Pour Édouard et Mariam, le plus important est de pouvoir payer le loyer, en attendant de partir sous d’autres cieux.
« Nous sommes arrivés le 12 novembre 2009 à Beyrouth », se souvient Mariam.
Le couple a vécu à Bagdad avant de commencer sa fuite.
« Nous avons reçu des menaces dans la capitale. Nous avons donc décidé de partir. Je suis originaire d'une province près de Mossoul, à Bartoulla. J'y suis allée avec mon mari », raconte-t-elle.
Avec des associés chrétiens, Édouard avait ouvert un magasin où l'on vendait de l'alcool. Quelques mois plus tard, le magasin est la cible d'un attentat. Édouard échappe par miracle à l'explosion et décide avec son épouse de partir. Le couple vend ses biens et quitte l'Irak avec 8 000 dollars.
« Il ne reste plus grand-chose de notre argent. Le plus important, c'est de payer le loyer », raconte Mariam, qui vit dans une toute petite maison humide du quartier assyrien de Fanar. « Caritas nous a donné des couvertures et cela fait plusieurs mois que je n'ai pas mangé de viande. Nous économisons notre argent pour payer le loyer. J'espère qu'il ne finira pas avant notre départ. Vous savez, les associations préfèrent aider ceux qui ont des enfants », ajoute-t-elle.
« Quand je suis arrivée, je ne savais pas me déplacer. Puis j'ai rencontré des gens. D'autres réfugiés comme moi. Nous faisons des programmes ensemble. Tous les samedis par exemple, on se rassemble pour prier le rosaire. Les dimanches on va à la messe », dit-elle, citant les noms des églises de la région et confiant qu'elle a toujours du mal à se retrouver.
« Sinon, je passe mon temps à la maison. Je suis malade. Je suis cardiaque, j'ai des rhumatismes, de l'hypertension et des calculs aux reins. Je suis fatiguée. Je veux juste partir, quelque part aux États-Unis ou au Canada pour me sentir en sécurité », ajoute-t-elle, racontant les pressions subies par les chrétiens l'année dernière durant la fête de Noël. « Noël tombait en même temps que la célébration de Achoura. Nous avons été menacés ; les chiites ont dit qu'ils sont en deuil et qu'ils ne permettront pas qu'il y ait des célébrations dans les églises », dit-elle, évoquant une zone mixte de Bartoulla.
Édouard a le regard triste. Cet homme de cinquante et un ans a tenté en vain de trouver du travail. « À chaque fois on me dit que je suis trop vieux pour travailler », dit-il. « Je suis prêt à travailler pour n'importe quel salaire. Je veux juste avoir quelque chose à faire. Je me sens complètement désemparé », dit-il.
« Je n'ai plus personne en Irak. Toute ma famille est partie. Moi aussi je m'établirai en Occident. J'espère que ça sera pour bientôt car la somme avec laquelle nous sommes arrivés l'année dernière nous suffira pour les trois ou quatre mois à venir », dit-il.
Le couple a des parents aux États-Unis, en Allemagne, en Suède et au Royaume-Uni. « Mon frère avait quitté Bagdad en 1979, pour suivre des études à Londres. Il n'est plus jamais rentré. Mon père et ma sœur vivent avec lui », dit Mariam.
Édouard et Mariam répètent les histoires atroces de la guerre d'Irak, parlent des chrétiens massacrés, des jeunes filles chrétiennes violées. Ils passent la plupart de leur temps devant leur écran de télévision à regarder les chaînes irakiennes.
Mariam attend l'arrivée le mois prochain de sa nièce qui fuira l'Irak pour ne plus jamais y retourner.


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