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Le long calvaire des réfugiés chrétiens d’Irak

Partir pour ne plus jamais rentrer à Bagdad

Thérèse : « Je n’ai jamais voulu quitter mon pays... en quittant l’Irak j’ai donné tous mes meubles et toutes mes affaires à l’église. »

Thérèse est une femme de caractère. Elle est soignée et joviale. Pleine de vie, elle parle de ses sentiments et de ses peurs.
Elle est aussi chaldéenne, mariée à un arménien-orthodoxe d'Irak. Le couple est originaire de Bagdad et vit au Liban depuis quelques années, avec des cartes de réfugiés délivrées par le Haut- Commissariat des Nations unies.
« Mon mari est joaillier. Je suis coiffeuse. Mon mari s'est vu petit à petit obligé de réduire son activité. Il avait un atelier et un magasin. Il employait vingt personnes. Cinq voitures piégées ont en outre explosé devant mon salon de coiffure. J'y ai échappé par miracle. Je n'ai jamais voulu quitter mon pays. Malgré toutes les pressions.
« Avec le temps, il a été interdit aux bijoutiers ou aux joailliers chrétiens de présenter des croix ou des médailles de la Sainte Vierge dans leur vitrines. Il nous a été aussi interdit de mettre des images pieuses dans nos magasins. Pour les miliciens musulmans, nous sommes des mécréants. Que de fois ils nous ont menacés en nous disant que dans peu de temps une République islamique sera instaurée.
« En 2006, mon mari qui a de la famille au Liban m'a dit que nous passerons les vacances d'été à Beyrouth. Je suis venue avec lui et nos deux enfants. Une fois sur place, il avait loué une maison à Bourj Hammoud. Il a été clair : nous ne reviendrons plus en Irak.
« Je suis repartie à deux reprises, en 2006 et en 2007. Le temps de ramener toute ma famille. En tout, nous sommes quatorze à être venus au Liban. Mon mari et moi, nos deux enfants, ma mère, mon père, mon frère, ma sœur célibataire ainsi que ma sœur mariée et ses cinq enfants. Je ne pouvais pas la laisser avec ses filles en Irak. Elles auraient pu être victimes de viols et d'enlèvement. Mon père a 85 ans et ma mère 75. J'ai un frère malade.
« Chacun de nous avait 2 000 dollars en poche en franchissant la douane de l'aéroport de Beyrouth. Nous avons eu droit à un visa de touriste.
« En venant d'Irak, j'ai donné tous mes meubles et les affaires que je ne pouvais pas emporter à l'église, qui aidait ainsi d'autres chrétiens qui restaient en Irak, mais déplacés de leurs régions.
« Le pire moment passé au Liban, c'était quand ma mère a eu besoin d'une opération à cœur ouvert. Je n'ai jamais imaginé un jour que je serais en train de chercher de l'argent auprès d'associations pour que ma mère puisse entrer à l'hôpital. Beaucoup m'ont aidée, l'évêché chaldéen, des associations et des particuliers. Mon frère est malade lui aussi. Il a besoin de médicaments chaque mois. C'est Caritas qui les lui assure.
« J'ai eu pas mal de déboires à mon arrivée au Liban. Par exemple, un arnaqueur m'a soutiré 6 000 dollars se faisant passer pour un responsable du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies. Mon mari a placé les enfants dans une école arménienne de Bourj Hammoud. Mes enfants ont dû refaire leur classe. Ils étaient mauvais en arménien et en anglais. Aujourd'hui, ça va mieux. Ils sont dans une autre école et savent parler, lire et écrire l'arabe, le chaldéen et l'anglais.
« Les premiers mois de mon arrivée au Liban, c'est comme si j'étais paralysée. J'errais dans la rue l'air absent. Je ne connaissais pas les lieux et je me demandais tout le temps quelle sera ma vie hors de l'Irak. Je suis restée dans cet état six mois et puis j'ai repris courage. Je me suis dit qu'il faut que je me remette à vivre, à exister. J'ai appris à m'orienter, à parler avec l'accent libanais, je me suis fait des amis. Je me suis adaptée.
« Je sais que je ne retournerai pas en Irak. Mais je suis sûre aussi que le pays ne se videra jamais entièrement de ses chrétiens. C'est impossible. Nous sommes en Irak depuis le début du christianisme. Même s'il y a des personnes qui partent comme moi, il y a ceux qui restent, probablement parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'en aller, mais ce sont eux qui font en sorte que la terre d'Irak soit une terre bénite.
« Même si la situation était meilleure sous Saddam Hussein, les chrétiens quittaient le pays, parce qu'ils ne voulaient pas faire la guerre. Maintenant ce sont les églises qui sont prises pour cibles et les chrétiens persécutés.
« Aujourd'hui, je vis au jour le jour. Je ne sais pas de quoi demain sera fait. En tout cas je n'y pense pas.
« Si je pouvais changer une seule chose à mon existence ? J'aurai voulu devenir président de l'Irak. J'aurais pu changer les choses et épargner des guerres à mon pays. »
Thérèse n'a plus de la famille en Irak. L'un de ses oncles, qui était doyen d'une faculté de Mossoul, est actuellement en Suède, son autre oncle, doyen d'une faculté à Bagdad, est en Australie. L'un de ses frères se trouve au Danemark, celui-là avait fui le pays sous Saddam. Il ne voulait pas rejoindre les rangs de l'armée. Sa sœur et ses enfants, qui étaient venus avec elle au Liban, sont aujourd'hui aux États-Unis, en Arizona.
Thérèse est une femme de caractère. Elle est soignée et joviale. Pleine de vie, elle parle de ses sentiments et de ses peurs.Elle est aussi chaldéenne, mariée à un arménien-orthodoxe d'Irak. Le couple est originaire de Bagdad et vit au Liban depuis quelques années, avec des cartes de réfugiés délivrées par le Haut- Commissariat des Nations unies. « Mon mari est joaillier. Je suis coiffeuse. Mon mari s'est vu petit à petit obligé de réduire son activité. Il avait un atelier et un magasin. Il employait vingt personnes. Cinq voitures piégées ont en outre explosé devant mon salon de coiffure. J'y ai échappé par miracle. Je n'ai jamais voulu quitter mon pays. Malgré toutes...