« Ils sont venus en grand nombre, lourdement armés, et ont commencé à tirer sur la porte de la prison, a raconté à l'AFP un gardien de la prison, Salisu Mohammad. Certains d'entre nous ont été touchés, d'autres ont pris la fuite. » Les assaillants « ont pris le dessus et sont passés de cellule en cellule, libérant les détenus. Ils ont mis le feu à une partie de la prison et incendié les véhicules garés à l'extérieur », a-t-il ajouté. Selon un habitant, Issa Hassan, « ils ont tué quelques policiers à la porte ». Il a affirmé avoir vu des « cadavres et des blessés être chargés dans un camion ». Cet habitant affirme que les assaillants ont crié « Allah akbar » lorqu'ils ont commencé à attaquer la prison. « Les tirs entre assaillants et forces de sécurité ont été intenses, ils ont duré presque une heure. J'étais terrifié », a raconté par téléphone un habitant, Ousman Ahmad.
Selon d'autres habitants, le calme est revenu dans la ville après l'attaque, même si des militaires et des policiers ont tiré en l'air à quelques reprises. Les autorités ont précisé ensuite qu'elles contrôlaient la situation. Le commissaire Yar'Adua a indiqué que la prison avait été attaquée « par de présumés membres de Boko Haram pour libérer leurs camarades ». « Ils sont arrivés à la prison et ont commencé à tirer sporadiquement pour se frayer un passage, mais nous avons déployé nos policiers antiémeute qui ont pris le contrôle de la situation », a poursuivi le commissaire. Une dizaine de barrages de militaires et policiers étaient disposés hier sur la route à l'entrée de la ville de Bauchi.
L'assaut de la prison s'est produit à la suite d'une série d'attaques ciblées dont les autorités ont rendu responsables des membres de cette secte. La secte se réclame des talibans d'Afghanistan et son nom signifie « l'éducation occidentale est un péché » en langue Haoussa. Mohammad Yusuf, ancien étudiant en théologie en Arabie saoudite et chef de cette secte, a été abattu il y a un an par les forces de l'ordre. Il voulait imposer un « État islamiste pur » dans le Nord majoritairement musulman de la fédération. Entre le 26 et le 30 juillet 2009, des affrontements entre Boko Haram et les forces de l'ordre avaient fait 800 morts dans cette partie du pays.
La grande majorité des musulmans du Nigeria rejette la ligne dure représentée par la secte Boko Haram. Mais ce groupe a cependant des adeptes en raison de la grande frustation des Nigérians qui vivent dans la pauvreté, face à la corruption généralisée et l'absence d'emplois pour les jeunes.

