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Culture - Romans De L’Été

Reflets de la vie, dans une paire de lunettes au soleil

Ils ne sont pas là pour caler une serviette de plage ou rimer avec un cocktail fraîcheur siroté sur la balançoire. Ce sont les romans de l'été, authentiques reflets de la vie dans une paire de lunettes au soleil.

Des ouvrages pas forcément gros et lourds pavés, mais des livres à parcourir en toute facilité et plaisir, écrits avec originalité, entre dessous de l'histoire, humour, désirs des corps, propos philosophiques pour simples citoyens ou tout banalement des récits (transcendés par le talent d'un écrivain rompu au métier d'écrire) qui parlent de l'ordinaire ou de l'extraordinaire d'une vie.
Une sélection qui englobe des signatures diverses, allant d'Andrien Goetz à André Comte-Sponville, en passant par Nancy Huston et Eric-Emmanuel Schmitt.

« Le coiffeur de Chateaubriand » d'Adrien Goetz
Qui ne s'est pas amouraché des soirées romantiques (aujourd'hui, on les jugerait lugubres et mortuaires) dans ce château de Combourg ? Qui n'a pas flanché devant la littérature fleurie, tout en orgue de Charles-Marie Widor, de François-René de Chateaubriand ? Bref, pour l'auteur d'Attala et des Mémoires d'outre-tombe, maître à penser et incurable dandy de son époque, voilà qu'un auteur contemporain se penche, non pas sur ses écrits, mais sur un personnage de l'ombre qui l'a accompagné et passionnément vénéré. Il s'agit de son « artiste de coiffeur », le nommé Adolphe Pâques.
Dessous de l'histoire par conséquent pour Le coiffeur de Chateaubriand d'Adrien Goetz (Grasset, 173 pages) qui vient d'obtenir le Grand prix Palatine du roman historique.
Pas une totale fiction, mais une réalité que l'écrivain, mais aussi normalien et historien de l'art Adrien Goetz (prix Roger Nimier et des Deux Magots pour La dormeuse de Naples) reconstitue avec humour, élégance et un brin d'intrigue policière amusante et prenante. En y ajoutant un personnage de pure invention, celui d'une séduisante jeune servante métisse, Sophie, qui suscite la colère et la suspicion du trop dévoué coiffeur, en s'insinuant dans une relation qu'il voudrait exclusive et idolâtre.
Vu de la lorgnette de son figaro, Chateaubriand est ici dévoilé dans sa coquetterie d'homme voulant garder la pose (et la chevelure au vent, avec accroche-cœur qu'aujourd'hui les jeunes ont adopté !) de son portrait fait par Girodet !

« Infrarouge » de Nancy Huston
On sait parfaitement que Nancy Huston, née au Canada et vivant à Paris, n'approche pas en toute innocence la littérature. Ses nombreux romans, par-delà le linéaire d'une histoire, sont là pour dévoiler la nature humaine dans ses désirs secrets et ses vérités inavouées. Des failles (pour reprendre un de ses titres !) qu'elle explore en toute intrépide énergie et malicieuse dévotion.
Le dernier de ses écrits, Infrarouge (Actes Sud, 309 pages), ne déroge pas à la lignée qu'elle s'est tracée dans sa tradition d'écriture et à la fantaisie maîtrisée de son
inspiration.
Avec son écriture nerveuse, moderne, ses phrases vives aux ponctuations parfois déroutantes, sa narration coulant comme un fleuve sans barrage, l'auteur de L'empreinte de l'ange, dans un récit de voyage à Florence, profite pour dénuder, en toute délicieuse impudence, ce que le regard perçoit.
Regard perçant d'artiste et reporter-photographe de Rena Greenblatt, qui rejoint son père et sa belle-mère à Florence pour un voyage d'agrément entre les splendeurs de la Renaissance. Mais très vite, le couple parental sombre dans des querelles à la fois oiseuses et amusantes, tandis que la jeune femme se confie à son alter ego féminin, Subra, qui recueille confidences, doléances et cortège de désirs inavoués, surtout devant les corps masculins, à travers tableaux et statues, sans leurs oripeaux machistes.
Un livre gourmandise, qui en dit long sur la volupté du voyeurisme. Coquines révélations, surtout lorsqu'on lit en exergue de l'un des chapitres la phrase suivante : « Je veux juste rester à jamais l'œil collé contre le trou de la serrure... »

