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Moyen Orient et Monde - Le Point

L’aube ou le crépuscule

Les autochtones en ont eu la primeur, ce qui est normal puisqu'ils sont les principaux concernés : l'offensive lancée en mars 2003 par la coalition occidentale sous la conduite du Big Brother yankee, à l'époque baptisée « Operation Iraqi Freedom », s'appelle depuis le début de ce mois béni « New Dawn », soit Aurore nouvelle. Ah ! et ceci encore : Barack Obama a parlé mardi soir d'une « fin de mission » (« Mission over »), ce qui est autrement plus sage que de plastronner, comme l'avait fait George W. Bush un certain 1er mai 2003 à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln, sous un énorme calicot portant l'inscription « Mission accomplished ».
Il faut rappeler aussi que, un mois avant l'invasion, le chef de l'exécutif US prédisait que « le renversement de Saddam Hussein constituerait pour les autres pays de la région un modèle de liberté, portant les Arabes à appuyer l'émergence d'une Palestine pacifique et démocratique, et à proclamer clairement leur volonté de vivre en paix avec Israël ». Ce qui s'appelle rater d'une pierre deux coups, un exercice dans lequel le 43e président américain était passé maître. Il avait promis aussi, dix jours avant D Day, que « la vie des Irakiens allait être bouleversée ». Il ne croyait pas si bien dire...
Bref rappel : le mois d'août a été particulièrement meurtrier, avec 426 victimes irakiennes, dont 295 civils, tombés sous des tirs amis ou dans l'explosion de voitures piégées. Sur le total des décès au sein de la population, les estimations varient, pouvant aller jusqu'à 600 000 personnes. Une eau boueuse coule épisodiquement des robinets - dans une capitale baignée par deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate -, et tout aussi rachitique demeure la distribution du courant électrique, à raison de quatre ou cinq heures par jour. L'homme de la rue feint de s'étonner, faussement candide : « Qu'est-ce qui a donc changé depuis l'exécution du tyran ? »
La démocratie ? Parlons-en. Six mois après la dernière consultation populaire, marquée par une participation massive de l'électorat, le pays est encore à la recherche d'un gouvernement, la caste politique continuant d'être tiraillée entre Adnan Maliki et Iyad Allawi. Ce qui n'empêche nullement les élus de la nation de qualifier, tous les jours que Dieu a faits, leurs contacts de « positifs ». Devant les stations d'essence, les files d'automobiles s'allongent, une aberration dans un pays connu pour posséder les troisièmes réserves mondiales de pétrole.
Du côté de l'occupant, les dégâts sont tout aussi lourds. En plus de sept ans,on dénombre 4 416 GI tués et 31 926 blessés dont 26 pour cent souffrent encore de graves atteintes cérébrales ou spinales, et 30 pour cent traînent encore de sérieux troubles psychiques quatre mois après leur retour à la vie civile. Le coût de la guerre atteint un chiffre astronomique : 747,3 milliards de dollars, ce qui a porté la dette nationale vers le sommet himalayen de 13 trillions de dollars. Peu avant le déclenchement des opérations, Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense, avait prévu qu'il n'en coûterait pas plus que 50 milliards à l'Oncle Sam, balayant d'une pichenette les prévisions pessimistes, qualifiées dans son langage imagé de « baloney » (foutaises). Mais c'est surtout l'image du grand frère américain qui en prend un sacré coup. Incapables de l'emporter sur le terrain, et encore plus d'imposer leurs rêves de liberté et de démocratie, les États-Unis viennent de se résigner, c'est l'actuel hôte de la Maison-Blanche qui l'a dit dans son message de dix-huit minutes à la nation, à voir perdurer la violence, sans pour autant - histoire de sauver la face - abandonner la lutte pour l'établissement d'un régime stable et moderne.
Nul ne se hasarderait plus à parler du chemin parcouru depuis le jour où la IIIe division d'infanterie avait foncé dans le désert koweïtien en direction de Bagdad. Du bureau Ovale - celui-là même d'où le président a fait sa proclamation avant-hier -, le successeur de Bill Clinton s'était adressé solennellement à la nation le 20 mars 2003 pour annoncer le début des hostilités. Dans les sondages, l'un se trouve ces derniers temps au creux de la vague ; l'autre était à l'époque au zénith de sa popularité. Aujourd'hui, il n'y a plus que John Bolton pour tonner, faux prophète, contre ce Barack Obama qui a « perdu l'Irak ». Plus lucide, l'homme de la rue reconnaît in petto à l'homme le rôle peu enviable de réparateur, autant que faire se peut, de l'énorme gâchis mésopotamien.
Il est permis de douter que cela suffise à sauver le Parti démocrate du désastre annoncé lors des « midterm elections » du 2 novembre. De sauver aussi une présidence qui, tout de même, mérite quelque indulgence.
Les autochtones en ont eu la primeur, ce qui est normal puisqu'ils sont les principaux concernés : l'offensive lancée en mars 2003 par la coalition occidentale sous la conduite du Big Brother yankee, à l'époque baptisée « Operation Iraqi Freedom », s'appelle depuis le début de ce mois béni « New Dawn », soit Aurore nouvelle. Ah ! et ceci encore : Barack Obama a parlé mardi soir d'une « fin de mission » (« Mission over »), ce qui est autrement plus sage que de plastronner, comme l'avait fait George W. Bush un certain 1er mai 2003 à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln, sous un énorme calicot portant l'inscription « Mission accomplished ».Il faut...
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