Plus de 3 000 animaux domestiques reposent dans le parc (de Saint-François) d’Assise de Buin, près de Santiago.Photos Martin Bernetti/AFP
décennie.
Le site anforas.cl propose par exemple une quarantaine d'urnes pour animaux (il en fait aussi pour humains), avec bien sûr les «spécial chien», ou «spécial chat», au motif de «papatte» ou d'animal assis, mais aussi des modèles stylisés, «maure» ou «nacré». Anforas a doublé ses clients en trois ans d'existence.
Ce rite a sa Mecque: le parc (de Saint-François) d'Assise de Buin, près de Santiago, où reposent plus de 3000 animaux, des chiens à 90%, mais aussi des chats, lapins, perruches ou hamsters, ainsi qu'une célèbre brebis, qui «travaillait» à l'hippodrome où elle calmait les chevaux. Une quarantaine d'inhumations se réalisent chaque mois dans ce grand parc arboré, à l'accès réservé aux familles des défunts, où des photos, un mot, ou un jouet ornent les rangs serrés de petites tombes.
Une enquête en 2009 du Centre d'études d'opinion publique (Cesop) de l'Université centrale du Chili relevait «la place centrale et croissante que les animaux domestiques commencent à prendre dans la population», mesurable aux obligations ressenties et assumées envers l'animal, jusque dans la mort.
Pour autant coexistent au Chili «deux attitudes très contrastées envers les animaux, tempère le sociologue Vicente Espinoza, ceux qui les considèrent presque comme un membre de la famille et ceux qui les traitent très mal.» Les plus de 50000 chiens errants (souvent abandonnés) de Santiago, une curiosité de la capitale, en sont une illustration. Mais selon la Cesop, 47% des foyers se disent prêts à dépenser «ce qui sera nécessaire» pour le bien-être de l'animal.
Au parc d'Assise, l'entretien d'une tombe coûte 78 dollars par an pour un chien (56 pour un chat ou petit animal). Pour la société Iners, créée en 1995, le service, incluant collecte du corps, «incinération individuelle» et remise de l'urne, s'élève à 122 dollars. Les prix ne sont pas anodins, non plus que le budget «animal» par foyer (105 dollars par an) dans un pays aux forts écarts de revenus, mais où le salaire minimum est de 310 dollars.
Mais pour le Cesop, «on assiste à un changement d'attitude et de valeur attachée à un animal de compagnie, à l'image des tendances des principaux pays
développés».
Les animaux, en quelque sorte, recueilleraient eux aussi les fruits de la croissance du Chili, 5% en moyenne sur les 20 dernières années, devenu en 2010 le 2e pays latino-américain membre du riche club de l'OCDE.
À moins, avance le Pr Torres, que le nouveau statut affectif de l'animal de compagnie ne soit un sous-produit «de la forte diminution du nombre d'enfants (le Chili a une des plus faibles fécondités d'Amérique latine), de la hausse de l'individualisme et de la détérioration des relations sociales de proximité».

