Jonas Kaufmann (Alfredo) aux côtés d'Anna Netrebko (Violetta) dans la Traviatta au Royal Opera House à Londres en 2008.
Jonas Kaufmann a patiemment construit sa voix. Ses études musicales munichoises et des master-classes avec deux grands wagnériens (Hans Hotter et James King) l'ont amené à chanter à Saarbrücken en troupe et dans d'autres théâtres lyriques allemands, dont ceux de Stuttgart et Hambourg, avant d'être accueilli de Zurich et Vienne à New York en passant par Milan et Paris.
Cette formation solide, à l'ancienne, lui a permis d'acquérir un répertoire dont l'auditeur a pu mesurer la diversité en 2008, à l'écoute de son premier album sous étiquette Decca (Universal), constitué d'airs romantiques allemands, italiens et français.
"J'ai déjà chanté peut-être 50 rôles différents, ça n'était pas facile de choisir!", expliquait à l'AFP, à l'automne 2008, cet artiste affable et polyglotte. Lequel affiche une parfaite maîtrise de la langue de Dante, fruit de nombreux voyages en Italie durant son enfance, et fait mieux que se débrouiller en français.
L'attention au mot est permanente chez lui. "Un ténor très connu m'a dit un jour qu'il mettait sur ses partitions des petits visages - souriant, en pleurs... - pour savoir l'idée générale de ce qu'il devait chanter. Ce n'est pas ma conception de l'interprétation d'un personnage", confie Jonas Kaufmann. "L'opéra, ce n'est pas simplement du beau chant, c'est donner du sens à un personnage en l'investissant d'une émotion".
Cette émotion passe déjà par la richesse d'un timbre sombre, comme un soleil noir parfois recouvert d'un voile léger. Cette voix mûre, qui s'appuie sur une technique solide et une musicalité de chaque instant, tranche avec l'allure encore juvénile du chanteur.
La présence scénique très naturelle, l'intelligence de jeu ne sont pas les moindres atouts de Jonas Kaufmann, ténébreux aux cheveux bouclés qui, en Werther (Massenet) à l'Opéra Bastille début 2010, semblait tout droit sorti de l'esprit romantique de Goethe.
Un ténor lyrico-dramatique allemand de cette stature est forcément attendu dans Wagner, où les grandes voix manquent, par ces temps de crise du chant wagnérien.
Mais là encore, Jonas Kaufmann voit les choses avec prudence. Parsifal et Walther ("Les Maîtres Chanteurs") sont venus à lui en 2006.
Siegmund ("La Walkyrie"), au Met de New York en 2011, suivra ses Lohengrin. Mais le Bavarois prend garde aux emplois trop lourds. "Vous allez devoir patienter un bon moment pour les Siegfried... et encore plus pour Tristan et Tannhنuser !", confiait-il dans la notice de son album allemand paru en 2009.
En attendant, Jonas Kaufmann continue à varier les plaisirs, d'une langue à l'autre ("Tosca" en italien à Munich récemment, "Fidelio" en allemand à Lucerne en août), et de l'opéra au lied, où il s'est récemment illustré au disque avec un art exceptionnel ("La Belle Meunière" de Schubert).
Pour lui, "la voix est comme une voiture. Une voiture n'aime pas seulement rouler en ville et faire du "stop and go", être à toute allure sur autoroute (surtout en Allemagne!) ou serpenter sur les routes. Le mélange est bon pour la voiture comme pour la voix".

