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Culture - Festival De Beiteddine

Maxi Max Raabe, ce merveilleux visiteur du soir

Willkommen, ou bienvenue au « Cabaret » de Max Raabe. Avec son Palast Orchester, l'interprète, devenu voyageur spatio-temporel, a effectué une escale musicale dans la cour de Beiteddine. Un pur moment de bonheur et de raffinement.

Max Raabe et son Palast Orchester, un bond sophistiqué dans le passé. (Wassim Daou)

Comment transposer la subtile atmosphère du cabaret berlinois des années 30 ? Comment glisser encore plus délicatement vers le Broadway des années 40-50 ? Comment s'infiltrer dans toutes ces ambiances de fin d'époque qui sentent à la fois la douce amertume de vivre, mais aussi les peurs d'un lendemain obscur ?
Avec son physique lisse, son allure fuselée, ses cheveux bien gominés coiffés vers l'arrière, une redingote queue-de-pie, un papillon blanc sur chemise au col bien amidonné qui finissent par mettre une dernière touche à cette silhouette hors temps, l'interprète berlinois Max Raabe - qui a fondé son Palast Orchester il y a plus de vingt ans (et à qui la chaîne franco-allemende Arte a rendu hommage à cette époque) - a créé un nouveau style, voire l'a épousé.
Au cours de ce récital superbement enlevé dans cette cour au bassin central illuminé de bougies et à caractère intemporel, l'artiste s'installe à 20h30 piles (c'est dire la rigueur germanique ! ) et impose son tempo. Le public libanais n'est pas habitué à ce genre de choses, mais se soumet très vite. C'est donc qu'il n'est pas difficile de redonner de nouvelles habitudes à « l'homo festivalus ».

De Berlin à Broadway
L'orchestre qui l'encadre, assis, tout cuivres clinquants et rutilants, est aligné à la manière ancienne, quelques-uns devant, les autres derrière avec une symétrie également évocatrice d'une certaine époque. Tout est orchestré au millimètre près chez ce baryton à la voix peu commune, qui rappelle les gramophones de grand-mère (n'ont-ils pas été inventés par Émile Berliner, un autre Allemand ?). Tout au long du concert, Max Raabe évoluera d'une manière très minimaliste. Quelques pas effectués vers le micro, puis quelques autres vers l'arrière attendant la fin du morceau musical de préambule. Avec une élocution tantôt grave, tantôt aiguë, tout en articulant consonnes et syllabes d'une façon saccadée ou prolongée, l'artiste ne manque pas d'annoncer chaque titre en l'accompagnant toujours d'un commentaire à l'humour placide et cinglant.
Ainsi, comment expliquer cette boutade d'apparence si absurde mais si drôle ? En présentant un fox trot oriental, le chanteur berlinois dira: «Le fox trot oriental n'existe pas, mais en l'entendant on dirait que c'en est un. » Ou ces morceaux choisis, l'un de paso-doble au titre inouï, My gorilla has a villa in the zoo, et l'autre sur un cactus qui vous tombe sur la tête. Et enfin ce titre si génial, Tu es ma Greta Garbo : des chansons populaires allemandes (dommage qu'on soit un peu frustré côté paroles).
Un style, mais quel style ce Max Raabe qui semble sortir directement de l'univers des «Looney Tunes» d'antan et dont la musique rappelle étrangement les « Merrie Melodies ». Son physique «Fred astairien» ne pouvait que fusionner totalement avec ces airs qu'il reprend avec une étonnante aisance. Il est chez lui, le baryton, en parfaite harmonie avec le cadre. Les époques qu'il chante ne l'habitent pas. C'est lui qui, semble-t-il, les a habitées, vécues pour les retransmettre à son tour. Ainsi, il n'interprétera pas Singing in the rain à la manière de Gene Kelly, mais comme l'ont écrite et composée respectivement Arthur Freed et Nacio Herb. Et lorsqu'il chantera Smoke gets in your eyes, on croirait entendre l'opérette Roberta signée Jerome Kern et Otto Harbach. Enfin, c'est la grande Dinah Washington qu'il ranime avec son passé sulfureux dans son inimitable chanson What a difference a day makes, 24 little hours.
En chantant, sifflant, orchestrant scéniquement le spectacle, a cappella ou sur fond de grelots à la manière d'un xylophone, Maxi Max aura accompli une pause élégante et sophistiquée dans le temps. Un voyage au pays de « Nostalgia ».
Comment transposer la subtile atmosphère du cabaret berlinois des années 30 ? Comment glisser encore plus délicatement vers le Broadway des années 40-50 ? Comment s'infiltrer dans toutes ces ambiances de fin d'époque qui sentent à la fois la douce amertume de vivre, mais aussi les peurs d'un lendemain obscur ? Avec son physique lisse, son allure fuselée, ses cheveux bien gominés coiffés vers l'arrière, une redingote queue-de-pie, un papillon blanc sur chemise au col bien amidonné qui finissent par mettre une dernière touche à cette silhouette hors temps, l'interprète berlinois Max Raabe - qui a fondé son Palast Orchester il y a plus de vingt ans (et à qui la chaîne franco-allemende Arte a rendu hommage à cette...
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