La haut commissaire aux droits de l'homme, Navi Pillay, a jugé « préoccupante » la nouvelle politique du gouvernement français envers les Roms. « Cela ne peut qu'exacerber la stigmatisation des Roms et l'extrême pauvreté dans laquelle ils vivent », a-t-elle souligné. Cette nouvelle critique de l'ONU est intervenue alors qu'à Paris et à Bruxelles, le gouvernement français était attaqué pour l'existence d'un document administratif ciblant expressément l'évacuation de campements de Roms. Cette circulaire, signée par le directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, vise à mettre en œuvre la politique sécuritaire renforcée décidée par le président Nicolas Sarkozy fin juillet, après une série de faits divers concernant notamment des Roms.
Mais la circulaire est une nouvelle source d'embarras, car elle officialise le concept de minorités qui n'existe pas dans la loi française. Face au tollé, M. Hortefeux a fait savoir en début de soirée qu'il avait signé une nouvelle circulaire « pour lever tout malentendu sur une éventuelle stigmatisation » des Roms. « La France a mené sciemment une politique discriminatoire », a commenté à Bruxelles le groupe des Libéraux au Parlement européen. De son côté, la Commission européenne a rappelé qu'aucune catégorie de population ne pouvait être visée en Europe du fait de son origine ethnique. L'exécutif européen, chargé de faire respecter les traités dans l'UE, s'est refusé dans l'immédiat à juger sur le fond cette circulaire. « Nous étudions ce document », a dit le porte-parole de la Commission pour les questions de justice et de droits des citoyens, Matthew Newman.
Plusieurs responsables de la majorité du président Nicolas Sarkozy ont dénoncé « l'hypocrisie » de ceux qui attaquent la France pour cette circulaire. Elle « est la traduction de notre politique et je l'assume tout à fait », a lancé le chef du parti présidentiel UMP, Xavier Bertrand. « On est en train de dresser le procès européen de la France pour la façon dont une circulaire est rédigée », s'est emporté le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, en marge d'une réunion à Bruxelles avec ses homologues européens. « La France est un grand pays souverain. On n'est pas à l'école. Nous appliquons notre loi », a-t-il martelé. « Je n'ai pas l'intention d'être traité, au nom de la France, comme un petit garçon », a-t-il ajouté. La semaine dernière déjà, le secrétaire d'État avait affirmé que le Parlement européen se « décrédibilise » après le vote par ce dernier d'une résolution appelant à un arrêt des expulsions de Roms.
La France souligne régulièrement que les Roms renvoyés en Roumanie ou en Bulgarie bénéficient d'une aide de 300 euros par adulte et 100 euros par enfant, et que ses agissements sont en tout point conformes aux lois européennes. Environ un millier de Roms ont été renvoyés par la France dans leur pays depuis la fin juillet, une politique qui a valu à Paris une réprobation internationale, jusqu'au Vatican.

