En Indonésie, pays musulman le plus peuplé du monde, des milliers de personnes ont déjà manifesté contre le projet censé glorifier le souvenir des victimes des attentats du 11 septembre. Romeo Gacad/AFP
Au même moment, les autorités de Gainesville étaient réunies hier pour étudier leur réponse à la manifestation. Un porte-parole de la municipalité, Bob Woods, a indiqué qu'en brûlant le Coran, les responsables de la communauté religieuse seraient en violation de l'article municipal 10-63 qui interdit les feux en plein air et risqueraient ainsi une amende de 250 dollars. Il a également indiqué que des arrestations pourraient survenir. « Cela dépendra de ce qui se passera après l'intervention des pompiers et de la police de Gainesville pour éteindre le feu, a-t-il expliqué. Nous avons des plans pour toutes les éventualités. »
L'initiative du petit groupe américain, qui réunit une cinquantaine de membres, est censée glorifier le souvenir des victimes des attentats du 11-Septembre. Elle survient à un moment particulièrement sensible, les musulmans célébrant autour du 10 septembre la fin du ramadan.
Fondée en 1986 par un certain pasteur Don dans le salon de sa maison à Gainesville, petite ville du nord de la Floride, la petite communauté religieuse est dirigée depuis la fin des années 1990 par le pasteur Terry Jones, à l'origine de la polémique actuelle. Sous la direction de cet homme aux cheveux blancs arborant des bacchantes et auteur d'un livre intitulé L'islam est diabolique, le mouvement a poursuivi sur sa ligne intégriste, dénonçant aussi bien l'avortement que l'homosexualité et accusant l'islam de vouloir dominer le monde. Le groupe a appelé d'autres groupes religieux à rejoindre la « Journée internationale pour brûler le Coran ».
En réaction, les autorités américaines ont dit craindre pour la vie de leurs soldats en Afghanistan et redouter une montée du sentiment anti-islam. Pour sa part, la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a déclaré lors d'un dîner de rupture du jeûne organisé au département d'État : « Je suis encouragée par la condamnation claire et sans équivoque de ce geste irrespectueux, qui est venue des chefs américains de toutes les religions (...) ainsi que des dirigeants américains laïcs et des leaders d'opinion. »
Le Vatican a pour sa part dénoncé « un geste de grave offense envers un livre considéré comme sacré par une communauté religieuse ».
L'initiative a également été condamnée par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon et la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.
Le projet a également suscité de vives réactions au Moyen-Orient. L'Iran a notamment assuré que sa réalisation provoquerait des réactions « incontrôlables », tandis que le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a dénoncé le projet d'un « fanatique ». L'institution sunnite d'al-Azhar au Caire, traditionnellement modérée, a estimé de son côté que « si le gouvernement (américain) ne parvient pas à l'arrêter (...) cela ruinera les relations de l'Amérique avec le monde musulman » et « constituera une opportunité pour le terrorisme ».
À Gaza, un porte-parole du mouvement islamiste Hamas, Sami Abou Zouhri, a déploré une « provocation envers les Arabes et les musulmans » et, en Jordanie, le Front d'action islamique, puissant bras politique des Frères musulmans jordaniens, n'a pas hésité à parler de « déclaration de guerre ».


