Le premier camp se base, pour son argumentation, sur le dernier sommet tripartite de Beyrouth entre le roi Abdallah d'Arabie, le président Bachar el-Assad de Syrie et le président Michel Sleiman, qui régit la situation actuelle au Liban. Les résultats de ce sommet sont désormais connus. Les trois dirigeants se sont entendus sur trois points : le maintien de l'actuel gouvernement, au moins pour les prochains mois ; en contrepartie, le Premier ministre veille à préserver une trêve verbale et le roi Abdallah essaie à travers ses contacts d'obtenir un report de la publication de l'acte d'accusation. Mais l'élément le plus important reste que le roi Abdallah et le président syrien ont tissé une sorte de filet de sécurité pour la stabilité interne du Liban. En même temps, le roi a contacté le président français Nicolas Sarkozy pour le sonder sur un éventuel report de l'acte d'accusation du TSL. Il en a aussi parlé aux dirigeants américains et il aurait demandé à ses interlocuteurs d'évoquer entre eux cette question, en arguant du fait que, dans la situation actuelle, une mise en accusation du Hezbollah pourrait être désastreuse pour le Liban.
Le fils du roi, l'émir Abdel Aziz ben Abdallah, est d'ailleurs en train de mettre régulièrement les dirigeants syriens et le Premier ministre Saad Hariri au courant des démarches de son père. C'est pourquoi une partie de l'ex-opposition estime que, même si le secrétaire général du Hezbollah n'a pas dépassé le plafond fixé pour l'accalmie, sa dernière conférence de presse n'était pas forcément de la plus grande utilité, ajoutant qu'il faut laisser le temps nécessaire au roi pour que ses contacts aboutissent à des résultats concrets, sans créer des vagues et augmenter ainsi la tension interne.
La seconde partie de l'ex-opposition estime, au contraire, qu'il ne faut pas laisser ce dossier entre les mains de parties étrangères, fussent-elles arabes, et que la solution est d'abord entre les mains des Libanais, notamment de l'Exécutif. C'est pourquoi, d'ailleurs, le secrétaire général du Hezbollah a commencé, dans ses dernières apparitions télévisées, à mettre la pression sur des personnalités libanaises de premier plan. Il a commencé par le leader du PSP, Walid Joumblatt, qui s'est empressé de solliciter une entrevue avec lui. Nasrallah aurait alors demandé à Joumblatt de passer à l'action concrète, et ce dernier se serait montré plus ou moins rétif, préférant garder une sorte de « neutralité positive » sous le prétexte que les sunnites et les chiites possèdent des réservoirs humains importants alors que les druzes sont très minoritaires et, par conséquent, ils ont intérêt à se tenir à l'écart.
Ce climat serait parvenu aux autorités syriennes qui ont aussitôt fixé un rendez-vous au chef du PSP pour lui rappeler qu'il peut jouer un rôle-clé dans cette affaire. De retour à Beyrouth, Walid Joumblatt a aussitôt tenu une conférence de presse dans laquelle il a parlé de son refus de la politisation du TSL. Des sources bien informées affirment que Walid Joumblatt aurait aussi été encouragé par les autorités syriennes à se rendre à Paris pour sonder les autorités françaises et le secrétaire d'État adjoint américain Jeffrey Feltman au sujet d'un éventuel report de l'acte d'accusation du TSL. En même temps, les autorités syriennes ne souhaitent pas remettre en cause l'accord conclu avec les Saoudiens et préfèrent que la trêve verbale soit respectée au Liban pour donner du temps aux efforts en cours.
Mais pour le Hezbollah, un simple report ne constitue pas une solution, et Nasrallah a tenu sa conférence de presse pour reprendre en quelque sorte l'initiative et ne pas se contenter d'attendre les résultats des contacts diplomatiques et autres. Tout en respectant la trêve, puisqu'il a évité de parler du dossier des télécommunications et de celui des faux témoins qui pourraient provoquer une escalade verbale au Liban, il a orienté l'accusation vers Israël, frappant ainsi un grand coup médiatique auprès de l'opinion publique locale, arabe et même en Israël. Mais il ne s'attendait pas à la réaction du procureur du TSL Daniel Bellemare qui a demandé qu'on lui envoie les documents révélés par Nasrallah. Si le Hezbollah accédait à cette demande, c'est comme s'il reconnaissait indirectement la crédibilité du TSL qu'il met constamment en doute. Et s'il refusait de le faire, il serait aussi en mauvaise posture. La parade a finalement été trouvée au cours de la réunion nocturne entre le Premier ministre et le conseiller politique du sayyed, Hussein Khalil : les documents seront remis à la justice libanaise en la personne du procureur général près la Cour de cassation Saïd Mirza, qui, lui, est libre d'en faire ce qu'il veut.
Pour l'instant, le camp qui appelle à l'accalmie et à l'attente, dans le sillage du sommet syro-saoudo-libanais, a remporté une manche, mais les autres options demeurent ouvertes et le camp qui réclame une action plus concrète, notamment au niveau du gouvernement en demandant la formation d'une commission libanaise pour examiner le dossier des faux témoins, n'a pas renoncé à sa théorie, quitte à arriver à l'éclatement de l'actuel gouvernement si cette proposition est rejetée. En somme, toutes les options sont encore ouvertes et les choix dépendent de l'évolution de la situation à la fois au Liban, mais surtout dans la région.

