Les principaux responsables et l’émir du Qatar au premier rang de l’assistance. Photo Michel Sayegh
La cérémonie a eu lieu en présence des principaux dirigeants du pays et d'un invité de marque, l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, sous les auspices duquel l'accord de Doha avait été conclu il y a un peu plus de deux ans.
Après avoir évoqué les réalisations des deux premières années de son mandat et souligné une fois de plus sa volonté d'engager le pays sur la voie des réformes politiques et administratives, M. Sleiman a abordé le contexte politique actuel, invitant les acteurs politiques à modérer le ton, à cesser de multiplier les accusations de félonie et à s'abstenir de toute incitation politique ou sectaire.
Tout en relevant l'inquiétude des Libanais quant à la montée des tensions et en réaffirmant la responsabilité de l'État dans le maintien de la sécurité et de la stabilité, il a clairement fait savoir que la préservation de la paix civile repose principalement sur l'aptitude de la classe politique à calmer le jeu et à trouver des solutions aux problèmes par la voie du dialogue et de l'entente.
Pour autant, le chef de l'État est resté sur des généralités, éludant totalement la question du Tribunal spécial pour le Liban, à l'origine de la tension actuelle. Il a en revanche rappelé « l'attachement » du Liban à la présence de la Finul au Liban-Sud, dans le cadre de « la poursuite de la coordination » avec l'armée libanaise et son engagement à mettre en œuvre la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Enfin, il a réaffirmé le droit du Liban à libérer son territoire « par tous les moyens disponibles et légitimes ».
Voici de très larges extraits du discours présidentiel :
« Fière de mériter le qualificatif de première institution nationale, l'armée, en déployant des efforts aux côtés des autres institutions chargées d'imposer l'ordre et de réprimer les crimes, a consolidé la confiance des Libanais dans leur pays et leur avenir. Elle est appelée à faire face à l'ennemi qui menace la nation et à empêcher la discorde qu'il distille auprès de notre peuple comme alternative à une guerre revancharde.
« Depuis l'accord de Doha, nous avons pu, au cours des deux années écoulées, réaliser de nombreux objectifs sur lesquels nous nous étions engagés dans le discours d'investiture. Davantage d'efforts nous attendent pour aller vers de nouveaux succès.
« En plus de la stabilité intérieure que nous avons été en mesure d'instaurer et de conserver, nous avons eu le souci de respecter toutes les échéances constitutionnelles, conformément aux impératifs de la démocratie et du principe de l'alternance au pouvoir. Nous avons lancé le comité de dialogue national, établi un mécanisme en vue des nominations administratives et adopté le budget.
« Le Liban est parvenu, grâce à cette stabilité dont il bénéficie et à laquelle il est attaché, à attirer davantage de touristes et d'investisseurs et d'enregistrer des taux de croissance élevés, reconnus par les organismes tant locaux qu'internationaux.
« Dans ce contexte, nous irons de l'avant, en dépit des tiraillements, dans le chantier des réformes dans tous les domaines. Nous déploierons des efforts pour établir les plans adéquats afin de développer les secteurs de la production et des services, en particulier dans les domaines du pétrole, du gaz, de l'eau, de l'électricité et de l'environnement.
« Le développement équilibré nous impose de trancher en matière de décentralisation administrative. Et la réforme administrative et financière attend de nous que nous mettions au point des législations pour renforcer la transparence et lutter contre la corruption, et que nous nous hâtions de procéder aux nominations sur la base de la compétence et de l'intégrité.
« La vraie pratique démocratique, qui ne saurait être en contradiction avec les impératifs du pacte de coexistence, et qui impose aux partis et courants politiques de respecter les dispositions du Préambule de la Constitution, attend notre décision finale au sujet de la loi électorale et des législations corrélatives touchant aux droits des jeunes, à la naturalisation et aux émigrés.
« Il faudra que tout le monde au Liban prenne conscience du fait que la demande de réforme politique est une revendication nationale pure (...) et que ce dont il faudra discuter est éloigné d'un quelconque intérêt particulier ou d'un privilège confessionnel limité.
La Finul et la 1701
« À côté de cela, nous avons œuvré pour repousser l'agression extérieure, notamment par le respect de la résolution 1701 et les efforts pour contraindre Israël à appliquer toutes ses dispositions. Nous avons aussi travaillé à établir des filets de sécurité régionaux et internationaux, à renforcer nos potentiels nationaux dissuasifs et à rechercher une entente sur une stratégie défensive nationale.
« Je dis cela aujourd'hui, à l'occasion de la quatrième commémoration de l'agression de juillet 2006, que le Liban avait réussi, grâce à son armée, à son peuple et à sa résistance, à repousser victorieusement. Nous réaffirmons notre détermination à consolider notre unité nationale et à renforcer toutes nos capacités, diplomatiques, militaires et économiques, pour protéger le Liban et assurer sa défense.
« Dans ce domaine, la poursuite de la coopération et de la coordination entre l'armée libanaise et la Finul, sur la base des règles d'engagement convenues, est une garantie pour la bonne application de la mission provisoire confiée à la force internationale déployée au Liban-Sud depuis sa création, en 1978. Le Liban est extrêmement attaché à la présence de cette force, dans la mesure où cela fait partie de ses devoirs internationaux, mais aussi sert ses intérêts nationaux.
