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Nos lecteurs ont la parole

Trop, c’est trop ! (Réquisitoire)

Par Louis INGEA
Il y a trop longtemps que ça dure. Beaucoup plus que n'en peuvent supporter les gens normaux. Sauf qu'il faut croire que la « normalité » nous soit devenue tellement étrangère que plus rien ne se meut sans un nécessaire dysfonctionnement. À tel point que les règles les plus élémentaires sont considérées désormais comme qualités rares relevant d'une autre planète.
Je comprends, à la limite, que la guerre du Liban ait pu détraquer nombre de nos comportements. Engendrer méfiance, haine et menaces de toutes sortes. Mais une guerre a un terme, et le chaos, une fin sans laquelle nulle vie ne saurait se poursuivre.
Nous ne sommes pas les seuls, en ce monde, à avoir subi les conséquences de remous politiques ou de situations instables. Il se fait même que le Liban n'a connu, de toute son histoire, qu'une suite de troubles, d'invasions, de régimes tyranniques qui se sont succédé sans interruption notoire tout au long des siècles. Ce n'est pas raison suffisante pour estomper, pour anéantir sa velléité de survie ou d'un développement décent de ses facultés humaines. D'autres nations, d'autres populations ont traversé tour à tour affres et descente aux enfers sans pour autant que leur condition d'êtres réfléchis les ait empêchés de surmonter les épreuves et de se refaire tant bien que mal une place au soleil.
Nous autres exceptés... à ma connaissance !
De quoi me faire douter de la véritable nature qui nous anime. Et qu'on ne vienne plus, de grâce, nous rebattre les oreilles avec la rengaine des « grandes puissances qui cherchent à assurer leur hégémonie ou promouvoir leurs intérêt ». Un peuple averti et conscient de sa dignité doit savoir comment limiter, voire contrecarrer ce genre de tentative.
Nos voisins immédiats sont passés par là. Et ils ont tous, plus particulièrement ceux que nous aimons le moins, choisi des dirigeants capables de freiner pareille stratégie et de contrebalancer intelligemment le jeu nocif des appétits internationaux. Nul besoin, pour eux, de réussir à cent pour cent. Il suffisait déjà de manifester une volonté.
Or cette volonté-là, nous ne l'avons pas, nous, Libanais.
Nous ne l'avons pas parce que nous manquons d'éducation et de véritable culture sur tous les plans. Vie civique en tête.
Oh ! Je sais... Il y a pas mal d'individus qui semblent à la hauteur, qui ont même brillé à l'étranger et qui paradent, de-ci de-là, fiers de leur succès. Mais cela est très loin de suffire pour qu'une nation s'y reconnaisse, aussi minuscule qu'elle soit. Car il y a la masse, la pesanteur de la masse partisane de ces Libanais bornés et hâbleurs de toutes confessions, que peu de liens patriotiques unissent entre eux, à part ceux de la jouissance quotidienne et immédiate au niveau le plus plat. Je n'ose pas dire le plus primitif
Les premiers à caracoler dans cette catégorie sont principalement la majorité de nos soi-disant élus. Élus, bien entendu, par ceux qui leur ressemblent, tant il est vrai que nos responsables n'ont pas été catapultés à partir de la Chine mais sont bel et bien fils de notre montagne et de notre littoral.
Aussi, cette sinistre comédie intitulée « 14 sur 8 » n'a-t-elle que trop duré. Elle existait même,de manière endémique, parmi nous, depuis plus de cent ans. Elle reflète le dégradant combat de fanatiques savamment manipulés et de la cupidité de petites gens faussement affiliées aux civilisations d'outre-mer. Donc aussi exécrables les uns que les autres.
Le symbole vivant du sursaut national ne s'est révélé à nous qu'une seule fois, hélas : il s'appelait Bachir Gemayel et s'apprêtait à établir une dignité encore jamais vécue. Il fut sauvagement éliminé, à cause, justement, de cette qualité-là. Car les médiocres abhorrent les purs et les idéalistes. Proliférant, tout comme les mauvaises herbes, ils étouffent sans retour le milieu dans lequel ils croissent...
