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Liban - Témoignage

Avec Soumaya Berri, au secours de Haïti en détresse...

Rayonnante, la jeune Soumaya Berri l'est lorsqu'elle parle des cinq mois passés en Haïti après le séisme. En dépit des conditions de secours terribles et de la situation encore plus terrible et désolante des Haïtiens démunis de tout après la tragédie, la jeune fille de 25 ans avoue que ce travail l'a comblée. Il est vrai que Soumaya sait ce qu'elle veut. Depuis l'âge de seize ans, elle a su qu'elle voulait travailler dans l'humanitaire.

Soumaya Berri dirigeant une réunion avec les coordinateurs des centres en Haïti.

Soumaya Berri a vingt-cinq ans et beaucoup de charisme. De retour d'une mission de cinq mois en Haïti, avec l'association Handicap International dont elle est membre, elle n'est ni découragée ni déprimée d'avoir vu une telle tragédie. Au contraire, après cette expérience unique (elles n'étaient que deux Libanaises sur place), elle n'en est que plus déterminée à poursuivre son travail dans l'humanitaire, un humanitaire structuré et organisé, où professionnalisme et idéalisme vont de pair pour aider efficacement les victimes des tragédies.
À l'âge de seize ans, Soumaya a su qu'elle voulait travailler dans ce domaine. Elle a réussi à convaincre ses parents de la justesse de son choix. « Avec mes parents, nous parlons beaucoup, et c'est grâce à ce dialogue que j'ai pu les convaincre de mon choix », dit-elle. Elle a dû en effet montrer qu'il ne s'agissait pas seulement d'un engouement passager mais d'une véritable vocation. « J'ai reçu beaucoup d'amour dans ma famille et j'ai voulu en donner à ceux qui sont moins chanceux que moi. » Attention, la jeune volontaire n'a aucune mièvrerie et, d'emblée, elle déclare péremptoire : « Je ne suis pas Mère Térésa. » Elle ne cherche pas à susciter l'admiration de ses interlocuteurs, soucieuse essentiellement d'efficacité. Elle a été très frustrée en 2006, parce qu'elle se trouvait à Londres à la « London School of Economy » où elle étudiait la gestion des ONG et achevait sa thèse. Elle n'a donc pas contribué à aider ses compatriotes pendant la guerre. Mais elle a très vite intégré l'équipe de « Handicap International » (une ONG internationale basée en France), en tant que support psychologique et social pour les Palestiniens dans les camps. Elle a rempli cette fonction pendant un an et demi.

« J'étais un peu angoissée en arrivant... »
Le 12 janvier 2010, un terrible séisme frappe l'île de Haïti. L'ONG lui propose de se rendre sur place en tant que chef de projet. Le temps de convaincre ses parents et de procéder aux préparatifs nécessaires et la voilà qui se rend sur place, à la tête d'une équipe de dix expatriés et de cent Haïtiens.
« J'étais un peu angoissée », reconnaît-elle, mais face à l'ampleur de la tragédie, les membres de l'équipe n'avaient pas le temps de s'apitoyer sur leur sort. Il fallait agir dans l'urgence et parer au plus pressé. « Pour moi, c'était en tout cas moins dur que ce qui s'est passé au cours de l'été 2006 au Liban, où les drames étaient causés par des êtres humains, non par une catastrophe naturelle », précise-t-elle. Le projet dont elle avait la charge consistait à créer des centres de rééducation et de support psychosomatiques pour répondre aux besoins les plus urgents des populations les plus vulnérables. « Cela va de la prothèse à la nourriture », précise Soumaya. Lorsque Handicap International ne peut pas répondre aux besoins des habitants, elle les pilote vers d'autres ONG.
Quand elle arrive à Port-au-Prince, le 12 février, 80 % de la capitale est détruit. Il y a tellement à faire qu'une seule pensée hante les esprits : agir au plus vite. Au début, les membres de son équipe étaient logés à 35 dans une maison, sans eau ni climatisation. « La pauvreté était si grande, se souvient la jeune chef de projet, et tout était sale. » Elle a passé cinq mois d'affilée sur place et logé dans trois maisons différentes, mais, luxe suprême, la dernière était climatisée.
Les dix expatriés changeaient sauf elle, qui était la responsable. « J'avais dans mon équipe une autre Libanaise, Sarah Rizk, qui était psychologue. Nous sommes devenues très amies », précise-t-elle, avant d'ajouter que des liens très forts se nouent entre les membres des équipes dans des circonstances aussi particulières.
C'était la première fois que Soumaya devait travailler dans l'urgence. C'est une expérience nouvelle et très prenante. Elle confie qu'elle n'avait pas le temps de se poser des questions. Les gens ont besoin de manger et avec les membres de son équipe, ils travaillaient de 6h à 22 heures sans s'arrêter. Elle avoue d'ailleurs que les Haïtiens sont un peuple attachant qui donne envie de travailler pour lui. « Ils ont le sens de l'humour et ne sont pas passifs face à la tragédie », précise-t-elle.

Être dans la réalité et travailler dans l'urgence...
La jeune fille affirme que ce qui l'a aidée dans son travail, c'est qu'elle était dans la réalité. Elle n'était pas venue sur place « pour sauver le monde », comme elle le fait remarquer avec humour, mais pour aider les Haïtiens à alléger leurs conditions de vie dramatiques. Handicap International avait un concept de base : créer des centres et les adapter aux besoins de la population. Avec l'aide d'une ONG allemande, CBM, qui en avait pris en charge deux, 9 centres ont ainsi été ouverts. Il s'agissait certes d'une lourde responsabilité, mais à cause de l'urgence de la situation, Soumaya n'avait pas suffisamment de recul pour réfléchir. Elle ne se voyait pas en chef, mais privilégiait le travail d'équipe. Avec ses expatriés et ses centres locaux, ils ont commencé par travailler tous les jours sauf le dimanche avant de décider les derniers temps de prendre aussi congé le samedi car c'était, selon elle, devenu nécessaire pour tenir le coup sur le long terme. D'autant que la peur n'était jamais loin. Les membres de l'équipe craignaient en fait un nouveau séisme ou encore les conditions sécuritaires à cause de l'absence des institutions publiques, totalement paralysées.
Les journées libres, Soumaya et les membres de son équipe les passaient à la plage (« il y en a de très belles en Haïti », précise-t-elle), ou alors ils se rendaient au restaurant, pour retrouver un semblant de vie normale. La jeune volontaire ne tarit pas d'éloges sur le peuple haïtien qui, selon elle, réagit courageusement dans le malheur. « Ils étaient très étonnés que je sois libanaise, confie-t-elle. Pour eux, c'était un pays lointain, qui avait ses propres problèmes. Et en même temps, ils étaient très fiers que des gens de pays si éloignés aient fait le déplacement pour les aider. En plus, il était facile de communiquer avec eux puisque je parle français... » Elle révèle ensuite avoir appris le créole. Cela faisait plus plaisir aux Haïtiens. Aujourd'hui encore, elle ne peut s'empêcher de penser à eux, notamment dans les villages où, en plus du séisme, il y a eu trois cyclones et que, sans cesse, il fallait recommencer. « Mais on n'a pas le temps d'être découragé ou de pester contre la nature ou contre le Créateur. Il faut agir, encore et toujours. »

L'immense désir de vivre des Libanais et des Palestiniens
Soumaya Berri ajoute que les Libanais et les Palestiniens sont aussi des peuples extraordinaires dans le malheur. « Même si c'était terrible pour moi de voir leurs souffrances, je trouvais qu'ils avaient un extraordinaire désir de vivre, qui était plus fort que tout. »
N'éprouve-t-elle pas un sentiment d'impuissance devant l'ampleur de la tâche ? « C'est vrai que ce que nous avons accompli en Haïti, répond-elle, est une goutte d'eau dans la mer, mais je préfère quand même donner cette goutte d'eau. Si elle peut sauver une mère ou un enfant, j'aurais atteint mon objectif. Une vie, quelle qu'elle soit, c'est important. »
Ces valeurs-là, Soumaya Berri les a apprises dans sa famille (mixte), qui a toujours été d'une grande ouverture. Mais elle a aussi fait son propre cheminement, au hasard des missions humanitaires dans les camps palestiniens ou dans les quartiers pauvres de Tripoli, qui lui ont permis de découvrir sur le terrain le prix de la vie et la grande souffrance des démunis. Après toutes ces expériences, elle n'est ni découragée ni désespérée. « Je souffle un peu, dit-elle, et je recharge mes batteries. Mais je pense que je continuerai dans la même voie. » Elle refuse toutefois de commenter ce qu'on a appelé « les scandales du charity business », notamment en Haïti. « L'ONG pour laquelle je travaille est clean, et c'est ce qui m'intéresse. » Et au Liban, que pense-t-elle de la multiplication des ONG ? « C'était le sujet de ma thèse, répond-elle dans un sourire. C'est vrai que le Liban a le plus grand ratio d'ONG par rapport au nombre d'habitants. C'est un peu dû à l'individualisme des Libanais et au fait que les ONG sont encore des associations de charité, non un véritable réseau. Et puis, il y a beaucoup de politique dans ce domaine aussi hélas. » Soumaya Berri est convaincue qu'il y a beaucoup à faire pour rendre le travail des ONG plus professionnel, et pas seulement dicté par la charité. Il faut, selon elle, créer un réseau de solidarité qui rendrait le travail des ONG plus efficace.
Son expérience haïtienne a donc rendu Soumaya encore plus convaincue que sa voie c'est décidément l'humanitaire. « Tant que des gens ont de la nourriture à cause de nous, notre travail est indispensable. Il y a certes des erreurs et la bonne volonté ne suffit pas. C'est donc le défi que j'espère relever... »
Soumaya Berri a vingt-cinq ans et beaucoup de charisme. De retour d'une mission de cinq mois en Haïti, avec l'association Handicap International dont elle est membre, elle n'est ni découragée ni déprimée d'avoir vu une telle tragédie. Au contraire, après cette expérience unique (elles n'étaient que deux Libanaises sur place), elle n'en est que plus déterminée à poursuivre son travail dans l'humanitaire, un humanitaire structuré et organisé, où professionnalisme et idéalisme vont de pair pour aider efficacement les victimes des tragédies. À l'âge de seize ans, Soumaya a su qu'elle voulait travailler dans ce domaine. Elle a réussi à convaincre ses parents de la justesse de son choix....
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