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Malgré la loi, les « produits guérisseurs » étalent toujours leurs miracles sur les antennes

Les principes généraux de la médecine par les plantes

« Rien n'est poison, tout est poison : seule la dose fait le poison », avait dit Paracelse, au XVIe siècle. Ce médecin suisse (il fut aussi alchimiste puis astrologue), qui a été à l'origine de plusieurs pensées modernes comme la médecine de travail et l'homéopathie, et considéré aussi comme le père de la toxicologie, a compris que toutes les substances à fortes doses sont toxiques, même les plus vitales d'entre elles comme l'eau, l'oxygène et les vitamines.
En partant de ce principe, la communauté scientifique insiste sur la nécessité de ne pas négliger les effets néfastes, voire dangereux, de certains produits et substances dits à base de plantes. « Tout ce qui est naturel n'est pas nécessairement bénéfique pour l'homme », affirme ainsi Marc Beyrouthy, agronome, détenteur d'un doctorat en sciences de la vie et de la santé (sciences des médicaments, pharmacologie thérapeutique) et d'un diplôme en ethnobotanique appliquée. Ainsi, certaines plantes sont de très bons remèdes à des doses bien indiquées, mais deviennent toxiques, voire dangereuses, à des doses supérieures. C'est le cas par exemple de la sauge, appelée « asiin ». « L'huile essentielle de cette plante contient des composés toxiques à fortes doses », indique ainsi Marc Beyrouthy.
De même, différentes parties d'une même plante peuvent être bénéfiques et toxiques pour l'homme. C'est l'exemple du Spartium junceum ou le genêt d'Espagne, communément appelé au Liban « Lisan al-asfour » ou « Wazzal ». « Les fleurs de cette plante sont très utilisées par la population locale et vendues par plusieurs herboristes tandis que les tiges sont réputées pour être toxiques, explique l'agronome. La science et plusieurs pharmacopées dans le monde considèrent que cette plante est très toxique. En effet, elle contient des alcaloïdes quinolizydiques (cytisine) à action voisine de celle de la nicotine. C'est la plante entière qui est désormais toxique, mais ce sont les graines mûres qui contiennent le plus de cytisine (1,4 %), suivies des feuilles jeunes (0,7 %), des feuilles âgées (0,3 %), des fleurs (0,4 à 0,6 %) puis des gousses vertes (0,3 %) et mûres (0,04 %). »

La terminologie
Donc, le traitement par les plantes n'est pas chose anodine, comme on aurait tendance à le croire en se disant que « si les plantes ne sont pas bénéfiques, elles ne sont pas non plus nocives ». La médecine par les plantes n'est pas une nouveauté. Sa pratique remonte à la nuit des temps et constitue une tendance de plus en plus en vogue, que l'Organisation mondiale de la santé a d'ailleurs encadrée, en posant certaines règles strictes concernant notamment « les recherches qui doivent être accomplies sur les effets de ces plantes ».
Or, «à la différence de plusieurs pays du monde, le Liban ne possède pas encore sa pharmacopée, qui est un ouvrage encyclopédique recensant principalement les plantes à usage thérapeutique et indiquant leurs effets bénéfiques et toxiques », note Marc Beyrouthy, précisant qu'un tel ouvrage nécessite des années de travail. « Au Liban, deux types de plantes médicinales sont utilisés : les plantes importées d'Inde, d'Iran et des pays arabes, et celles appartenant à la flore indigène, poursuit-il. Près de 143 familles, 1449 genres et 7253 espèces ont étés mentionnés dans la "Nouvelle Flore du Liban et de Syrie". De nombreuses espèces sont de même considérées soit comme des plantes médicinales, soit toxiques à fortes doses. Quelques-unes d'entre elles sont mentionnées pour leur contenu en principes actifs.»
Et l'agronome d'insister : « Un autre danger réside dans l'utilisation des noms arabes de ces plantes et non par leur nom scientifique, sachant que le nom arabe d'une plante peut désigner des espèces de genres différents. Si nous prenons l'exemple de "Kaff mariam", cette terminologie désigne à la fois le Vitex agnus-castus (Lamiaceae) au Metn et à Rachaya, l'Achillea biebersteinii (Asteraceae) à Baabda, l'Anastatica hierochuntica (Brassicaceae) chez les herboristes de Tripoli et Visnaga daucoides (Apiaceae) à Tyr. Pour une personne suivant une émission où l'on décrit les effets bénéfiques de "Kaff Mariam" pour réguler le diabète, la question qui se pose alors est de savoir laquelle de ces quatre plantes on doit utiliser, sachant que chacune d'entre elles a des effets différents. »
Un autre exemple est celui du «babounej» ou camomille. «Il existe trois types différents de camomille aux effets différents, explique Marc Beyrouthy. La camomille sauvage ou camomille allemande (Chamomilla rucutita), la camomille romaine (Chamaemelum nobile), et la grande camomille (Tanacetum parthenium). Au Liban, nous ne trouvons que la camomille sauvage, mais en très petites quantités, les deux autres genres sont parfois cultivés ou importés. Cependant, plusieurs autres plantes qui n'ont jamais été étudiées sont aussi appelées "babounej" au Liban, ce qui rend la tâche encore plus difficile. »

Phytothérapeutes, herboristes ou tradipraticiens ?
En se basant sur toutes ces données, quel serait un « spécialiste de plantes médicinales » ou « spécialiste d'herbes » ? « Cette définition n'existe dans aucun dictionnaire, répond Marc Beyrouthy. D'aucuns l'ont créée pour s'éloigner des catégories comme "herboristes" ou "tradipraticiens", désignant des personnes qui n'ont aucune base scientifique, mais ayant hérité de quelques notions de phytothérapie de leurs ancêtres. Certaines personnes associent même les mots herboristes et tradipraticiens au charlatanisme. Par contre, un scientifique, professionnel ou amateur, qui étudie la science des végétaux est appelé botaniste. »
Précisant qu'en France, le diplôme d'herboriste a été annulé en 1941, Marc Beyrouthy souligne que d'un point de vue légal, « seuls les pharmaciens ont le droit de vendre les plantes présentées selon leurs propriétés médicinales ». Et d'affirmer qu'un «diplôme universitaire de phytothérapie (une pratique basée sur les avancées et preuves scientifiques qui recherche les extraits actifs des plantes) ne peut être attribué qu'aux médecins, pharmaciens et vétérinaires qui désirent approfondir leurs connaissances des plantes médicinales ».
« Rien n'est poison, tout est poison : seule la dose fait le poison », avait dit Paracelse, au XVIe siècle. Ce médecin suisse (il fut aussi alchimiste puis astrologue), qui a été à l'origine de plusieurs pensées modernes comme la médecine de travail et l'homéopathie, et considéré aussi comme le père de la toxicologie, a compris que toutes les substances à fortes doses sont toxiques, même les plus vitales d'entre elles comme l'eau, l'oxygène et les vitamines.En partant de ce principe, la communauté scientifique insiste sur la nécessité de ne pas négliger les effets néfastes, voire dangereux, de certains produits et substances dits à base de plantes. « Tout ce qui...