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Moyen Orient et Monde - Le Point

Quand le Bazar éternue…

« Le ventre de Paris », ce sont les Halles dans le troisième volume de la somme d'Émile Zola sur les Rougon-Macquart. Le Bazar, ce serait le cœur de Téhéran, le côté où se situe le portefeuille. Le mois dernier et près de deux semaines durant, cet organe s'est arrêté de battre, bloqué par un caillot : la taxe sur la valeur ajoutée que le gouvernement se proposait de relever de 70 pour cent. Face à la grogne des commerçants, il a prudemment battu en retraite et ramené l'impôt à 15 pour cent. Mais surprise : la colère s'est amplifiée, atteignant d'autres villes comme Ispahan, Machhad, Tabriz, Hamadan. Mahmoud Ahmadinejad, dans un évident souci de gagner du temps, a choisi alors de mettre la république en congé pour une durée de deux jours, officiellement en raison de la canicule, en réalité pour essayer de trouver la parade à un mouvement qui menaçait à tout moment d'entraîner la rue dans son sillage.
Certes, ce haut lieu du négoce iranien n'est plus ce qu'il était autrefois. Des pans entiers de l'économie nationale sont aujourd'hui aux mains de l'État quand ce ne sont pas les Gardiens de la révolution qui en tiennent les commandes. De plus, les innombrables trains de sanctions ont eu un effet dévastateur sur le commerce. Nombreux sont les travailleurs qui ne perçoivent qu'épisodiquement leur salaire ; le chômage est au plus haut même si, officiellement, l'inflation a été ramenée à 9,4 pour cent ; ce grand producteur de pétrole importe désormais près de 30 pour cent de ses besoins, faute de pouvoir raffiner sur place, et ses fournisseurs traditionnels - British Petroleum, Shell et Royal Dutch- ont arrêté leurs livraisons, remplacés par les Irakiens, les Kurdes et même les Chinois. Ceux-ci, d'abord réticents depuis la décision des Lloyd's de ne plus assurer les tankers, ont fini par accepter d'alimenter le marché, non sans avoir dans l'intervalle fait grimper les coûts de 20 pour cent.
Oui, le Bazar a perdu de son influence ; il n'en continue pas moins à constituer un baromètre de l'état d'esprit de la rue et un indicateur pour un Occident qui demeure privé de toute grille de lecture valable. Surtout, il ne représente plus ce soutien moral qu'il avait cessé d'être, un moment, sous le chah, accélérant ainsi l'avènement de 1979. Plus inconfortable encore, le fait que, selon certains, cet appui serait en train d'aller progressivement aux dirigeants de l'opposition et obligerait l'État à se battre sur un nouveau front, le troisième après ceux des sanctions et de la « révolution verte ». En plus de trente ans, c'est la seconde fois seulement que le Bazar entre en rébellion. En 2008, il avait rejeté un projet de TVA (déjà !) élaboré par le gouvernement pour pallier la chute des revenus. Une telle fébrilité, jugent les observateurs, signifie que, malgré quelques voix discordantes, les mesures prises par la communauté internationale produisent leur effet.
C'est dans ce climat trouble que survient un événement passé presque inaperçu. Dans la dernière semaine de juillet, un texte a été soumis à la Chambre des représentants par Louie Gohmert (républicain, Texas) et 46 de ses collègues. Estampillé « H. Res. 1553 », ses auteurs appuient « toutes les mesures que pourrait prendre Israël, y compris l'usage de la force » à l'encontre de la République islamique. À Washington, tout le monde a compris que les néoconservateurs sont de retour, armés à peu de choses près des arguments qui leur avaient permis jadis de déclarer la guerre à l'Irak de Saddam Hussein. À quelques différences de taille : c'est bien la première fois, n'a-t-on pas manqué de relever, que le Congrès est convié à donner son aval à une frappe militaire préventive par un pays étranger ; qui plus est, l'initiative est lancée par un parti minoritaire à la Chambre ; enfin, le destinataire du message se voit convié à recourir à tous les moyens qu'il juge bons pour atteindre ses objectifs. L'invite faite à l'État hébreu a été précédée d'un véritable « tableau de marche » établi il y a deux semaines dans le Wall Street Journal par John Bolton, ancien délégué permanent aux Nations unies, un faucon notoire auquel a emboîté le pas une armada de vieilles badernes politiques ou militaires, toutes rescapées de la bérézina irakienne.
La manœuvre est d'une aveuglante transparence. Avant la fin de la semaine, le Congrès entrera en vacances et ses membres se consacreront à préparer la campagne des midterm de novembre, placée sous le signe de l'opposition au programme nucléaire iranien, opposition par le biais de sanctions pour les démocrates, d'une guerre par allié interposé pour le Grand Old Party.
Les militaires, eux, ont donné leur avis. Robert Gates, secrétaire à la Défense : « Une autre guerre au Moyen-Orient serait désastreuse à plus d'un niveau. » L'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmes : « Nul besoin d'ajouter un facteur de déstabilisation dans une région hautement instable. » Le général David Petraeus, chef du CentCom : « L'effet sera contraire à celui escompté. »
Dans un monde fou, fou, fou dès lors qu'il s'agit de Téhéran, il est bon que la sagesse trouve pour s'exprimer la voix de la Grande Muette.
« Le ventre de Paris », ce sont les Halles dans le troisième volume de la somme d'Émile Zola sur les Rougon-Macquart. Le Bazar, ce serait le cœur de Téhéran, le côté où se situe le portefeuille. Le mois dernier et près de deux semaines durant, cet organe s'est arrêté de battre, bloqué par un caillot : la taxe sur la valeur ajoutée que le gouvernement se proposait de relever de 70 pour cent. Face à la grogne des commerçants, il a prudemment battu en retraite et ramené l'impôt à 15 pour cent. Mais surprise : la colère s'est amplifiée, atteignant d'autres villes comme Ispahan, Machhad, Tabriz, Hamadan. Mahmoud Ahmadinejad, dans un évident souci de gagner du temps, a...
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