Cette première génération de l'exil fuit suivie par d'autres. Un million de Libanais émigrèrent durant la guerre civile. Encore une fois, près d'un quart de la population quitta le pays. Bien d'autres devinrent des émigrés au sein même du territoire, la violence ne faisant qu'accélérer un processus de longue date, cette attraction des villageois vers les villes qui a ses racines au XIXe siècle, et qui ne cessa de nourrir la croissance de Beyrouth, la transformant d'un petit village de pêcheurs en un des plus importants pôles commerciaux et culturels de l'Est méditerranéen, puis en ce qu'elle est à présent. Car Beyrouth est, aujourd'hui, un Liban en miniature. Si ce n'est le Liban qui n'est qu'une extension de Beyrouth.
Mais le Liban, c'est aussi bien plus que Beyrouth - et bien plus, aussi, que son petit territoire. Comme l'a dit Renan, une nation n'est pas « un groupe déterminé par la configuration du sol ». Les rivières, les chaînes de montagnes, les océans peuvent influencer le destin des hommes. Mais ils ne sauraient les déterminer. Et cette distinction binôme qui organise le discours des ministres et des évêques de longue date entre ces deux Liban, celui d'ici et celui d'ailleurs, le Liban des « présents » et des absents, des émigrés, est toute aussi fausse, reposant sur une conception trop territoriale de la nation. Car la libanité est partout où se trouve un émigré ; elle réside dans les corps, les esprits de tous ceux qui ont quitté cette petite parcelle de terre. Le Liban ne s'arrête pas à ses frontières ; il n'est pas seulement 10 452 km². Il est porté au loin par les flots de la diaspora.
(Princeton University)


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