« L'armée, ainsi que les FSI ont réussi à démanteler des dizaines de réseaux d'espionnage israéliens travaillant à affaiblir le Liban et à le déstabiliser. Les espions et les agents seront traités avec la plus grande sévérité, à la lumière des verdicts fermes que prononcera à leur encontre la justice libanaise.
« Nous avons exposé notre cause libanaise face à l'agressivité d'Israël et ses menaces sur les tribunes mondiales, et en particulier au Conseil de sécurité, où nous avons remporté un siège non permanent. Nous nous réservons le droit de libérer ou de récupérer l'ensemble de notre territoire par tous les moyens disponibles et légitimes.
« L'accession du Liban au Conseil de sécurité est une occasion qui nous est offerte de défendre les justes causes arabes à la tribune internationale la plus élevée. Nous recherchons une paix juste et globale au Proche-Orient sur la base des résolutions internationales, de la conférence de Madrid et de toutes les dispositions de l'initiative arabe de paix.
« Notre présence sur l'échiquier international nous a permis de jeter la lumière sur notre expérience démocratique fondée sur la participation et le respect du pacte et sur nos convictions en matière de dialogue des religions comme alternative au conflit des civilisations qui se nourrit des fanatismes, de l'injustice et de la fermeture sur soi. Nous avons aussi montré notre capacité à vivre ensemble, en tant que confessions, dans le cadre d'un pacte qui assure l'environnement le plus propice à la liberté, à la démocratie et à l'ouverture.
« Inquiétude »
« Le Liban restera, en tout état de cause, un défenseur des droits constants du peuple palestinien et notamment le droit des réfugiés palestiniens au retour chez eux. Il continuera à rejeter leur implantation et à faire face aux pratiques arbitraires et criminelles d'Israël à Gaza et dans l'ensemble des territoires occupés ainsi qu'à ses efforts condamnables de judaïser Jérusalem.
« L'État ira de l'avant dans ses efforts pour mettre au point un accord au sujet des questions humanitaires et sociales des réfugiés palestiniens au Liban, conformément aux dispositions de la déclaration ministérielle, mais sans négliger les devoirs de la communauté internationale, à qui incombe en premier la responsabilité d'assurer les besoins d'existence des réfugiés par le biais de l'Unrwa.
« En dépit du processus qui a pu assurer la stabilité intérieure, empêcher une agression extérieure et créer les conditions de la croissance économique, nous nous retrouvons ces jours-ci faisant face à une inquiétude qui se répand chez les citoyens vis-à-vis de prises de position, d'événements et de fuites qui ont dominé la scène politique au cours des dernières semaines et créé une situation de crise que l'État libanais ne saurait ignorer.
« Dans ce contexte, j'ai procédé à de larges concertations avec des personnalités politiques et les membres du comité de dialogue national pour tenter de circonscrire le climat crispé et calmer le jeu. Si la préservation de la sécurité et de la stabilité est avant tout la responsabilité de l'État, et celui-ci assumera cette responsabilité avec sagesse et fermeté, il n'empêche que le maintien de la paix civile incombe à toutes les forces politiques qui se doivent d'être conscientes de l'importance des périls qui nous menacent.
« C'est pourquoi, en me fondant sur ma responsabilité en tant que président et, à ce titre, garant de la sécurité et de la stabilité du pays, j'appelle les dirigeants politiques à s'engager sur la voie de l'apaisement médiatique et politique, à adopter la logique du dialogue et à s'éloigner dans leur discours des accusations de félonie et des incitations politiques ou sectaires.
« Je les appelle à ne pas recourir à la violence, à accorder la primauté à l'intérêt supérieur du Liban sur tous les intérêts factieux, et à recourir à la légalité et aux institutions constitutionnelles lorsque des désaccords apparaissent, quelle que soit la nature de ces désaccords et en toutes circonstances, de façon à garantir la pérennité du contrat de partenariat national et conformément aux dispositions de l'accord de Doha.
« J'appelle en outre les citoyens, à quelque confession ou secte qu'ils appartiennent, à n'écouter que la voix de la sagesse et de la raison, à ne se laisser entraîner dans aucune forme de provocation ou de violence et à priver l'ennemi israélien de la joie de voir notre front intérieur affaibli et divisé. Il n'y a pas de problème qui ne puisse être réglé lorsque les intentions sont bonnes et qu'il existe une volonté politique de trouver des solutions.
« Les leçons de l'histoire du Liban, ancienne et moderne, démontrent que la violence intérieure ne débouche que sur davantage de violence et sur la défaite générale, et que l'unique solution ne vient que par la voie du dialogue et de l'entente.
« Il faut nous rappeler que les impératifs de l'entente sont fondés sur le pacte national de 1943. Ils ont été consacrés par l'accord de Taëf en 1989, puis confirmés par l'accord de Doha en 2008, et enfin maintenus par la déclaration ministérielle, sur la base de laquelle le gouvernement d'union nationale a obtenu la confiance du Parlement, en 2009, et l'ensemble des communiqués émanant du comité de dialogue national ».

