de la présence de multiples héritiers. Dans ce dernier cas, le prix est souvent bradé, bien que les prix de l'immobilier à Beyrouth ont décuplé de 2000 à 2010.
Cette année, malgré le sentiment de gâchis, les choses ont commencé à bouger.
À Beyrouth, toute démolition de bâtiment, classé ou non, doit être désormais approuvée par le ministre de la Culture. Cette mesure a "sensiblement freiné les destructions", affirme le ministre Salim Wardy qui a lancé une "ligne rouge" sur laquelle il peut être alerté de travaux de démolition.
Samedi, "Save Beirut Heritage" a organisé une marche dans le centre-ville pour dénoncer l'"hécatombe" qui a fait perdre à Beyrouth son cachet.
Mais ce que militants et ministère réclament à cor et à cri, c'est une loi pour la préservation du patrimoine, inexistante au Liban.
"Nous sommes à la traîne par rapport aux pays arabes", dit M. Wardy.
"C'est une loi sur les antiquités datant de 1932 qui régit actuellement les bâtiments à valeur patrimoniale, c'est absurde", affirme l'architecte Fadlallah Dagher, de l'Association pour la protection des sites et des anciennes demeures (APSAD).
Un projet de loi est bloqué au Parlement depuis huit ans, et pour cause.
"Ce n'est pas un secret: beaucoup d'hommes politiques font de la promotion immobilière et n'ont pas vraiment intérêt à préserver ces maisons", souligne M. Dagher. "Une fois, des promoteurs m'ont dit "laissez-nous faire nos affaires, si vous voulez de la culture, allez la chercher ailleurs"", raconte-t-il de sa villa familiale dans le quartier traditionnel de Gemmayzé.
Le ministre Wardy parle d'énormes pressions exercées sur lui et se défend de vouloir bloquer la construction à Beyrouth. "On veut juste préserver l'identité de notre ville".
Le projet de loi prévoit, entre autres, des abattements fiscaux et des compensations pour le propriétaire comme pour les promoteurs.
Dans les régions libanaises, des maisons sont restaurées, notamment par des expatriés. Mais à Beyrouth, le mal est fait.
"Nous tentons de préserver ce qui reste", dit M. Wardy.

 


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