Comment dites-vous, il y a erreur ? Vous avez raison. Rembobinons donc. Les ultras, c'est à Stockholm qu'ils se trouvent tandis que les étudiants en théologie campent aux portes de Kaboul. Mille excuses.
Le hasard du calendrier fait bien les choses qui fixait une même date, à quelques heures près, à une consultation populaire en deux lieux distants de quelques milliers de kilomètres à peine, en fait situés - on n'ose écrire évoluant - sur deux planètes différentes.
Signalée par le correspondant du New York Times, cette scène qui en dit plus long que tous les reportages du monde : « Mais où étiez-vous passé ? » demande-t-on à un candidat afghan récemment rentré de voyage. Réponse de l'intéressé, un doigt pointé sur sa poche : « À la recherche de l'argent nécessaire à ma victoire. »
Dépêchons-nous de rassurer tous ceux qui, anxieusement, attendent de connaître le choix de cette drôle de vox populi, capable de confier le soin de légiférer à pareils hommes : il faudra de longues semaines, des mois plus probablement pour être fixé sur les résultats. Le retard s'expliquerait par le nombre d'aspirants - près de 2 500 pour quelque 249 sièges dont 68 réservés aux femmes - , les difficultés rencontrées dans l'acheminement des résultats - l'informatique est un mot qui n'a pas encore trouvé place dans le dictionnaire tribal -, la pléthore de scrutateurs, observateurs étrangers, fonctionnaires de l'administration centrale - soit au total plus de 300 000 « incorruptibles » chargés de superviser les opérations de dépouillement des bulletins. Pourtant, tout ayant été fixé depuis des mois au dire de certains, les Nations unies et les pays contributeurs à l'opération étaient moins présents que par le passé, laissant acteurs, spectateurs et organisateurs de l'événement se débrouiller seuls, comme des grands. Mais comme on ne saurait se montrer trop précautionneux, Hamid Karzaï a sagement préféré annuler son déplacement à New York, où il devait s'adresser à l'Assemblée générale onusienne, pour rester sur place et veiller au grain. Il peut dormir sans crainte : son frère, le tout-puissant Ahmad Wali Karzaï, avait prévu d'envoyer à ce qui fut, en d'autres temps, la Wolesi Jirga (la Maison du peuple) « une équipe qui ne sera pas opposée à l'État ». D'où des programmes allant du plus farfelu au plus populiste, comme cette promesse de percer de nouvelles routes, cet autre engagement d'assurer à tous du riz et de la viande à profusion ou encore de créer de nouveaux emplois.
On se souvient que l'an dernier, pour la présidentielle, une commission presque indépendante avait été mise sur pied, chargée de recevoir les plaintes des aspirants à la magistrature suprême. Rien de cela cette fois. Par contre, il se murmure que, jusqu'à la dernière minute, les rares imprimeries que compte le pays tournaient encore à plein rendement pour produire à la pelle de faux bulletins destinés à alimenter les urnes qui s'avéreraient trop chétives. Dans un touchant élan de compassion, révèle l'agence de presse Pajhwok, quarante hôpitaux ont fait des heures supplémentaires en prévision d'éventuels cas urgents.
Cela dit, le système afghan, parfaitement rodé à l'ombre des drones de la coalition occidentale, ne risque aucun blocage, contrairement à la Suède où le gouvernement de centre droit, qui vient de rafler la mise, n'en a pas moins perdu la majorité absolue au Riksdag. Grands vainqueurs en ce dimanche, les démocrates de Suède réalisent un score plus qu'honorable, une vingtaine de députés, ce qui suffit à faire d'eux les arbitres du bras de fer à venir. Ici, pas d'enlèvements de candidats, pas de bourrages des urnes, pas de traficotages dans le décompte. On est sur les bords de la mer Baltique, que diable !, dans cet antre de la démocratie, classé numéro un mondial par l'Economist, avec un indice de 9,88 sur un maximum de dix, où la dernière guerre remonte à 1814, au pays d'Ingmar Bergman et des ABBA - mais aussi, il est vrai, d'Alfred Nobel...
La situation, vingt-quatre heures après le jour J, est chaotique, incertaine sans pour autant donner des frissons aux Suédois. « Nous assumerons nos responsabilités »,a promis Jimmie Aakesson, ce qui veut dire beaucoup. Quelqu'un pourrait-il en dire autant au pays où l'on dynamite les bouddhas de Bâmyân ?


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef