Cela faisait trente ans que Paris n’avait pas consacré une rétrospective à Claude Monet. Charles Platiau/Reuters
Paysages de la côte normande du nord-ouest de la France, gare parisienne Saint-Lazare au milieu d'étonnantes fumées roses, vallon de la Creuse (centre) : « Monet a transformé fondamentalement la pratique et la compréhension de la peinture du paysage », souligne Richard Thomson, professeur d'art à l'Université d'Édimbourg et l'un des cinq commissaires de l'exposition. Mais le choc vient surtout d'un rassemblement inégalé de grandes « figures et portraits » de Monet. Camille, sa première femme, dans une robe verte sans doute louée pour l'occasion. Des fragments du Déjeuner sur l'herbe, tableau démesuré que le peintre voulait présenter au Salon de 1866 et qu'il n'achèvera jamais. Et une magnifique esquisse de ce fameux Déjeuner, que le musée Pouchkine de Moscou a finalement accepté de prêter. L'épisode des figures prend fin avec Camille Monet sur son lit de mort (1879) : le peintre n'a pu se retenir d'essayer de saisir ce moment ultime.
Monet entre à plein dans l'ère de la répétition et des séries. Meules, peupliers, cathédrales : une quête incessante pour saisir la lumière, les ombres à différentes heures. En 1908, il part peindre « son Venise », accompagné de sa seconde épouse, Alice, qui décèdera peu après. Des tableaux flottants, où perce « l'émotivité », souligne Richard Thomson pour qui Monet est aussi un peintre de « l'intériorité ». Vers la fin de sa vie, tout à ses décorations, Monet se consacre à la représentation obsessionnelle de son jardin de Giverny (près de Paris) et notamment du bassin de nymphéas qu'il y a fait creuser. Ce travail trouve son apothéose dans les grandes décorations enveloppantes des Nymphéas, offertes par le peintre à l'État et qui sont présentées au musée de l'Orangerie, prolongement naturel et presque nécessaire de la visite au Grand Palais.
Simple et efficace, délectable pour l'œil, l'exposition Monet démontre à quel point le peintre était un artiste exigeant, en perpétuelle recherche. La scénographie d'Hubert Le Gall, avec ses couleurs parfois audacieuses, ajoute à la mise en valeur des œuvres, souvent nettoyées pour l'occasion et qui prennent une force nouvelle sous un éclairage innovant. La Réunion des musées nationaux (RMN) et le musée d'Orsay ont mis les moyens pour faire de cette exposition l'événement de la rentrée culturelle.

