Randa Ghossoub, voix apaisante, sensuelle et présence délicate. (Michel Sayegh)
Un ciel où pétaradaient, cependant, en notes discordantes, les feux d'artifice de la Saint-Élie durant une bonne partie du concert. Ce qui a sans doute dû déstabiliser la chanteuse. Contre mauvaise fortune, elle fera malgré tout bon cœur en souhaitant la bonne fête à tous les Élie présents dans l'auditoire. Elle dédiera même un morceau au feu le président Élias Hraoui dont l'épouse, Mona Hraoui, était assise à la première rangée aux côtés du ministre de la Culture, Sélim Wardy, de l'ambassadrice de Grande-Bretagne, Frances Guy, et du directeur de l'Institut du monde arabe, Dominique Baudis.
Physique menu, voix et présence sur scène délicates, tout est douceur chez Randa Ghossoub, dont le répertoire de standards choisis est adapté autant à ses capacités vocales qu'à cette sensibilité qui émane d'elle. Une sensibilité qui excuse quelques légers dérapages et touche ceux pour qui jazz est synonyme d'émotion. Certes, le jazz est aussi ce flot de notes libres, vives, enjouées et fluides qu'a joué, en morceau surprise (même pour la chanteuse), l'excellente formation qui l'accompagnait. Trois musiciens en osmose, à savoir: le fameux pianiste de Baltimore, Cyrus Chestnut au piano, Darryl Hall à la contrebasse et Fouad Afra à la batterie.
Mais, pour Randa Ghossoub, les notes bleues sont à l'évidence un univers de romantisme feutré et sensuel. Son répertoire de la soirée l'a indéniablement démontré. Elle y mélange subtilement lyrisme oriental et élégance européenne pour offrir un bouquet de standards internationaux revisités en versions multilingue.
Des quelques titres de son tout dernier CD qu'elle vient d'enregistrer aux États-Unis avec Cyrus Chestnut, aux immortels I'll Wait for You de Michel Legrand, ou Fly Me To the Moon de Sinatra qu'elle interprétera, en rappel, en passant par deux morceaux espagnols, des chansons à texte françaises (Aznavour et Françoise Sagan) et surtout de très bonnes versions arabes - ou plutôt libanaises - de My Fynny Valentine, de Caravane ou encore de Mont Harissa de Duke Ellington sur les paroles du poète Henri Zgheib, la jazzwoman libanaise a emporté son public dans un tour en notes bleues sur paroles multicolores. Dans la douceur d'une nuit d'été.

