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Moyen Orient et Monde - Le Point

Le péril jeune

En Ouganda, le football tue : 76 victimes dimanche dans deux restaurants de la capitale Kampala, où des téléviseurs géants retransmettaient la finale de la Coupe du monde. Sport considéré comme « anti-islamique », sites visés éthiopiens : des heures avant la revendication des shebab, les africanologues avaient déjà perçu l'importance de cette double opération et ne craignaient pas d'affirmer qu'elle ne présageait rien de bon pour l'avenir immédiat dans l'ensemble de la Corne.
Émanation d'el-Qaëda, ce regroupement de jeunes gens, des adolescents pour la plupart, dont certains, avant de faire le coup de feu, s'étaient illustrés dans des braquages d'échoppes ou même en commettant des crimes crapuleux ? Ce qui est certain, c'est qu'il s'agit de rescapés de l'éphémère aventure de l'Union des tribunaux islamiques qui avait éclaté en une multitude de groupuscules après les coups de boutoir assénés en 2006 par le contingent venu d'Addis-Abeba pour secourir le pouvoir central, avec la bénédiction des États-Unis et de plusieurs pays occidentaux. L'unique trace d'un éventuel lien avec le mouvement d'Oussama Ben Laden, il conviendrait peut-être de le trouver dans le fait que l'un des fondateurs, Aden Hashi Farah, avait jadis parfait sa formation en Afghanistan avant de revenir, pour trouver la mort le 1er mai 2008 dans une frappe aérienne US.
Cette « Harakat al-Chabab Moujahidine », nom officiel du mouvement, longtemps on l'avait donnée pour moribonde, à tout le moins pour un pion négligeable dans la subtile partie qui se joue depuis les années quatre-vingt-dix en Somalie. En frappant loin de ses bases, elle vient de donner la preuve que l'enfant chétif se porte bien. Plus grave, il est probable, reconnaît-on aujourd'hui, que dans ses rangs se trouvent des combattants non somaliens qui iront constituer demain l'ossature de guérillas dans nombre de pays du continent noir.
Une telle perspective n'est pas faite pour rassurer les régimes en place dans la région, encore moins les Américains, d'autant plus qu'à Mogadiscio rôde le spectre de la famine et que des émeutes ont eu lieu dans le passé quand les épiceries se sont mises à refuser les paiements en shillings somaliens. Scénario classique : les problèmes humanitaires ne tardent pas à déboucher sur une dangereuse instabilité qu'il est aisé pour les milices d'exploiter. Braqués sur la lutte contre le terrorisme, les stratèges du Pentagone et du département d'État n'ont pas vu le risque et ont continué à prôner une chasse à l'homme demeurée à ce jour sans effet réellement notable.
Sur le terrain, des affrontements sporadiques viennent ponctuer un désolant quotidien quand ce ne sont pas des attentats ou encore des opérations propres à frapper les imaginations et à aider, prétendent les chefs de la rébellion - Moukhtar Ali Zoubeyr, Cheikh Moukhtar Robow, Omar Hammami plus connu sous son surnom d'Abou-Mansour el-Amriki -, à instaurer un ordre issu d'une charia sévèrement salafiste alors que l'islam somalien serait plutôt modéré de tendance, soufiste même à en croire les spécialistes. Il n'en reste pas moins que, la zone d'influence de ces néotalibans ne cessant de s'élargir, la Central Intelligence Agency s'est sentie obligée d'entrevoir le plus sérieusement du monde la possibilité d'un repli d'el-Qaëda sur une nouvelle base, africaine celle-là. On assisterait dès lors, remplaçant ou secondant l'axe pakistano-afghan, à l'émergence d'une nouvelle aire de combat qui inclurait - et, cela va sans dire, déstabiliserait - l'ensemble de l'Afrique de l'Est.
Après l'Ouganda viendrait le tour du Burundi, les deux nations dont les soldats forment l'Amisom, la force de l'Union africaine qui soutient à bout de bras le rachitique tandem constitué du chef du gouvernement Omar Abirashid Ali Sharmarke et du président de la République Sharif Ahmed. On n'est pas près d'oublier que le prédécesseur de ce dernier, Nour Hassan Hossein, avait jeté l'éponge, faisant valoir qu'il avait été incapable de ramener le calme. Prenant exemple sur Kampala et Bujumbura, Nairobi vient de renforcer les mesures de sécurité à ses frontières dans le but d'éviter la contamination. Le règlement de la crise interne somalienne ne sera pas facilité pour autant. Au contraire même : un élargissement du conflit, dont on entrevoit l'amorce, est de nature à provoquer une intervention militaire plus marquée de la part des capitales ougandaise et burundaise, ce qui ne ferait qu'envenimer un peu plus encore une conjoncture déjà explosive.
Un nouveau cauchemar en perspective pour cette partie du monde. Et pour Washington, un casse-tête supplémentaire dont elle se passerait volontiers.
En Ouganda, le football tue : 76 victimes dimanche dans deux restaurants de la capitale Kampala, où des téléviseurs géants retransmettaient la finale de la Coupe du monde. Sport considéré comme « anti-islamique », sites visés éthiopiens : des heures avant la revendication des shebab, les africanologues avaient déjà perçu l'importance de cette double opération et ne craignaient pas d'affirmer qu'elle ne présageait rien de bon pour l'avenir immédiat dans l'ensemble de la Corne.Émanation d'el-Qaëda, ce regroupement de jeunes gens, des adolescents pour la plupart, dont certains, avant de faire le coup de feu, s'étaient illustrés dans des braquages d'échoppes ou même en...
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