Voilà belle lurette que le tyran Saddam Hussein a cessé de se balancer au bout d'une corde et le peuple s'est exprimé, ainsi qu'il avait été invité à le faire. Il l'a fait librement, de l'aveu d'une mission d'assistance (Manui) composée de treize équipes d'observateurs qui ont visité 38 centres de votes, dans onze gouvernorats. Depuis, on n'a pas beaucoup avancé, il s'en faut. Périodiquement, des rencontres sont tenues, à différents niveaux et dans un assourdissant tintamarre médiatique, comme pour prouver au monde entier que, mais si, mais si, la vox populi se porte bien au pays du code de Hammourabi. En fait, tout le monde semble craindre qu'à l'instar d'une certaine pile électrique, la démocratie ne s'use que si l'on s'en sert. Exemple : le 29 juin, le Premier ministre sortant Nouri al-Maliki et son rival Iyad Allawi se retrouvent, une seconde fois en l'espace de quelques semaines, pour dit-on tenter d'élaborer une issue à la crise. Déclaration d'un artiste de la langue de bois intronisé porte-parole pour l'occasion : « Il a été procédé à un échange de points de vue sur d'importants sujets, comme la formation d'un cabinet d'union nationale. » Mais, petit bémol : la rencontre n'a débouché sur aucun accord. Révélation fracassante d'un autre témoin : « On n'a pas abordé les questions de la présidence et des portefeuilles ministériels. » Christopher Hill, l'ambassadeur US qui en a vu d'autres depuis qu'il est en poste dans la capitale irakienne, affiche un réalisme qui n'augure rien de bon pour les jours à venir : « Les négociations en sont au stade préliminaire. » Rassurons l'honorable diplomate : ils ne sont pas nombreux, les optimistes à tous crins qui entrevoient la lumière au bout du tunnel.
Hill encore : « Cela ressemble à un jeu d'échecs en quatre dimensions où l'on débat des bénéficiaires des trois postes-clés. » Il s'agit, on l'aura compris, du partage des trois présidences - République, gouvernement, Assemblée nationale - entre les trois grandes communautés, chiite, sunnite, kurde. Une fois ces questions réglées, il faudra passer à une foule de dossiers tout aussi majeurs : relations entre le pouvoir central et l'autonomie administrative du Kurdistan, partage des ressources naturelles, réforme de l'administration publique, retour des déplacés dans leurs foyers, reconstruction et développement, droits de l'homme. On ne finirait pas d'égrener la liste des sujets de possible discorde.
En cherchant, sans grand succès, à accélérer le rapprochement entre les deux adversaires, les Américains ont en vue un calendrier par eux défini, prévoyant de ramener fin août le nombre de leurs GI à 50 000, alors qu'au plus fort de leur engagement, ils étaient plus de 170 000 et que le retrait de l'ensemble du contingent devrait être achevé en décembre 2011. Mais pas plus que l'armée irakienne, les forces de sécurité ne sont en mesure de remplir le vide qui se créera alors. Ces derniers temps, le rythme des attentats s'est accéléré et avec lui le sentiment que l'on s'achemine vers une ère de violence accrue, aggravée par la tension politique ambiante elle-même nourrie par les manœuvres du bloc irakien d'Iyad Allawi et de l'Alliance de l'État de droit de Nouri el-Maliki. Si celui-ci est parvenu à rallier à son panache les partis religieux chiites, s'assurant du coup, sur le papier, une confortable majorité parlementaire, il n'en reste pas moins que son autorité est contestée par ses nouveaux alliés, à quoi s'ajoute le fait que Washington verrait d'un mauvais œil l'avènement d'une équipe dirigeante amputée de sa frange sunnite.
Hier, le Parlement décidait de prolonger de deux semaines sa session, censée expirer aujourd'hui mardi. Tout, hélas, permet de penser que le législatif aurait pu se montrer plus généreux dans l'octroi de ce délai.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef