Le pasteur intégriste Terry Jones a reconnu hier qu’il ne « pourrait pas ignorer » un éventuel appel des autorités américaines à annuler la manifestation. Paul J. Richards/AFP
De son côté, l'organisation de coopération policière Interpol a lancé une « alerte globale » à ses 188 pays membres, mettant en garde contre des « attaques violentes visant des innocents » et une « menace terroriste » si le projet est mené à terme.
À la tête du « Dove World Outreach Center » (« Centre colombe pour aider le monde »), le pasteur Jones compte brûler 200 exemplaires du Coran samedi, jour anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, vers 22h00 GMT, à Gainesville. L'initiative de ce groupuscule d'une cinquantaine de membres est censée glorifier le souvenir des victimes des attentats. Elle survient à un moment particulièrement sensible : les musulmans célèbrent autour du 10 septembre la fin du ramadan et les autorités aux États-Unis craignaient déjà avant cette polémique une montée du sentiment antimusulman.
Alors que jusque-là il répétait sa détermination à mener son projet à son terme, le pasteur a reconnu hier dans le quotidien USA Today qu'il ne « pourrait pas ignorer » un éventuel appel des autorités américaines à annuler la manifestation. Deux responsables chrétiens ont annoncé qu'ils allaient partir à sa rencontre pour tenter de le raisonner. Pour sa part, l'administration Obama a annoncé hier soir qu'elle envisageait de s'adresser directement au pasteur pour lui demander de renoncer à ses plans. En attendant, le site Internet du groupuscule a été désactivé par la société qui l'hébergeait pour non-respect des conditions d'utilisation interdisant l'incitation à la violence.
Alors que le pasteur tergiversait, la liste des mises en garde s'allongeait d'heure en heure dans le monde. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a jugé l'initiative « inacceptable ». Le président pakistanais Asif Ali Zardari a parlé d'un projet « abominable » qui risque « d'enflammer les sentiments des musulmans ». Cet acte « pourrait être pris comme prétexte par les extrémistes pour commettre plus de meurtres », a réagi le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki. « Les musulmans n'accepteront aucune atteinte au Coran », affirmait, pour sa part, la prestigieuse institution sunnite d'al-Azhar, au Caire. La France, de son côté, a condamné ce projet qui constitue « une insulte » aux morts du 11-Septembre, victimes eux-mêmes du « dévoiement de la religion ». L'Inde a appelé les médias du pays « à ne pas diffuser d'images de cet acte déplorable ». En Israël, Benjamin Netanyahu s'est également élevé hier contre les conséquences d'un tel projet « irresponsable », soulignant qu'il « mine la tolérance religieuse et la paix ».
Des responsables religieux ont cependant cherché à désamorcer la colère. Pour les ulémas du Maroc, le projet d'autodafé relève « d'une initiative isolée, étrangère aux valeurs de la religion chrétienne ». Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a appelé les musulmans à ne pas « tomber dans le panneau de la provocation ». Le Council of American Islamic Relations (CAIR), l'une des principales organisations musulmanes américaines, a également appelé ses coreligionnaires à rester calmes face aux propos « de personnes ignorantes ».

