C'en était trop. Des ânes déguisés en cricketers ont été promenés dans les rues de Lahore et bombardés de tomates pourries. Le Premier ministre Yossef Raza Guilani a dû se fendre d'excuses publiques, s'engageant à « courber la tête sous le poids de l'opprobre » qui rejaillit sur l'ensemble de son peuple.
Hier, la haute hiérarchie du pays a encore sonné le tocsin, cette fois pour une toute autre raison. À l'occasion de l'anniversaire du « Defense Day », le président de la République et à ce titre commandant suprême des forces armées, Asif Ali Zardari, a rappelé à ses concitoyens le danger existentiel qui plane sur leurs têtes, représenté par les inondations et « les fanatiques, les zélotes et les extrémistes ». Jamais, a-t-il souligné, les risques n'auront été aussi grands car « les terroristes cherchent à tester notre capacité de vivre conformément à nos valeurs et à l'idéologie qui est la nôtre ». Le chef de la troupe, le général Ashfaq Parvez Kayani, a évoqué lui aussi les multiples défis sécuritaires sans toutefois parler, même à mots couverts - fait sans précédent -, de l'Inde alors même que l'on célébrait la résistance de Lahore en 1965, au plus fort de la guerre contre New Delhi.
Au même moment, un kamikaze conduisant une voiture piégée se faisait exploser devant un poste de police de la localité de Lakki Marwat, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. Bilan : dix-neuf tués, dont quatre écoliers qui attendaient le bus, venant s'ajouter aux 3 700 victimes de la violence qui sévit depuis près de trois ans, œuvre du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), mais aussi d'el-Qaëda qui lancent leurs assauts à partir des zones tribales du Nord-Ouest. Vendredi dernier, une bombe avait explosé au milieu d'un rassemblement de chiites à Quetta, au lendemain d'un triple attentat particulièrement meurtrier à Lahore.
Aujourd'hui, le régime se trouve écartelé entre son allégeance déclarée (mais non suivie d'effet) à l'Occident - surtout aux États-Unis - et son désir de composer avec ses adversaires, à l'intérieur autant qu'au-delà de la frontière. En visite à Bangalore le 28 juillet, le nouveau Premier ministre britannique James Cameron avait tenu des propos qui résonnaient comme une véritable mise en garde : « Nous voulons être parfaitement clairs, avait-il alors souligné. Nous voulons un Pakistan fort, stable, démocratique. Nous ne pouvons pas admettre l'idée d'un pays qui regarderait dans deux directions opposées et serait capable d'encourager l'exportation de la terreur, en Inde, en Afghanistan ou n'importe où dans le monde. » Riposte par la bande, quelque jours plus tard, de Zardari dans un entretien au quotidien Le Monde : « Je crois que la communauté internationale (...) est en train de perdre la guerre contre les talibans. Et ce, avant tout, parce que nous avons perdu la bataille de la conquête des cœurs et des esprits. » Puis, plus loin : « Je pense que la réussite des insurgés, c'est de savoir attendre. Ils ont le temps avec eux. » Si ce n'est pas là un aveu, même timide, même implicite, du double jeu pakistanais, il n'en est pas très éloigné.
Sur le site ultraconservateur Real Clear Politics, Jed Babbin, sous-secrétaire adjoint à la Défense de George Bush père, dressait le 10 août dans un article au titre provocateur (« Perfidious Pakistan ») la liste des « trahisons » dont se serait rendu coupable ce pays. Cela va de l'affaire Abdul Qadeer Khan, le savant qui avait permis à nombre d'États de profiter de ses connaissances en matière nucléaire, aux liens des services secrets, les fameux ISI, avec le réseau Haqqani et les hommes d'Oussama Ben Laden. L'auteur évoque la possibilité que le mollah Omar, chef incontesté des talibans, soit détenu par les hommes de l'ISI, en prévision d'un coup de théâtre pouvant se produire en octobre.
D'ici là, on peut en être certain, les pressions des islamistes vont s'accentuer, chacun se croyant en mesure de courir deux lièvres à la fois. Et risquant de n'en attraper aucun.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef