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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’improbable espoir

Sur la nécessité d'un boycott des élections à venir, les opposants au régime égyptien sont d'accord. Mais dès lors qu'il s'agit de l'opportunité d'un tel geste à l'heure présente, cette belle unanimité n'est plus qu'illusion. Les « Ikhwan » eux-mêmes sont divisés - c'est dire. Ainsi, l'actuel guide suprême du mouvement, le conservateur Mohammad Badih, juge néfaste toute hâte sur le sujet quand Abdel Moneim Aboul Foutouf, un réformiste bon teint, propose d'en fixer la durée à vingt ans. Seule voix discordante au sein de la confrérie : celle de Issam el-Aryane, membre du conseil d'orientation, qui est d'avis, lui, de participer à « toutes les prochaines consultations populaires ». Hosni Moubarak, l'homme qui déterminera le cours des législatives de novembre prochain et - pourvu qu'Allah lui prête vie - celui de la présidentielle de septembre 2011, peut dormir tranquille : ses adversaires se lancent en rangs désunis dans la bataille. Si bataille il y a.
Hier figure de proue de l'opposition au régime, Saadeddine Ibrahim, éminent sociologue, vient de faire volte-face. Lundi, le journal al-Masri al-yom publiait un texte portant sa signature, dans lequel non seulement il endosse la candidature de Gamal Moubarak à la succession de son père mais, de plus, juge qu'une telle passation des pouvoirs ne saurait s'apparenter à une quelconque forme d'« héritage ». Qui croit-il tromper ? tonnent aujourd'hui ses anciens amis, déçus par un lâchage aussi brutal. Mais, que voulez-vous, tout comme la nuit, la prison porte conseil, même si celui-ci, estime-t-on dans certains cercles, n'est pas le bon.
Seul, ou presque, à tenir bon encore, Mohammad el-Baradei va jusqu'à évoquer la menace d'un recours à la désobéissance civile, une arme qui fut d'une redoutable efficacité jadis contre les putschistes syriens qui s'étaient succédé aux commandes dans les années soixante. S'il ne reste plus en lice que les candidats du Parti national démocrate, il serait préférable alors pour le régime de s'en remettre à nous, a-t-il dit. Il y a fort à parier que le conseil est déjà tombé dans l'oreille d'un sourd. En réalité, le prix Nobel de la paix 2005 sait fort bien qu'il mène une guerre perdue d'avance. Conformément à un amendement de la Constitution remontant à 2005, seules les formations politiques existant depuis cinq ans au moins et disposant d'une représentation de plus de 5 pour cent au Parlement peuvent avoir un candidat, celui-ci devant être soutenu par 250 membres de l'Assemblée nationale et des conseils municipaux
C'est à grand-peine que l'ancien patron de l'Agence internationale de l'énergie atomique avait pu réunir lundi autour d'un iftar quelque 200 inconditionnels, devant lesquels il a évoqué les multiples difficultés qu'il rencontre dans sa campagne de conquête du pouvoir : impossibilité pour lui de donner des interviews, publication sur Facebook de photos de sa fille Leila en maillot de bain ou attablée devant un verre de vin, ou encore d'organiser des meetings. Nonobstant les embûches dont les autorités parsèment son parcours, il a lancé cette année une pétition en faveur de réformes de base qui a déjà recueilli 100 000 signatures, alors que son objectif est d'en réunir trois millions. Les Frères musulmans, qui travaillent main dans la main avec lui sur le projet , en ont récolté 650 000. Affaire à suivre.
Le raïs, qui dirige d'une main de fer le pays depuis bientôt trente ans, a saisi la balle au bond. Il lui est facile actuellement de jouer sur la sainte terreur qu'inspire en Occident une éventuelle victoire des successeurs de cheikh Hassan el-Banna. Or une libéralisation du système en place se traduirait immanquablement par un bouleversement profond sur la scène politique et une islamisation qui ne veut pas, pour l'instant à tout le moins, dire son nom. Dès le 26 janvier, Moubarak promettait, dans des propos repris par une publication de ... la police, une élection « juste et libre, ouverte à tout homme soucieux du bien de notre pays ». Oui mais, cela fera bientôt un tiers de siècle que l'état d'urgence est en vigueur, que tout scrutin est sévèrement verrouillé, que l'on s'acharne à étouffer toute velléité de modernisation. Alors, les promesses, l'Égyptien moyen sait ce qu'elles signifient.
Restait donc l'espoir représenté par l'outsider el-Baradei, un homme qui sait si bien parler de changement, mais recourt à des procédés dignes du diplomate qu'il n'a jamais cessé d'être. Jusqu'à une date toute récente, il s'est contenté de jouer le rôle de révélateur. Ce n'est pas mal déjà. Mais ce n'est pas assez. C'est que, lasse d'attendre que le fruit, enfin mûr, tombe, l'Égypte a besoin d'un homme capable de secouer le cocotier.
Sur la nécessité d'un boycott des élections à venir, les opposants au régime égyptien sont d'accord. Mais dès lors qu'il s'agit de l'opportunité d'un tel geste à l'heure présente, cette belle unanimité n'est plus qu'illusion. Les « Ikhwan » eux-mêmes sont divisés - c'est dire. Ainsi, l'actuel guide suprême du mouvement, le conservateur Mohammad Badih, juge néfaste toute hâte sur le sujet quand Abdel Moneim Aboul Foutouf, un réformiste bon teint, propose d'en fixer la durée à vingt ans. Seule voix discordante au sein de la confrérie : celle de Issam el-Aryane, membre du conseil d'orientation, qui est d'avis, lui, de participer à « toutes les prochaines...
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