Alors moi, qui n'ai plus rien à perdre ni rien à gagner, je dis tout haut : ASSEZ ! Quitte à crier dans le désert et au nom de la simple dignité du citoyen, je m'adresse à chacun de nos leaders en particulier. Je m'adresse à Hassan Nasrallah et ses sbires, à Michel Aoun et sa clique, à Saad Hariri et son clan, à Walid Joumblatt et sa tribu, aux menus seconds couteaux tels que Sayyed, Kandil, Wahhab et tout le chapelet des saintes nitouches, tant chrétiennes que musulmanes qui n'ont cessé, depuis l'indépendance, de berner leurs concitoyens de leur fatuité et de les gruger de leur incompétence.
Et je réitère mon appel désespéré sans y aller par quatre chemins :
Trop, c'est trop ! Cessez donc vos contorsions de polichinelle. Le ridicule a tourné au drame. Je ne sais s'il est encore temps de sauver notre patrie. Faites taire imprécations et menaces. Arrêtez votre démagogie galopante. Mettez un terme à vos discours et à vos apparitions sur le petit écran. Oubliez vos fausses objections et vos fausses pudeurs. Le cruel égoïsme d'une moitié d'entre vous a trouvé son pendant dans la veulerie de l'autre moitié. Vous êtes en train de nous mener à la mort.
Voyez le résultat auquel le pays est réduit. Nos routes, notre électricité, notre eau, notre administration, notre urbanisme sont dans un état déplorable. Votre impardonnable irresponsabilité a contribué à défigurer ce que la nature nous avait gratuitement octroyé. Rendez-vous compte du niveau général des mentalités que votre exemple a pourries.
Ce qui reste à demander est que vous nous laissiez vivre. Laissez-nous travailler en paix. Oubliez vos instincts de revanche, de vengeance, et vos appels à la guerre. Ouvrez vos cœurs à ce qu'il y a d'humain et de beau dans le monde. Pensez au progrès, à l'éducation de nos enfants, et laissez l'étroitesse de vos vues au rancart. Rendez-nous, en somme, notre dignité bafouée.
Ne vous sentez surtout pas insultés, Messieurs ! Ne me faites pas dire ce que la politesse m'empêche d'énoncer. Je vous incite seulement à vous réveiller. À vous rappeler que vous êtes d'abord des créatures dotées d'esprit et que votre inconscience permanente en est devenue criminelle.
Ne voyez-vous pas qu'à cause de vos compromissions et de la corruption généralisée, semée jusque dans les générations montantes, il ne reste plus rien du Liban de nos ancêtres ? Nous n'avons pas cessé de rétrograder. Il n'y a que le soleil et notre... « tabboulé » qui en réchappent.
C'en est assez ! Le Liban actuel ne peut plus se maintenir dans ces conditions. Ou alors, qu'il disparaisse. Ce serait plus décent et moins scandaleux. Sauf que vous en porterez la responsabilité jusqu'à la fin des temps.
Forcément, un jour, vous cesserez d'exister. Vos gens et vos croyances passeront. Mais la création de Dieu, elle, ne passera pas. Parce que l'affaire en cours dans l'Univers suivra son chemin sans égard envers les protagonistes d'une époque donnée. Nos montagnes ne bougeront pas de place. La mer ne cessera pas de caresser nos rivages. Viendra un moment où, de gré ou de force, pâliront les aléas artificiellement provoqués et viendront d'autres hommes, aux mœurs moins atrophiées.
Tel est mon unique vœu. Il relève du rêve ou de la poésie, je le sais. Mais si, comme on le dit, seule la passion fait progresser la vie dans la bonne direction, alors espérons que le Liban de l'avenir puisse un jour gommer les traces des incapables et toutes les ignominies qu'ils lui auront fait subir.
Il y a trop longtemps que ça dure. Beaucoup plus que n'en peuvent supporter les gens normaux. Sauf qu'il faut croire que la « normalité » nous soit devenue tellement étrangère que plus rien ne se meut sans un nécessaire dysfonctionnement. À tel point que les règles les plus élémentaires sont considérées désormais comme qualités rares relevant d'une autre planète.Je comprends, à la limite, que la guerre du Liban ait pu détraquer nombre de nos comportements. Engendrer méfiance, haine et menaces de toutes sortes. Mais une guerre a un terme, et le chaos, une fin sans laquelle nulle vie ne saurait se poursuivre.Nous ne sommes pas les seuls, en ce monde, à avoir subi les conséquences de...
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