Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Le Point

L’autre guerre d’el-Qaëda

Le major Ba-Hoku Barigye a un sens poussé de la litote. « Il n'y a pas de raison de s'alarmer, déclarait-il hier, la situation est sous contrôle. » Peut-être, mais cela n'a pas empêché les shebab d'abattre mardi, à l'hôtel Muna de Mogadiscio, une trentaine de personnes, dont six parlementaires. La veille, toutes les positions tenues par les forces gouvernementales ployaient sous un déluge d'obus de moyen calibre faisant des dizaines de victimes. Moins de vingt-quatre heures plus tard, 35 personnes trouvaient la mort dans la capitale, qui subit depuis trois jours une offensive en règle. On se demande ce qu'il adviendrait si la situation venait à échapper au contrôle du pouvoir...
Cela fait vingt ans que rien ne va en Somalie. Aujourd'hui, on peut sans risque de se tromper prédire où va le pays. Sur le terrain, le gouvernement de transition (TFG) n'exerce plus qu'un semblant d'autorité sur quelques parcelles minuscules du territoire national ; les 6 000 hommes de l'Union africaine (Amisom), censés protéger les installations officielles, attendent de nouveaux renforts pour se protéger eux-mêmes ; faible et divisé, le cabinet de Sharif Sheikh Ahmed est à bout de souffle mais espère tenir quelques semaines encore, le temps pour lui d'être en mesure d'assurer à la population les produits alimentaires, l'eau, l'électricité, des emplois, ce qui lui permettrait, à défaut d'un brin d'autorité, de gagner quelque crédibilité.
Le 27 juillet dernier, les chefs d'État du continent réunis à Nairobi sont convenus de l'envoi, dans un premier temps, de 2 000 soldats supplémentaires, étant entendu que le total des effectifs pourrait ultérieurement atteindre 14 000 hommes. Il y a là de quoi donner bonne conscience à tous ces leaders qui ne savent plus par quel bout prendre un problème qui a déjà rebuté le monde entier. On se souvient de l'arrivée, le 12 décembre 1992, d'un bataillon de marines, premiers éléments d'une coalition de douze pays mobilisés pour une mission humanitaire. Déchirée par la guerre civile, sa mise en coupe réglée par les nouveaux seigneurs de la guerre et les pillages quotidiens, la Somalie était en proie à la famine. Le terrible bilan des mois qui avaient suivi la chute de Mohammad Siad Barre, en 1991, s'établissait à 300 000 morts. Il importait alors de faciliter l'arrivée des vivres et de rétablir un semblant de calme. La mission avait lamentablement échoué. À leur tour, les Éthiopiens débarquaient quatorze années plus tard, relayés peu après par les Ougandais et les Burundais. Sans grand succès. Entre deux missions « pacificatrices », les Somaliens eurent droit à un intermède de six mois de relative stabilité, ce qui leur permit de panser leurs blessures et de se préparer à affronter un nouveau round de combats.
Ces temps-ci, l'insécurité semble gagner du terrain avec le ralliement à la cause des shebab d'un chef de guerre du Puntland, une région semi-autonome du nord, relativement épargnée jusqu'alors. C'est à partir de cette zone que les journalistes suivaient le cours des événements ; c'est là que trouvaient refuge la main-d'œuvre étrangère et les humanitaires des diverses organisations qui acheminent les camions chargés de lait, de blé et de viande. Mais c'est là aussi que se trouvent les pirates qui arraisonnent les navires croisant dans les eaux de l'océan Indien, les trafiquants de drogue et les passeurs de candidats à l'émigration clandestine. Toujours est-il que Sheikh Mohammad Saïd Atom vient de passer à l'ennemi, avec armes et bagages - comprendre les quelques centaines de combattants à sa dévotion, réfugiés dans les montagnes de Galgala. Il a été imité par certains membres de la garde présidentielle, de plus en plus inquiets devant la tournure prise par les événements.
À Washington où l'on se prépare à une nouvelle « révision déchirante » de la politique somalienne, plus que jamais les avis sont partagés. Faut-il, ainsi que le préconisent certains, lancer dans la bataille encore plus de soldats (bien entendu africains), sans grand espoir de l'emporter militairement ? Ou bien céder la place aux shebab, alliés depuis 2007 d'el-Qaëda qui s'empareront du pouvoir, instaureront un régime islamique et finiront par être boutés dehors par une population pratiquant un islam qui n'a rien de radical ? L'étranger, africain ou occidental, peut compter sur les milices locales et le ras-le-bol des gens pour atteindre un tel objectif. Il suffira ensuite d'attendre les nouveaux appels au secours, en espérant être mieux accueillis cette fois.
Aux États-Unis, nombreuses sont les voix qui préconisent l'abandon pur et simple des confettis des anciennes puissances impérialistes.
Et puis ce serait si commode pour tout le monde.
Le major Ba-Hoku Barigye a un sens poussé de la litote. « Il n'y a pas de raison de s'alarmer, déclarait-il hier, la situation est sous contrôle. » Peut-être, mais cela n'a pas empêché les shebab d'abattre mardi, à l'hôtel Muna de Mogadiscio, une trentaine de personnes, dont six parlementaires. La veille, toutes les positions tenues par les forces gouvernementales ployaient sous un déluge d'obus de moyen calibre faisant des dizaines de victimes. Moins de vingt-quatre heures plus tard, 35 personnes trouvaient la mort dans la capitale, qui subit depuis trois jours une offensive en règle. On se demande ce qu'il adviendrait si la situation venait à échapper au contrôle du pouvoir...Cela fait vingt ans que rien ne va en Somalie....
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut