Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Le Point

En toute démocratie

Cela fait plus de quatre mois que tout le monde le pense et le dit : il est urgent qu'un nouveau gouvernement soit mis sur pied en Irak, il y va de l'avenir du pays. « J'exhorte les dirigeants politiques à agir rapidement et à collaborer dans un esprit d'unité nationale », écrivait déjà Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, dans un rapport publié le 21 mai. S'exprimant au nom d'un groupe, dont il faisait partie, de sénateurs américains en visite à Bagdad, John McCain énonçait ce savoureux truisme un mois et demi plus tard : « Une nouvelle équipe doit être constituée, reflet des vœux de la population. » Lindsay Graham, représentant républicain de la Caroline du Sud, se contentait d'un laconique « le peuple a souffert pour accéder à la liberté. » Quant au troisième homme du groupe, Joe Lieberman (indépendant, Connecticut), il avait choisi d'observer un silence prudent, jugeant sans doute que tout avait déjà été dit sur le sujet. Le lendemain même, le vice-président Joe Biden, venu célébrer le 4th of July avec les boys, lançait à l'adresse des invités locaux : « Je vous appelle à achever le travail. » Fermez le ban...
Voilà belle lurette que le tyran Saddam Hussein a cessé de se balancer au bout d'une corde et le peuple s'est exprimé, ainsi qu'il avait été invité à le faire. Il l'a fait librement, de l'aveu d'une mission d'assistance (Manui) composée de treize équipes d'observateurs qui ont visité 38 centres de votes, dans onze gouvernorats. Depuis, on n'a pas beaucoup avancé, il s'en faut. Périodiquement, des rencontres sont tenues, à différents niveaux et dans un assourdissant tintamarre médiatique, comme pour prouver au monde entier que, mais si, mais si, la vox populi se porte bien au pays du code de Hammourabi. En fait, tout le monde semble craindre qu'à l'instar d'une certaine pile électrique, la démocratie ne s'use que si l'on s'en sert. Exemple : le 29 juin, le Premier ministre sortant Nouri al-Maliki et son rival Iyad Allawi se retrouvent, une seconde fois en l'espace de quelques semaines, pour dit-on tenter d'élaborer une issue à la crise. Déclaration d'un artiste de la langue de bois intronisé porte-parole pour l'occasion : « Il a été procédé à un échange de points de vue sur d'importants sujets, comme la formation d'un cabinet d'union nationale. » Mais, petit bémol : la rencontre n'a débouché sur aucun accord. Révélation fracassante d'un autre témoin : « On n'a pas abordé les questions de la présidence et des portefeuilles ministériels. » Christopher Hill, l'ambassadeur US qui en a vu d'autres depuis qu'il est en poste dans la capitale irakienne, affiche un réalisme qui n'augure rien de bon pour les jours à venir : « Les négociations en sont au stade préliminaire. » Rassurons l'honorable diplomate : ils ne sont pas nombreux, les optimistes à tous crins qui entrevoient la lumière au bout du tunnel.
Hill encore : « Cela ressemble à un jeu d'échecs en quatre dimensions où l'on débat des bénéficiaires des trois postes-clés. » Il s'agit, on l'aura compris, du partage des trois présidences - République, gouvernement, Assemblée nationale - entre les trois grandes communautés, chiite, sunnite, kurde. Une fois ces questions réglées, il faudra passer à une foule de dossiers tout aussi majeurs : relations entre le pouvoir central et l'autonomie administrative du Kurdistan, partage des ressources naturelles, réforme de l'administration publique, retour des déplacés dans leurs foyers, reconstruction et développement, droits de l'homme. On ne finirait pas d'égrener la liste des sujets de possible discorde.
En cherchant, sans grand succès, à accélérer le rapprochement entre les deux adversaires, les Américains ont en vue un calendrier par eux défini, prévoyant de ramener fin août le nombre de leurs GI à 50 000, alors qu'au plus fort de leur engagement, ils étaient plus de 170 000 et que le retrait de l'ensemble du contingent devrait être achevé en décembre 2011. Mais pas plus que l'armée irakienne, les forces de sécurité ne sont en mesure de remplir le vide qui se créera alors. Ces derniers temps, le rythme des attentats s'est accéléré et avec lui le sentiment que l'on s'achemine vers une ère de violence accrue, aggravée par la tension politique ambiante elle-même nourrie par les manœuvres du bloc irakien d'Iyad Allawi et de l'Alliance de l'État de droit de Nouri el-Maliki. Si celui-ci est parvenu à rallier à son panache les partis religieux chiites, s'assurant du coup, sur le papier, une confortable majorité parlementaire, il n'en reste pas moins que son autorité est contestée par ses nouveaux alliés, à quoi s'ajoute le fait que Washington verrait d'un mauvais œil l'avènement d'une équipe dirigeante amputée de sa frange sunnite.
Hier, le Parlement décidait de prolonger de deux semaines sa session, censée expirer aujourd'hui mardi. Tout, hélas, permet de penser que le législatif aurait pu se montrer plus généreux dans l'octroi de ce délai.

Cela fait plus de quatre mois que tout le monde le pense et le dit : il est urgent qu'un nouveau gouvernement soit mis sur pied en Irak, il y va de l'avenir du pays. « J'exhorte les dirigeants politiques à agir rapidement et à collaborer dans un esprit d'unité nationale », écrivait déjà Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, dans un rapport publié le 21 mai. S'exprimant au nom d'un groupe, dont il faisait partie, de sénateurs américains en visite à Bagdad, John McCain énonçait ce savoureux truisme un mois et demi plus tard : « Une nouvelle équipe doit être constituée, reflet des vœux de la population. » Lindsay Graham, représentant...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut