« Le monde nous observe, a encore dit la secrétaire d'État, parce que l'Amérique possède la détermination et la capacité nécessaires à une mobilisation des efforts permettant de répondre aux défis qui se posent un peu partout dans le monde. »
Passe pour la détermination, mais les capacités ? On vient de voir l'étendue de celles-ci en Irak ou encore en Afghanistan, quand ce n'est pas, plus modestement, contre les pirates somaliens ou bien les preneurs d'otages ici et là. La semaine dernière, et alors que Barack Obama venait d'annoncer la fin des combats, deux GI sont tombés et les attentats ont repris, comme pour narguer l'ancienne puissance occupante et prouver à l'opinion internationale que sept années de violence n'ont pas permis de trouver une issue au drame. L'autre soir, la chaîne « Histoire » choisissait de rediffuser un documentaire exhaustif sur les mensonges dont les auteurs, de George W. Bush à Tony Blair, prétendaient justifier l'invasion de mars 2003. Avec le recul du temps, on voyait mieux encore qu'à l'époque combien faux étaient les arguments et comme il avait été aisé de les faire admettre. Les dérives de la superpuissance, ou les dangers d'un excès de confiance en la justesse de ses vues, surtout quand les marchands de mort sont à l'affût des bonnes affaires : il y aurait des traités à écrire sur le sujet.
Il était facile de tenir un des deux gouvernails hier, quand il suffisait de contrer l'adversaire, quand régnait l'équilibre de la terreur nucléaire et que chez soi, on n'était pas contesté. Ces temps-ci, l'hôte de la Maison-Blanche ne peut pas dire : « Je suis maître de moi comme de l'univers. » À Milwaukee, dans le Wisconsin, alors qu'il commentait son projet prévoyant de consacrer 50 milliards de dollars à relancer l'emploi, le président s'est écarté du texte écrit pour reconnaître : « Ils ne sont pas contents de moi. Ils parlent de moi comme on parlerait d'un chien. » On imagine l'air ébahi de l'assistance devant l'incongruité de l'aveu.
Vrai ou faux, il reste qu'à deux mois des midterm elections, les républicains affichent une insolente santé dans les sondages. Sur le terrain, ils ont remporté sept des huit dernières consultations partielles et se préparent à renverser la vapeur à la Chambre haute. Avec une mauvaise foi évidente, ils promettent de réduire - sans dire comment - le déficit budgétaire, de comprimer les dépenses et de tailler dans les effectifs gouvernementaux. Dans sa marche sur la voie de la reconquête du pouvoir, le Grand Old Party dispose aujourd'hui d'un atout de taille représenté par le Tea Party, ce clan des « ni-ni » qui tire son nom des Bostoniens en révolte dès 1773 contre la taxe sur le thé imposée par les Britanniques, un mouvement qui devait déboucher sur la guerre d'indépendance. Dimanche, ils étaient des milliers à marcher jusqu'au Capitol Hill, déterminés à vaincre, le 2 novembre. L'un de leurs leaders, Mike Pence (représentant républicain de l'Indiana), a mis en garde : « Si nous ne gagnons pas, ce que ce pays représente de bon et de grand pourrait disparaître. »
Tout le monde le reconnaît : le vent du changement souffle sur la capitale fédérale, que les envolées lyriques du président ne sauraient apaiser. D'autant plus que les tea partiers donnent l'impression d'avoir été récupérés par l'opposition, laquelle donne dans la démesure et la surenchère. À l'instar de Mike Pence, encore lui, qui mélange économie et politique pour affirmer : « La récession, c'est quand votre voisin perd son emploi. La dépression, quand vous perdez le vôtre. Le rétablissement, c'est quand Nancy Pelosi n'est plus speaker de la Chambre des représentants. »
On aurait mauvaise foi à jeter la pierre à Barack Obama. Son premier mandat, on le sait, tout président des États-Unis le passe à rectifier les erreurs commises par son prédécesseur. Et son second mandat, s'il lui arrive de le décrocher ? Il le consacre à faire lui-même des bévues.


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