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Liban - Écologie

Quand l’USEK a la main verte

L'Université de Kaslik pose la première pierre du développement durable au Liban.

Une perspective du futur « poumon vert » de l’université.

Décidément, le Liban ne manque jamais une occasion de rappeler au monde que tout lui est possible. Même l'écologie. Car si la conférence de Copenhague s'est soldée par un échec en Europe, elle a fait germer de fertiles projets à Beyrouth. C'est à son retour de la réunion internationale qu'un membre du Bureau de développement de l'Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) a donné naissance au projet « Passons au vert pour un avenir durable ».
Ce projet de transformation écologique totale de l'USEK a été lancé samedi, lors d'une cérémonie à laquelle étaient présents les responsables de l'université ainsi que des hommes d'État, tels que le ministre du Développement, Mohammad Rahhal, le ministre de l'Énergie et des ressources hydrauliques, Gebran Bassil, et le ministre de l'Éducation nationale, Hassan Mneimné. Le Premier ministre Saad Hariri lui-même a pris ce projet sous son aile. C'est dire son envergure.
C'est fièrement que Claude Khoury Azar, la directrice du bureau, affirme : « L'USEK est pionnière, non seulement au Moyen-Orient, mais dans le monde. » En effet, ce projet, estimé à environ 81 millions de dollars, prévoit une transformation totale du campus de l'USEK. Ce sont des perspectives conçues avec audace que l'équipe nous a présentées à la cérémonie. Les auteurs de cette œuvre : l'architecte libanais vivant à Rome, Antoine Dahdah, et ses collaborateurs. Le but fixé pour 2025 est de rendre l'université « carbone neutre », c'est-à-dire réduire la quantité de CO2 émise et la compenser par une quantité équivalente retenue. Un objectif ambitieux, puisque l'USEK émet en moyenne 24 000 kg de CO2 par jour.
C'est une révolution des modes de vie et des mentalités que l'USEK se propose comme défi. Le projet se décline selon quatre axes : les transports, les sources d'énergie, l'architecture et les comportements.
Tous les jours, une moyenne de 2 700 voitures arrivent à l'USEK, créant un problème non seulement pour l'émission de CO2, mais également par manque de places. Un parking souterrain sera donc construit à l'extérieur du campus. Un tramway électrique assurera les déplacements à l'intérieur du campus, et une navette hybride (mi-électrique, mi-essence) sera mise en place pour les trajets jusqu'au domicile.
Les deux parkings actuels seront rasés puis joints afin de créer un immense espace vert de 1 700m2, en suspension sur une plate-forme, et dont les plantes ne nécessiteront pas beaucoup d'eau. Sur les flancs de ce jardin seront installés des mini-turbines d'éoliennes et des panneaux solaires, sources d'énergie non polluantes.
En ce qui concerne l'architecture, le plan prévoit la création de bâtiments LEED, aux normes écologiques : murs en ciment blanc et installation de panneaux solaires sur les toits. Un centre sportif sera construit ainsi. Face à ces bâtiments, un immense bassin pour recueillir les eaux pluviales et assurer l'irrigation des jardins.
Enfin, dernier axe, celui des comportements : il s'agira de remplacer la nourriture actuelle par des aliments sains, issus de l'agriculture biologique et fournis directement par les agriculteurs. Il est aussi prévu d'instaurer un cours obligatoire et éliminatoire sur l'environnement.
Durant la cérémonie, tous ont souligné le caractère exemplaire et inédit de ce projet, et ont espéré que cette initiative s'étende aux autres infrastructures libanaises. Le recteur de l'USEK, l'abbé Hady Mahfouz, a rappelé que l'amour de Dieu exigeait un équilibre respectueux entre l'homme et la nature. Le ministre Gebran Bassil a chaleureusement fait l'éloge de cette « lueur d'espoir dans la difficile situation énergétique du Liban ». Il a d'ailleurs ajouté : « On peut penser que ce n'est qu'un point vert à Kaslik, mais je pense que cette tâche de verdure devrait s'étendre à tout le Liban. » M. Mohammad Rahhal a exprimé toute son admiration pour l'USEK, déplorant l'impossibilité pour les pouvoirs publics de faire de même. Il a également prononcé l'allocution du Premier ministre : « Faire du Liban un pays vert, tel est notre rêve. »
Ce projet n'est pourtant pas né seulement d'une simple conscience écologique, et ses enjeux sont multiples. Il s'agit d'abord, pour l'USEK, de se catapulter aux premiers rangs de l'investissement écologique, rejoignant les plus grandes universités américaines : l'Université de Pennsylvanie, Brown et Cornell, qui ont elles aussi fait le pari de devenir « carbone neutre ». Il s'agit aussi de devenir le chef de file du mouvement écologique libanais, qui en est à ses premiers balbutiements. D'autre part, l'enjeu est essentiellement politique. En passant au vert, le Liban se démarque de ses voisins arabes et gagne des points de réputation auprès de l'ONU. Il obtient ses droits d'entrée sur le marché du développement durable et son droit de parole dans les négociations internationales. C'est enfin, d'un point de vue social, le moyen d'insuffler un espoir nouveau à cette société libanaise qui semble éternellement retenue par ses conflits politiques internes.
Mais que penser de ces plans à la pointe de la technologie écologique, alors qu'un peu plus loin sur la côte se dessine la sombre silhouette de la « colline poubelle », dont une partie se déverse régulièrement dans la mer ? Ou de ces coupures d'électricité à longueur de journée ? Le ministre de l'Environnement l'a dit lui-même, ce serait mentir que d'affirmer que l'État libanais, trop endetté, puisse faire quelque chose pour l'environnement. On ne peut que se réjouir pour l'USEK, dont le projet est financé par des fonds privés, mais ces images ont quelque chose de surréaliste dans ce pays où il n'existe aucun moyen de transport non polluant, où la mer est souillée par les déchets et où l'on ne cesse de construire de disgracieux gratte-ciel, au point que l'air de Beyrouth n'est plus respirable. Le respect de l'environnement n'est pas né avec l'écologie, c'est un principe humain et intemporel.
Avant d'être un « pays vert », le Liban devrait peut-être tâcher de se dégriser quelque peu. Espérons que l'initiative de l'USEK donnera envie aux Libanais d'œuvrer en ce sens. 
Décidément, le Liban ne manque jamais une occasion de rappeler au monde que tout lui est possible. Même l'écologie. Car si la conférence de Copenhague s'est soldée par un échec en Europe, elle a fait germer de fertiles projets à Beyrouth. C'est à son retour de la réunion internationale qu'un membre du Bureau de développement de l'Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) a donné naissance au projet « Passons au vert pour un avenir durable ».Ce projet de transformation écologique totale de l'USEK a été lancé samedi, lors d'une cérémonie à laquelle étaient présents les responsables de l'université ainsi que des hommes d'État, tels que le ministre du...
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