L'acte de décès de Doha s'accompagne en fait d'un autre acte de décès : celui du Tribunal international. Désormais, pour une partie de la classe politique, attendre l'acte d'accusation de cette cour, c'est (presque) collaborer avec Israël. C'est vouloir la destruction du Liban. Samir Frangié pense que « la manière dont le Hezbollah traite avec le Tribunal international est exagérée, erronée ». C'est le moins qu'on puisse dire. Il y a là une outrance qui dépasse tous les efforts d'objectivité. En tout cas, il faudra déployer beaucoup d'efforts pour raccommoder la déchirure apparue, en fait une véritable déclaration de guerre.
L'acte de décès de Doha sonne-t-il aussi le glas de la présidence de Michel Sleiman ? Hassan Nasrallah aurait ainsi fait d'une pierre trois coups. Tout dépend, sur ce plan, du choix stratégique qu'il fera. Le déploiement verbal sera-t-il suivi d'un passage à l'acte ? Voilà la question.
Du reste, indépendamment de cette sombre perspective, le piétinement que l'on constatait ces derniers temps - derniers exemples en date, l'accord de sécurité avec la France, la marge de manœuvre de la Finul - montrait bien les limites du « consensualisme ». L'art de ménager la chèvre et le chou, qu'on peut exercer, par moments, sur le plan interne, est plus difficile en politique étrangère. On ne peut pas prendre en compte l'intérêt de Téhéran et de Washington à la fois. Le non-alignement - pour ne pas prononcer le mot de neutralité - est une politique dont le Liban, hélas, n'a pas les moyens, dans l'état actuel de la polarisation politique internationale.
Ce qui se passe montre aussi les limites de ce que la France a tenté d'entreprendre dans la région. Que pense aujourd'hui Nicolas Sarkozy de sa politique d'ouverture sur le camp des durs, Damas et Téhéran ? Que pense-t-il de tous les efforts déployés, parfois contre Washington, pour sortir la Syrie de son isolement international ? Qu'en pense-t-il à l'heure où le nouvel ambassadeur des États-Unis en Syrie n'a toujours pas rejoint son poste ? On en a un début de réponse dans le mouvement d'humeur manifesté, ces derniers jours, par l'ambassadeur de France, qui a jugé « inacceptables » les agressions contre la Finul.
Il faut craindre qu'en présence d'une même polarisation, qui est appelée à s'accentuer au fil des semaines qui nous séparent de la publication de l'acte d'accusation, même les dossiers purement internes et les promesses de réformes finissent par être contaminés par le pourrissement de l'exécutif. D'une certaine façon, nous sommes condamnés à choisir : la vérité et le risque d'un coup d'État, ou la compromission et l'espèce de bain-marie politique dans lequel nous vivons depuis des mois. Michel Sleiman doit s'en rendre compte : il y a de la difficulté à être deux chefs d'État à la fois.

