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Liban - Éclairage

Derrière le calme apparent, la méfiance reste totale

Et si tout ce qui se passait actuellement n'était qu'un leurre ? Si le calme apparent et le climat d'entente qui règnent depuis la séance parlementaire plénière et qui s'est étendu au Conseil des ministres de mercredi puis à la réunion de la conférence de dialogue hier à Beiteddine n'étaient qu'un moyen d'endormir la méfiance du Hezbollah pour lui porter par la suite le coup fatal ?
Une source proche de ce parti affirme qu'en dépit des indices positifs, la bataille est loin d'être gagnée et la méfiance demeure. Certes, précise cette source, Hassan Nasrallah a réussi à renverser la donne et à contraindre les autorités libanaises, mais aussi l'opinion publique locale et arabe, à examiner sérieusement l'hypothèse de la culpabilité d'Israël dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, mais de là à ce que cette piste soit réellement prise en considération, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. La même source a déclaré que le fait que le procureur du TSL, Daniel Bellemare, ait réclamé les présomptions et les indices développés par le secrétaire général du Hezbollah au cours de sa conférence de presse du 9 août est une arme à double tranchant. S'il est vrai que cette demande montre que les propos du « sayyed » sont dignes d'intérêt, elle tente en même temps d'arracher au Hezbollah une reconnaissance de l'autorité du TSL. Ce piège a été déjoué par la remise des documents réclamés à la justice libanaise qui, elle, a choisi de les remettre au procureur Bellemare.
Mais toujours selon la source proche du parti, le procureur Bellemare peut désormais demander à entendre le secrétaire général du parti chiite au sujet des documents en sa possession. Il pourrait en toute légitimité vouloir obtenir des précisions sur certains éléments contenus dans les documents ou des éclaircissements sur certains points encore obscurs. Quelle serait dans ce cas l'attitude de Hassan Nasrallah ? Il est plus que probable que ce dernier refusera de s'entretenir avec le procureur ou ses enquêteurs, mais dans ce cas, de nombreuses voix s'élèveront au Liban et à l'étranger pour critiquer cette attitude. Une nouvelle polémique sera ouverte et ils se pourrait que le procureur accuse le secrétaire général du Hezbollah d'obstruction à la justice ou, pire encore, de vouloir orienter l'enquête sur une fausse piste, devenant en quelque sorte un de ces faux témoins dont il réclame le jugement... D'autant qu'il est impensable, estime cette source, qu'un tribunal international, formé sur la base d'une résolution du Conseil de sécurité, lui-même placé sous la houlette des États-Unis, puisse mettre en cause Israël. Il devrait d'abord commencer par entendre le général Meïr Dagan, chef du Mossad, et d'ici là, de l'eau aura coulé sous les ponts... Certes, le numéro un du Hezbollah est loin d'être naïf et il connaît toutes ces données. En soulevant la piste israélienne, il sait que le TSL ne la suivra probablement pas jusqu'au bout. Il a donc simplement voulu ébranler les opinions publiques et discréditer le procureur, mais celui-ci peut reprendre l'initiative et retourner la situation en sa faveur, au moins sur le plan théorique.
De plus, la décision de placer le dossier des faux témoins entre les mains du ministre de la Justice pourrait se transformer en fuite en avant et se retourner contre le Hezbollah lui-même. La thèse de ce dernier repose essentiellement sur le fait que trois des faux témoins se trouvent au Liban, deux à la prison de Roumieh et le troisième évaporé dans la nature. Il serait donc très simple pour la justice libanaise de commencer par interroger ces trois-là pour tenter de leur faire avouer qui se tenait derrière eux. Mais un des faux témoins emprisonnés, Ahmad Chakib Mrad, a déjà fait récemment une déclaration dans laquelle il met en cause le général Ali Hajj et son épouse. Une déclaration de l'autre faux témoin, Houssam Houssam, faite à partir de Syrie, lui a certes fait écho en donnant des détails sur l'implication de certaines personnalités du 14 Mars, mais dans cette foire d'empoigne, qui croire ? La confusion pourrait devenir si grande que le Hezbollah perdrait de facto cette carte pourtant très importante pour la poursuite de l'enquête, notamment dans le cadre de la campagne pour en rectifier le tir ou discréditer le procureur.
En concluant son exposé, la source proche du Hezbollah se demande si tout ce qui se passe actuellement sur la scène locale a pour unique objectif d'endormir la méfiance du Hezbollah... jusqu'à la publication effective de l'acte d'accusation, qui mettrait en cause certains éléments du parti. À ce moment-là, il sera trop tard pour réagir. Car, selon un des principes de base du TSL, qui figure dans son statut et qui avait fait l'objet d'une polémique au moment de son adoption, la responsabilité des supérieurs est retenue si la culpabilité des subordonnés était avérée (rappelons que ce principe avait été utilisé par la Cour de justice libanaise pour condamner Samir Geagea pour des actes commis par ses subordonnés). Par conséquent, il ne serait plus possible de prétendre qu'il s'agit d'éléments incontrôlés, thèse que refuse catégoriquement d'ailleurs le secrétaire général du Hezbollah. Mais si cette hypothèse se précise, il se retrouvera pris dans un engrenage infernal.
Selon la source proche du Hezbollah, ces craintes doivent être prises sérieusement en considération, d'autant que le parti est convaincu que l'acte d'accusation programmé (que pour l'instant il distingue du TSL) fait partie d'un complot américano-israélien dirigé contre lui et, à travers lui, contre les forces régionales qui s'opposent à la conclusion d'un compromis aux conditions israéliennes. Elle ajoute qu'avec le retrait de leurs troupes combattantes d'Irak, les États-Unis veulent affaiblir les pays hostiles à leur politique pour qu'ils ne puissent pas combler le vide stratégique laissé par leurs soldats. C'est pourquoi ils multiplient les menaces à l'égard de l'Iran. Ils ont plus ou moins repris un ton peu amène à l'égard de la Syrie et même à l'égard de la Turquie, qui se retrouve soudain empêtrée dans ses problèmes internes... Pour cette source, il ne faudrait donc pas se laisser leurrer par ce calme apparent... qui pourrait être perturbé après la fête du Fitr.
Et si tout ce qui se passait actuellement n'était qu'un leurre ? Si le calme apparent et le climat d'entente qui règnent depuis la séance parlementaire plénière et qui s'est étendu au Conseil des ministres de mercredi puis à la réunion de la conférence de dialogue hier à Beiteddine n'étaient qu'un moyen d'endormir la méfiance du Hezbollah pour lui porter par la suite le coup fatal ?Une source proche de ce parti affirme qu'en dépit des indices positifs, la bataille est loin d'être gagnée et la méfiance demeure. Certes, précise cette source, Hassan Nasrallah a réussi à renverser la donne et à contraindre les autorités libanaises, mais aussi l'opinion publique locale et arabe, à examiner...
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