Depuis la conférence de presse-événement de l'ancien directeur de la Sûreté générale Jamil Sayyed, une seule question hante les milieux politiques proches du Premier ministre Saad Hariri : Sayyed a-t-il parlé en son nom propre ou exprimait-il les desiderata du président syrien qui l'avait reçu quelques jours auparavant à Damas ? Selon des sources proches du Premier ministre Saad Hariri, son directeur de cabinet serait entré trois fois en contact avec Bouthayna Chaabane, la conseillère du président Assad, depuis dimanche, et à chaque fois la réponse aurait été la même : le président Bachar el-Assad continue de vouloir établir les meilleures relations avec Saad Hariri. Au cours de la dernière conversation téléphonique, Mme Chaabane aurait même ajouté que la Syrie n'a rien à voir avec les propos de Jamil Sayyed et qu'il s'agit là de questions libanaises internes. Les milieux proches du Premier ministre rappellent qu'au cours de leur troisième entretien en tête à tête, le président Assad aurait déclaré à son interlocuteur : « Si vous êtes convaincu que la Syrie est derrière l'assassinat de votre père, je comprendrai votre position et nous aurons des relations d'État à État. Mais si vous pensez que ce n'est pas le cas, alors nous pourrons établir des relations amicales. » Le Premier ministre avait bien sûr déclaré qu'il ne croyait pas que la Syrie avait tué son père et qu'il souhaitait établir des relations amicales et sincères avec le président Assad.
À partir de cet instant, la Syrie ne faisait plus partie des suspects dans l'assassinat de Rafic Hariri et le sujet n'a plus été ouvertement évoqué entre les deux hommes au cours de leurs nombreux entretiens. Mais Assad a quand même demandé à Saad Hariri de communiquer clairement sa position à ses proches, mais aussi aux Libanais en général et aux instances internationales. Saad Hariri souhaitait, comme à chaque fois après un entretien avec Assad, solliciter l'avis des dirigeants saoudiens, mais le président syrien lui aurait déclaré : « Ce n'est pas la peine de le faire. Le roi Abdallah m'appuie totalement dans tout ce que j'entreprends et aucune partie arabe ou autre ne pourra changer cette réalité. »
C'est donc dans ce contexte que le Premier ministre a accordé son entretien au quotidien al-Chark el-Awsat dans lequel il a indiqué s'être trompé en accusant politiquement la Syrie et a reconnu l'existence de faux témoins. Le président Assad ainsi que l'émir Abdel Aziz ben Abdallah l'ont d'ailleurs contacté pour le remercier et le féliciter, ainsi d'ailleurs que le président de la Chambre Nabih Berry et le leader druze Walid Joumblatt.
Les proches de Saad Hariri croyaient donc que le dossier était clos, mais voilà que la conférence de presse de Jamil Sayyed remettait tout en question. Le président Assad a beau dire qu'il n'y est pour rien et que la justice syrienne est indépendante, les milieux proches de Hariri estiment que si la Syrie n'a pas encouragé le général Sayyed, elle ne l'a en tout cas pas empêché de lancer des accusations violentes. Ce qui, quelque part, entraîne une certaine responsabilité de sa part. D'autres milieux vont encore plus loin et pensent que les autorités syriennes ont laissé faire Sayyed car elles estiment que certaines parties dans l'orbite de Saad Hariri n'ont pas modifié leur ton à l'égard de la Syrie et continuent à charger le Hezbollah. Certaines de ces parties ont même laissé entendre que l'interview de Saad Hariri au quotidien saoudien visait à gagner du temps, dans l'attente de la publication de l'acte d'accusation qui, même reporté, aura le même contenu . Tout comme l'acte d'accusation attendu du Tribunal spécial pour le Liban doit rester, selon ces milieux-là, une épée de Damoclès au-dessus de la tête du Hezbollah et peut-être même de la Syrie (qui sait, le procureur pourrait découvrir « soudain » de nouveaux éléments), le général Jamil Sayyed doit aussi rester une menace constante pour les proches de Saad Hariri avec ses multiples actions en justice et notamment la plainte déposée en Syrie. Telle semble être la nouvelle équation actuellement selon ces milieux. Et la lutte au sujet du TSL se poursuit, tantôt avec violence et tantôt en douceur, continuant à servir de toile de fond à la tension ambiante. Des milieux proches de la Syrie affirment d'ailleurs que la soudaine réapparition du faux témoin Mohammad Zouhair Siddiq est une tentative peu crédible pour détourner l'attention du contenu de la conférence de Sayyed. Mais elle ne peut en aucun cas arrêter le cours de la justice à Damas qui pourrait dans les prochaines semaines émettre des mandats d'amener à l'encontre des personnes citées par Sayyed et qui font l'objet d'une plainte de sa part.
En une phrase, la trêve du ramadan est donc bel et bien finie. Chaque partie fourbit ses armes médiatiques, politiques et juridiques, mais tout le monde l'assure, aucun dérapage sécuritaire n'est en vue.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve