« Cette conférence de presse a eu lieu à l'ombre d'une pacification politique dans le pays, ce qui suscite de nombreuses interrogations au sujet de son timing et de ses objectifs », a ajouté M. Andraos.
De son côté, le député Mohammad Kabbara a déclaré qu'il s'attendait à ce que le parquet « intervienne directement aussitôt après la conférence de presse » de Jamil Sayyed, au cours de laquelle ce dernier a « déballé en public toute la haine aveugle qu'il retenait ». Pour M. Kabbara, le général Sayyed a longtemps « exploité cette haine dans ses responsabilités sécuritaires qu'il avait su conquérir après avoir rampé aux pieds de ses maîtres et leur avoir offert ses services aux dépens de la patrie, de son système politique, de ses institutions et de sa démocratie ».
« Cette barbouze est allée au-delà de toute logique et se permet aujourd'hui de distribuer des certificats de patriotisme et de félonie, alors qu'il est le premier des faux témoins dans tous les crimes commis contre le Liban, sans parler de ceux auxquels il a directement participé », a ajouté M. Kabbara.
Moins virulent mais tout aussi hostile, le député Imad el-Hout a estimé que les propos de Jamil Sayyed « entrent dans le cadre des pressions continues pour tenter d'éliminer le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) ». « C'est une tentative vaine car cette affaire n'est plus entre les mains des Libanais, elle est du ressort de la communauté internationale », a ajouté M. Hout, soulignant que « les propos de M. Sayyed expriment un point de vue personnel étroit et sont fondés sur des intérêts purement personnels ». Il faut, selon lui, attendre « la position officielle syrienne sur cette question ».
Ziad Kadri, député haririen de la Békaa-Ouest, s'est contenté pour sa part de relever que « certains cherchent à faire avorter les effets positifs des déclarations faites dernièrement par le Premier ministre (sur les faux témoins) et veulent aussi faire avorter les effets positifs du sommet arabe tripartite tenu au Liban ».
Son collègue Jamal Jarrah a souligné que « les Libanais sont désormais familiers de Jamil Sayyed, de ses fanfaronnades médiatiques, de ses mensonges et de ses tentatives de déformer les faits ».
Quant au député Mohammad Hajjar, il a mis l'accent sur le timing de la conférence de presse du général Sayyed. Pour M. Hajjar, l'ancien responsable de la Sûreté générale pourrait avoir « cherché à suggérer qu'il était soutenu dans ses propos du fait de ses dernières rencontres, notamment avec le président syrien Bachar el-Assad ». Toutefois, selon lui, « il est douteux que M. Sayyed bénéficie du soutien de la Syrie dans ce cadre ».
En tout état de cause, « le TSL restera en place jusqu'à la réalisation des objectifs pour lesquels il a été créé et rien ne pourra changer cela », a dit M. Hajjar. De son côté, le député Amine Wehbé a noté que Jamil Sayyed « se présente devant le public comme la victime d'une agression contre sa liberté ». « La question qui se pose est de savoir si la liberté des autres est aussi chère à ses yeux que la sienne propre », a-t-il ajouté. « Ne s'est-il pas demandé de quel droit, lorsqu'il était au pouvoir, il portait atteinte aux libertés d'autres personnes, qu'il faisait arrêter ou poursuivre, à l'instar de Samir Kassir ?
Jouit-il donc d'un droit que les autres n'ont pas ? »
s'est interrogé M. Wehbé.
Enfin, l'ancien député Moustapha Allouche a estimé que « tous les propos tenus dimanche par le général Sayyed devraient être du ressort de la justice ». Sur le fond, il s'agit selon lui d'un appel à Saad Hariri « pour qu'il laisse tomber le TSL en échange d'un arrêt des campagnes de la part de Sayyed et de ceux qui se tiennent derrière lui ».
De l'autre côté de l'échiquier politique, le responsable des relations extérieures au sein du Hezbollah, Ammar Moussaoui, a plus ou moins soutenu la position de Jamil Sayyed sur le fond, tout en prenant ses distances à son égard pour ce qui est de la forme. « Les réactions à la conférence de presse s'attachent toutes à la forme. Il ne faut pas s'attarder sur celle-ci parce que M. Sayyed a posé, sur le fond, un certain nombre de choses et de problèmes au sujet desquels il est prêt à répondre aux interrogations », a dit M. Moussaoui.

