Les visiteurs de Baabda rapportent que Michel Sleiman, fortement mécontent des prises de bec, estime que la dégradation ne sert personne, qu'elle nuit à tous et conduit à un suicide collectif. Il presse les protagonistes de revenir à la raison comme aux institutions, pour débattre de leurs différends dans le calme, comme dans le respect des lois, en retrouvant l'esprit consensuel du pacte de Taëf, loin de tout discours confessionnel.
Selon ces sources, le chef de l'État a pu constater, lors de son entretien avec Saad Hariri, que le chef du gouvernement est bien conscient de la gravité de l'heure et de la nécessité de marcher sur des œufs, d'y aller prudemment. En même temps, il ne peut que défendre la justice, la quête de la vérité, l'application de la loi et le respect des institutions, dont les murs doivent seuls être témoins des débats sur les problèmes qui font conflit. Il relève que la politique de la main tendue qu'il s'efforce de mener ne doit pas être prise pour un signe de faiblesse, mais de ferme volonté de préserver la paix civile, à travers le maintien du cabinet d'union, où tout différend doit être débattu.
Saad Hariri a partagé ces vues avec Nabih Berry. Selon des sources informées, ils auraient parlé du charivari déséquilibrant qui s'est produit lors de l'absence du président du Conseil. Ils en auraient évoqué l'arrière-fond et les portées, sans trop entrer dans les détails. Compte tenu, quand même, du fait que comme le répète un ministre influent, la kermesse monsieur muscle du Hezbollah dimanche à l'aéroport est une gifle à l'État tout entier. Et même un premier geste de sédition ouverte, vers un pronunciamiento. D'une façon ou d'une autre, il n'est pas admissible, poursuit ce ministre, que l'incident reste sans suite. S'agirait-il d'engager des poursuites contre le Hezbollah ? La vaillance et la détermination des responsables ne vont pas jusque-là. Ils répondent que la première chose importante à faire, pour l'État, c'est de voir comment il a été trahi par les siens. Plus précisément, de savoir pourquoi ses forces (armée, FSI, services de sécurité de l'AIB et Sûreté) n'ont pas réagi à l'irruption du convoi armé de 4x4 venu réceptionner Jamil Sayyed à sa descente d'avion. De savoir, de même, qui a ordonné l'ouverture du salon d'honneur. Bref, de déterminer les responsabilités. Délit ou crime milicien ? Les responsables éludent, tout comme les autorités qualifiées ne se sont pas montrées très pointilleuses face à la dérobade du général Sayyed qu'elles ont voulu auditionner...
Issues
Cependant, des efforts sont déployés pour trouver des voies de dégagement acceptables pour tous. Les forces du 8 Mars exigent que la notification adressée à Jamil Sayyed soit ramenée. Ils la qualifient de détonateur qui a failli faire sauter l'arrangement syro-saoudien. Mais le 14 Mars répond que l'annulation de cette convocation équivaudrait à la signature du faire-part de décès de l'État de droit, abattu de force, au profit d'une logique de mini-État milicien menant à la dislocation du pays en cantons confessionnels. Les loyalistes soutiennent, en outre, que le camp d'en face leur demande des sacrifices, en se refusant pour sa part à toute concession.
Des conciliateurs tentent donc de trouver un compromis pour dénouer la crise. Ils suggèrent ainsi que le Conseil supérieur de la magistrature confie à un juge déterminé le soin d'entendre le général Jamil Sayyed en lieu et place du procureur général près la Cour de cassation, Saïd Mirza. Mais les loyalistes rejettent fermement cette solution, car la loi, et l'État, se soumettraient de la sorte aux exigences du 8 Mars. En fait, pour les étatistes, le procureur Saïd Mirza, le général Achraf Rifi, directeur général des FSI, et le colonel Wissam Hassan, chef de leurs renseignements, cibles de Jamil Sayyed, du Hezbollah et du 8 Mars, sont des lignes rouges absolues.

