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Liban - Éclairage

Une guerre de tranchées... sous le plafond syro-saoudien

Les Libanais peuvent souffler un peu, la trêve semble s'installer... jusqu'à la prochaine secousse. Car nul ne se fait trop d'illusions, les positions restent les mêmes et le fossé entre les protagonistes est encore plus profond qu'à la veille de la fête du Fitr. Que s'est-il donc passé pour qu'un soudain vent d'accalmie puisse faire son effet sur le climat général, à défaut de le faire dans les esprits ?
Des sources généralement bien informées, proches du 8 Mars, affirment que les autorités saoudiennes auraient conseillé au Premier ministre Saad Hariri de rentrer au pays et de chercher à calmer le jeu car l'escalade verbale n'est pas dans son intérêt surtout face au mécontentement syrien provoqué par le comportement de son propre camp. Car, ajoutent les mêmes sources, s'il est vrai que les dirigeants saoudiens n'ont pas apprécié ce qu'ils appellent « le lâchage syrien » de leur candidat pour la présidence du gouvernement irakien Iyad Allaoui au profit de candidats appuyés par les Américains et les Iraniens (la politique internationale réserve toujours de grandes surprises), ils ne veulent pas pour autant prendre leur revanche au Liban, où ils savent que les cartes principales sont détenues par les Syriens. Et avec la guerre sans fin au Yémen qui les touche de près, ils n'ont pas une bien grande marge de manœuvre. En même temps, l'émir Abdel Aziz ben Abdallah s'est rendu à Damas pour tenter de rétablir les ponts entre les autorités syriennes et le Premier ministre libanais.
Des sources proches de la Syrie précisent à cet égard que les autorités de Damas ont de plus en plus l'impression que le Premier ministre Saad Hariri serait « lent à la détente » et ne réagirait pas assez vite aux messages discrets qui lui sont transmis. Au cours de toutes leurs rencontres en tête à tête, le président Bachar el-Assad aurait ainsi tenté de faire comprendre à Saad Hariri que la résistance est une ligne rouge et qu'il faut aller jusqu'au bout dans le dossier des faux témoins, car la Syrie considère que ce dossier est à l'origine des mauvaises relations entre les deux pays au cours des quatre dernières années. Les autorités syriennes ont malgré tout accepté le choix du Premier ministre de confier la mission de médiation avec Damas au colonel Wissam Hassan et elles ont, à leur tour, décidé que le général Rustom Ghazalé (qui avait été accusé par des parties libanaises d'être l'un des instigateurs de l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri) serait son interlocuteur. Mais en même temps, elles n'ont jamais fait mystère, discrètement, de leur souhait de voir le département des informations au sein des FSI (qui a été l'un de leurs principaux accusateurs) « réformé et légalisé »... Bref que les choses rentrent « dans l'ordre », selon la perception syrienne de ce terme.
Dans ce contexte, les autorités syriennes ont certes accueilli avec satisfaction les propos du Premier ministre libanais au quotidien saoudien ash-Sharq el-Awsat, notamment les excuses officielles qu'il leur a présentées, mais elles craignent, en observant la situation générale du Liban, qu'il s'agisse pour lui de gagner du temps, en attendant des développements régionaux ou même la publication de l'acte d'accusation du TSL incriminant des membres du Hezbollah. D'ailleurs, des personnalités ayant assisté aux réunions du bloc parlementaire de Hariri « Liban d'abord » auraient rapporté aux autorités syriennes que, face à l'étonnement, voire au mécontentement, de certains députés à la suite de ses déclarations au quotidien ash-Sharq el-Awsat, Saad Hariri aurait affirmé : « Il faut faire passer cette période... »
Les autorités syriennes ont aussitôt riposté en réservant un accueil chaleureux au général Jamil Sayyed et en donnant leur aval à la poursuite du dossier des faux témoins. D'ailleurs, l'ancien ministre Wi'am Wahhab s'est empressé d'adresser un message fort au 14 Mars, dans le cadre d'un entretien à la chaîne al-Manar, alors que l'ancien ministre Michel Samaha s'est rendu à l'AIB pour accueillir le général Jamil Sayyed à son retour de voyage. Ces petits indices sont toutefois passés inaperçus jusqu'au moment où les Saoudiens sont intervenus pour appeler au calme. C'est d'ailleurs leur intervention qui a poussé le Premier ministre à déclarer au cours de la réunion du Conseil des ministres que « les généraux ont certes été victimes d'une injustice », s'empressant toutefois de préciser que cette injustice n'équivaut en rien aux droits du Premier ministre Rafic Hariri et à ceux des martyrs qui sont tombés au cours des cinq dernières années.
Il faut préciser dans ce cadre que si les autorités syriennes semblent mécontentes des prises de position du Premier ministre Saad Hariri, l'administration américaine, elle, estime qu'il se comporte avec beaucoup de subtilité. Saad Hariri aurait ainsi reçu des signaux positifs suite à ses efforts pour épargner la Syrie, tout en maintenant la pression sur le Hezbollah.
Pris entre deux feux, et non des moindres, le Premier ministre est dans une position peu confortable, et, avec lui, l'ensemble du pays, affirment les milieux du 8 Mars. D'autant que sur le plan interne, le Hezbollah a décidé de répondre à toute attaque. Ses députés et autres responsables ont reçu des instructions pour ne laisser échapper aucune déclaration, notamment de la part du Courant du futur ou des députés du bloc « Liban d'abord ». Le Hezbollah estime ainsi qu'il respecte la demande saoudienne de donner un peu de temps aux autorités du royaume pour régler la question de l'acte d'accusation, mais en même temps, il reste vigilant, refusant que le temps demandé soit utilisé pour l'apaiser avant de mieux l'attaquer.
Dans le même temps, des membres du Courant du futur considèrent de leur côté que ces campagnes verbales desservent l'image du Hezbollah et le rapprochent de plus en plus d'un comportement milicien, bien plus que celui d'une résistance... C'est dire que rien n'est réglé et le bras de fer continue, avec des variations dans l'intensité, selon les développements régionaux et autres.
Les Libanais peuvent souffler un peu, la trêve semble s'installer... jusqu'à la prochaine secousse. Car nul ne se fait trop d'illusions, les positions restent les mêmes et le fossé entre les protagonistes est encore plus profond qu'à la veille de la fête du Fitr. Que s'est-il donc passé pour qu'un soudain vent d'accalmie puisse faire son effet sur le climat général, à défaut de le faire dans les esprits ?Des sources généralement bien informées, proches du 8 Mars, affirment que les autorités saoudiennes auraient conseillé au Premier ministre Saad Hariri de rentrer au pays et de chercher à calmer le jeu car l'escalade verbale n'est pas dans son intérêt surtout face au mécontentement syrien provoqué...
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