Le monarque wahhabite est attendu vendredi, pour une visite de quelques heures au cours de laquelle il rencontrera le président Sleiman, qui offrira un déjeuner en son honneur. L'intérêt de cette visite est qu'elle interviendra à l'issue de deux autres sommets que le roi Abdallah tiendra avec le président égyptien Hosni Moubarak, demain, et le président syrien, jeudi. Selon des sources proches du palais présidentiel, le chef de l'État mettra son interlocuteur au courant des efforts qu'il déploie pour calmer le jeu politique, qui s'est emballé après les informations sur une possible implication du Hezbollah dans l'assassinat de Rafic Hariri.
Le souverain wahhabite partagerait, à son tour, ses soucis de voir l'ordre arabe ébranlé, si une participation du Hezbollah à l'assassinat de Rafic Hariri venait à être prouvée.
La visite de l'émir du Qatar pourrait intervenir le jour même de la visite au Liban du roi Abdallah, croient savoir des sources informées, mais Hamad ben Khalifa ne se joindrait pas au sommet libano-saoudien.
La visite du président syrien au Liban, elle, est annoncée « pour très bientôt », par des sources proches du palais, qui affirment cependant « ne pas pouvoir assurer » qu'elle aura lieu le jour même de la visite du roi Abdallah. Comprenne qui pourra.
Selon une agence locale, la visite au Liban du président syrien coïncidera avec le sommet saoudo-égyptien de Charm el-Cheikh. La visite, selon cette source, serait l'occasion d'une « rencontre de réconciliation » au palais de Baabda, et le signe tangible que la page des rapports conflictuels entre le Liban et la Syrie est définitivement tournée.
Tension soudaine
Pour Khalil Fleyhane, notre correspondant diplomatique, il ne fait pas de doute que c'est la soudaine montée en flèche de la tension au Liban qui justifie les déplacements du souverain wahhabite en Égypte, en Syrie et au Liban.
Selon Fleyhane, le roi Abdallah aurait pris connaissance de rapports crédibles au sujet de la tension qui se manifeste au Liban, dans la perspective de la publication, à l'automne, de l'acte d'accusation du TSL. Les rapports dont fait état notre correspondant sont généraux, mais certaines sources craignent la possibilité d'un retour aux assassinats politiques.
Du reste, poursuit Fleyhane, l'Égypte a pris très au sérieux la possibilité d'une dégradation de l'état de la sécurité au Liban, et son ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul Gheit, a clairement averti hier que l'Égypte ne permettra pas qu'un nouveau « 7 mai » se produise au Liban. Le sommet saoudo-égyptien de mercredi serait, en partie, consacré à cette question.
Pour sa part, conscient que le grand facteur de stabilité, au Liban, est la Syrie et non l'Égypte, le roi Abdallah aurait donc décidé de rencontrer le président Bachar el-Assad, jeudi.
La situation libanaise pourrait même s'imposer sur l'agenda de la réunion extraordinaire des ministres arabes des Affaires étrangères de la Ligue arabe qui se tient jeudi au Caire et dont l'objet premier est l'examen de la proposition américaine relative à l'ouverture de pourparlers directs entre Mahmoud Abbas et les autorités israéliennes, une démarche à laquelle se refuse, jusqu'à présent, le chef de l'autorité palestinienne, qui demande auparavant à toucher du doigt quelques progrès, notamment en ce qui concerne les colonies de peuplement.
Un appel au calme adressé aux Libanais, à l'issue de cette réunion extraordinaire, n'est pas à exclure, soulignent les milieux proches du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa.
Les trois « non » de Doha
Pour sa part, l'émir du Qatar profitera des entretiens qu'il aura, six heures à peine après le sommet saoudo-libanais, avec le président Sleiman, pour répéter les « trois non » de l'accord de Doha dont il a été l'extraordinaire parrain : « Non aux armes, non à la violence, non aux accusations de félonie. »
D'une certaine façon, la crise libanaise est en voie de s'arabiser, estime Khalil Fleyhane, compte tenu de l'attention soutenue qu'elle a obtenue dans le monde arabe et du succès mitigé des efforts d'apaisement du président Sleiman.
Il est encore trop tôt pour savoir ce que ces efforts arabes produiront, d'autant qu'en dehors de l'idée qu'il faut prévenir tout retour à la violence au Liban, les chefs d'État et rois arabes ne sont pas vraiment d'accord sur le fond, ni sur l'attitude à adopter à l'égard du TSL et de son président Daniel Bellemare, que certains souhaitent convaincre de retarder la publication de l'acte d'accusation tandis que d'autres estiment possible de détourner l'accusation du Hezbollah.
En attendant, le Liban devrait continuer à sauver les apparences du calme, dans l'espoir que la crise pourrait être résorbée par de petits comités qui paveraient la voie à un accord en Conseil des ministres.
La Finul
Signalons pour finir que le secrétaire adjoint à la Défense, Alexander Vershbow, a rencontré hier les responsables ainsi que le commandement de la Force des Nations unies au Liban lors d'un passage dans le sud du pays. M. Vershbow, qui est l'un des principaux conseillers du secrétaire à la Défense Robert Gates pour le Moyen-Orient, a discuté avec le président Sleiman de « la poursuite de l'aide américaine à l'armée libanaise et aux services de sécurité ». Le haut responsable américain a indiqué avoir visité le sud du pays « où il a été informé par le commandement de la Finul de la situation sur le terrain » et a souligné « l'importance de la coopération entre l'armée et la Finul ». Il a également rencontré le Premier ministre, Saad Hariri.


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