« Concerto à la mémoire d'un ange » d'Eric-Emmanuel Schmitt
Concerto à la mémoire d'un ange d'Eric-Emmanuel Schmitt (Albin Michel, 230 pages) alimente, une fois de plus, à travers quatre nouvelles fluides et émouvantes, l'immense talent de l'auteur d'Oscar et la dame Rose et de La part de l'autre.
Des histoires de tout le monde traversent l'ordinaire et l'extraordinaire d'une vie. Une empoisonneuse, un marin qui délaisse sa famille, deux rivaux en sport et un président de la République aux amours infidèles, voilà pour les
protagonistes.
Dans ces pages parrainées par sainte Rita, patronne des causes désespérées, se côtoient, avec ou sans rémission, la mort, l'amitié, la trahison, le pardon. Et c'est le talent d'Eric-Emmanuel Schmitt, fait d'une écriture lumineuse, d'un sens psychologique profond, ainsi que d'une subtile touche dans l'art de nouer une intrigue et de faire progresser une tension dramatique que les quatre nouvelles deviennent une unité cohérente. Une unité qui jette la lumière sur les contradictions de la nature humaine tout en ne les privant pas de la grâce de la rédemption. À chacun sa chance. Il faut savoir la saisir...Et peut-être la mériter !

« Le goût de vivre » d'André Comte-Sponville
Michel Onfray le définit comme un « chrétien athée ». Lui ? Un philosophe dans la cité, mais dont les propos sont toniques, dynamiques, joyeux. Plus d'une trentaine d'ouvrages précèdent son nom et pavent son parcours. Un parcours glorieux que celui d'André Comte-Sponville (puisque c'est de lui qu'il s'agit) qui, dans le délire de la vie contemporaine, propose une métaphysique matérialiste, une éthique humaniste, certes une spiritualité sans Dieu, mais avant tout une sagesse pour notre temps.
Le dernier de ses écrits, placé sous l'ombrelle d'Alain, est Le goût de vivre (Albin Michel, 410 pages). Ces 101 propos sont un ouvrage inspiré du quotidien et rédigé en articles depuis 1988 à 2010, parus pour la plupart dans divers périodiques. Propos tels que les entendait justement Alain : philosopher pour tous, sans préparation, sans précaution, dans la langue commune. Tels sont aussi le cheminement et l'aboutissement du projet d'écrire de ACS.
Du stoïcisme à la liberté, en passant par la lecture de Freud, la fragilité, l'amour, l'euthanasie, la beauté, la vérité, les limites de la démocratie, la prostitution, le 11-Septembre, les mains moites et les incivilités, la plume et la pensée de ACS sont là pour une vision où le philosophe, loin d'une tour d'ivoire, est au contraire dans le feu de l'action. Par conséquent, voilà un livre de sagesse et de citoyenneté pour une « philosophie qui ne guérit pas, mais qui peut rendre heureux... ».

Ouvrages en vente à la Librairie Orientale.
Des ouvrages pas forcément gros et lourds pavés, mais des livres à parcourir en toute facilité et plaisir, écrits avec originalité, entre dessous de l'histoire, humour, désirs des corps, propos philosophiques pour simples citoyens ou tout banalement des récits (transcendés par le talent d'un écrivain rompu au métier d'écrire) qui parlent de l'ordinaire ou de l'extraordinaire d'une vie. Une sélection qui englobe des signatures diverses, allant d'Andrien Goetz à André Comte-Sponville, en passant par Nancy Huston et Eric-Emmanuel Schmitt.« Le coiffeur de Chateaubriand » d'Adrien GoetzQui ne s'est pas amouraché des soirées romantiques (aujourd'hui, on les jugerait lugubres et mortuaires) dans ce...
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