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Moyen Orient et Monde - Le Point

En terrain miné

« Qu'Abou Mazen et ces méchants ennemis d'Israël tout emplis de haine disparaissent de la surface du globe » : le rabbin Ovadia Yossef ne s'embarrasse pas de litotes quand il s'agit de maudire les Palestiniens. Et à près de 90 ans, le chef du parti Shass peut se permettre de prodiguer des conseils au Créateur. Celui-ci par exemple : « Yahvé devrait les frapper de la peste. » Ces propos, a aussitôt fait savoir le bureau de Benjamin Netanyahu, ne reflètent pas le point de vue du Premier ministre, pas plus d'ailleurs que celui du gouvernement. Respirons donc, en cette veille de reprise des pourparlers : il n'y a pas eu de trop violents remous au sein du cabinet israélien - où siègent quatre ministres de la formation ultraorthodoxe - et les Palestiniens ont feint l'indignation, mais sans forcer.
Par le passé, le vieux chef religieux, né à Bassora, n'a jamais raté l'occasion d'appeler sur la tête des ennemis l'abomination de la désolation promise par le prophète Daniel. En 2001 déjà,il avait réclamé l'annihilation des Arabes, décrétant qu'il est interdit d'être clément avec eux. « Vous devez lancer des missiles sur leurs têtes, disait-il alors, car ils méritent la damnation. » Ses dernières vitupérations ne pouvaient tomber à un plus mauvais moment, c'est-à-dire à la veille d'un dîner à la Maison-Blanche, en prélude à un nouveau round d'entretiens destinés à débloquer, d'ici à un an, un dialogue en panne depuis les catastrophiques rencontres de Camp David de juillet 2000, mais plus encore depuis une vingtaine de mois. Il y aura là le chef de l'État égyptien, le roi de Jordanie et Tony Blair. Un quintette sur lequel planera l'ombre des derniers échecs et la menace d'une récidive, vue par certains comme inéluctable alors que les deux parties ne se mettront sérieusement au travail que le lendemain jeudi, sous l'égide de la secrétaire d'État Hillary Clinton. Pour l'occasion, le président devrait faire une brève apparition, histoire de bien marquer son implication personnelle dans le processus.
Il reste que jamais autant qu'en cette fin d'été l'horizon n'aura paru aussi lourd de nuages. Scénario noir : les pourparlers sont voués à l'échec avant même que d'avoir débuté. L'État hébreu a démenti hier avoir promis à Washington la prolongation du gel de la colonisation après l'expiration, le 26 septembre prochain, du moratoire de dix mois décidé sur l'insistance des Américains. Mahmoud Abbas, pour sa part, semble déterminé à claquer la porte si la construction de grands blocs venait à reprendre dans les territoires occupés. C'est que son autorité, contestée par le mouvement Hamas depuis que celui-ci a pris le contrôle de l'enclave de Gaza en 2007, année de sa victoire électorale, s'est sérieusement érodée ces temps-ci, surtout que, son mandat à la tête de l'Autorité ayant expiré,il ne dispose plus d'un pouvoir constitutionnel. Jusqu'au 26 septembre, il lui faudra jouer sur le facteur temps dans l'espoir que Barack Obama se décidera enfin à user de son influence sur son protégé israélien pour l'amener à mettre de l'eau dans son vin.
Scénario rose : le président US entre en lice, fidèle en cela à la ligne de conduite qui paraît avoir été la sienne dès son accession à la direction du pays. On se rappelle qu'à l'époque, Abou Mazen et Netanyahu figuraient parmi les premiers leaders qu'il avait appelés au téléphone. En outre, George Mitchell était devenu son émissaire au Proche-Orient avant la formation du cabinet US et Dennis Ross vient de rentrer d'un séjour à Jérusalem où il avait été chargé de trouver une formule de compromis sur l'épineuse question des points de peuplement.
Vendredi dernier, le Yediot Aharonot faisait état des grandes lignes d'un plan élaboré quelques jours auparavant par l'administration américaine et les chefs de la communauté juive en Amérique. En vertu de ce projet, les négociateurs des deux parties aborderaient dans le détail les points essentiels du contentieux : sort des colonies, délimitation des frontières des deux États, Jérusalem et droit des réfugiés au retour, autant de sujets qui seraient réglés dans un délai d'un an, leur mise en application devant s'étaler sur une période de dix ans. Le problème, c'est que les Israéliens ont établi entre-temps leur contre-projet, qui porte l'empreinte du chef du gouvernement puisque deux de ses auteurs, son conseiller à la sécurité Uzi Arad et le vice-Premier ministre et ministre des Affaires stratégiques Moshe Ayalon, font partie du cercle restreint de ses fidèles. Dans ses grandes lignes, le texte rejette, pour des raisons de sécurité, tout retour aux frontières de 1967 pour prévoir un contrôle de la vallée du Jourdain et de l'espace aérien.
Tout se passe comme si, embarqués, à leur corps défendant ou de leur plein gré, dans cette bien curieuse galère des négociations, les deux parties mais aussi leur mentor tiennent par-dessus tout à ne pas être rendus responsables d'un éventuel échec. Ce n'est pas suffisant pour assurer un moins éventuel succès.
« Qu'Abou Mazen et ces méchants ennemis d'Israël tout emplis de haine disparaissent de la surface du globe » : le rabbin Ovadia Yossef ne s'embarrasse pas de litotes quand il s'agit de maudire les Palestiniens. Et à près de 90 ans, le chef du parti Shass peut se permettre de prodiguer des conseils au Créateur. Celui-ci par exemple : « Yahvé devrait les frapper de la peste. » Ces propos, a aussitôt fait savoir le bureau de Benjamin Netanyahu, ne reflètent pas le point de vue du Premier ministre, pas plus d'ailleurs que celui du gouvernement. Respirons donc, en cette veille de reprise des pourparlers : il n'y a pas eu de trop violents remous au sein du cabinet israélien - où siègent quatre ministres de la...
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