Rechercher
Rechercher

Sang placentaire : entre arnaque et abus commercial

Mohammad Mohty : Une utilité des plus incertaines

Quelles sont les spécificités du sang de cordon ombilical ? Quelle est son utilité et les limites de son utilisation ? Le Dr Mohammad Mohty, professeur d'hématologie et responsable du service de greffe de moelle osseuse au CHU de Nantes (France), explique à L'Orient-Le Jour qu'il a été prouvé, depuis plusieurs années, que « le sang de cordon ombilical contient des cellules souches hématopoïétiques, c'est-à-dire des cellules qui ressemblent à celles retrouvées dans la moelle osseuse ».
Ce sang, d'un volume de près de 100 à 200 ml, est prélevé avant l'expulsion du placenta hors de l'utérus, dans l'heure qui suit la naissance. « Nous savons d'après des expériences chez l'animal et in vitro que ces cellules du cordon peuvent se comporter en termes de fabrication des cellules sanguines (globules blancs, globules rouges et plaquettes), comme les cellules souches de la moelle osseuse, poursuit le Dr Mohty. Le seul grand obstacle a été - et reste - le fait que le sang de cordon ombilical contient en moyenne dix fois moins de cellules souches que la moelle osseuse. Or il y a un nombre minimal de cellules requis pour le succès d'une allogreffe, c'est-à-dire la greffe à partir d'un individu différent. Dans le cas d'un adulte qui pèserait 80 kilos, les cellules retrouvées dans le cordon ne suffiront pas à le greffer. De ce fait, l'utilisation du sang de cordon comme source de greffon est restée rare et confinée exclusivement aux enfants. »
En revanche, l'allogreffe des cellules souches de moelle osseuse est la seule utilisation validée de ce sang avec une « certaine efficacité, puisque nous sommes au début de l'aventure, du moins chez les patients adultes », souligne le Dr Mohty, précisant que pour une allogreffe de moelle osseuse, la première source de greffon à regarder se situe au niveau des frères et des sœurs. « En Europe, la problématique est un peu différente que celle posée dans des pays comme le Liban ou les pays arabes, en ce sens qu'en Europe, la moyenne d'enfants par famille est inférieure à deux, ajoute-t-il. La probabilité de trouver un donneur chez le frère ou la sœur est ainsi de l'ordre de 25 à 30 % des cas. Dans les 70 % des cas restants, nous nous tournons vers des registres de donneurs volontaires dispersés à travers le monde. »
Ces registres posent de nombreux problèmes. Premièrement, le processus est long et peut s'étaler sur plusieurs mois. Deuxièmement, ces registres existent essentiellement dans les pays riches, « c'est-à-dire en Europe de l'Ouest, aux États-Unis, au Canada et en Australie ». « Dans ces cas donc, les donneurs sont le plus souvent des Caucasiens, constate le Dr Mohty. Il est ainsi quasi impossible de trouver sur ces registres un donneur pour un patient noir, asiatique ou moyen-oriental, parce que nous cherchons une compatibilité au niveau du système HLA (Human Leucocytes Antigens ou antigènes des leucocytes humains), qui est une sorte de carte d'identité génétique de chaque individu. Or le HLA a une liaison avec l'origine ethnique. De plus, il est plus ou moins polymorphe en fonction des populations. La diversité HLA d'un pays insulaire comme le Japon est ainsi très différente de ce que l'on retrouve dans une population plus "mélangée" comme en France ou au Liban. »
Par conséquent, pour les non-Caucasiens, il est le plus souvent extrêmement difficile de trouver un donneur HLA-identique sur les registres internationaux. « Le sang de cordon amène ainsi une alternative pour plusieurs raisons, souligne le Dr Mohty. D'abord, il n'est pas nécessaire d'avoir une compatibilité HLA parfaite, comme c'est le cas des donneurs volontaires. De plus, le cordon est plus facile et rapide à trouver. »

Détruire l'immunité
Mais à chaque médaille son revers. Si le sang de cordon a permis de trouver des greffons à des milliers de patients qui ont besoin d'une allogreffe de moelle osseuse, il a également ouvert la voie au « charlatanisme, en faisant croire aux gens que ce sang peut être d'utilité personnelle ou intrafamiliale », déplore le Dr Mohty. « En réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées, poursuit-il. En effet, en matière d'allogreffe de moelle osseuse pour une leucémie par exemple, nous n'avons pas besoin du sang de cordon du patient lui-même, mais de celui d'un autre individu, parce que le système immunitaire doit être différent. L'efficacité d'une allogreffe de moelle osseuse est incontestablement liée au fait d'introduire chez le receveur un système immunitaire complètement différent, capable de reconnaître chez ce patient les cellules cancéreuses comme étrangères. Donc, l'autogreffe (greffe à un individu de ses propres cellules) de sang de cordon est inutile dans le contexte de maladies malignes. Par ailleurs, il y a des données préliminaires qui suggèrent que les cellules leucémiques ou leurs précurseurs pourraient avoir été déjà présentes dans le cordon à la naissance. Donc, si un enfant ou un adulte développera une leucémie à une certaine période de sa vie, il n'est pas exclu que la cellule cancéreuse existait bien avant la déclaration de la maladie. »
Le Dr Mohty signale en outre que les arguments selon lesquels les cellules souches hématopoïétiques du sang de cordon pourraient servir à d'autres formes de thérapie cellulaire relèvent de « la pure spéculation pour le moment ». « Il est vrai que ces cellules sont multipotentes, c'est-à-dire qu'elles pourraient donner naissance en théorie à différents types de tissus autre que la moelle, mais, à ce jour, il n'y a aucune preuve scientifique qui affirmerait que dans un avenir proche, les cellules souches de ce sang pourraient être utilisées dans ce sens, insiste-t-il. À l'heure actuelle, c'est de la science-fiction. Or les sociétés privées expliquent à leur clientèle que cela est acquis. C'est malhonnête. Et si, par ailleurs, nous admettions que ces applications existeraient dans un avenir proche ou lointain, nous n'avons pas encore la certitude que le cordon congelé pourrait être utile dans trois ou quatre décennies. On est en train, d'une part, de faire miroiter un rêve et, d'autre part, de jouer sur la peur des gens, ce qui réussit bien. C'est de la manipulation des parents dans un but purement lucratif. »
Et le Dr Mohty de conclure : « Dans les banques publiques, on obéit à des règles très strictes de contrôle de la qualité des unités de sang placentaire stockées. Mais qui peut garantir que les banques privées respecteront les mêmes règles et critères de qualité dans la préservation des cordons ? Pour des raisons d'économie et de profit, il est fort probable que les règles de qualité seraient minimalistes et ne pourraient pas assurer la sécurité du stockage à long terme. Et puis, qu'adviendra-t-il de ce sang si cette société faisait faillite ? Indemnisera-t-on les gens ? Autant de questions pour une utilité des plus incertaines. »
Quelles sont les spécificités du sang de cordon ombilical ? Quelle est son utilité et les limites de son utilisation ? Le Dr Mohammad Mohty, professeur d'hématologie et responsable du service de greffe de moelle osseuse au CHU de Nantes (France), explique à L'Orient-Le Jour qu'il a été prouvé, depuis plusieurs années, que « le sang de cordon ombilical contient des cellules souches hématopoïétiques, c'est-à-dire des cellules qui ressemblent à celles retrouvées dans la moelle osseuse ».Ce sang, d'un volume de près de 100 à 200 ml, est prélevé avant l'expulsion du placenta hors de l'utérus, dans l'heure qui suit la naissance. « Nous savons d'après des...