« Nous ne nous opposons pas à la vente des plantes à l'état naturel, sous forme de sachets, poursuit le Dr Nassour. Mais du moment où l'on extrait les principes actifs, on est entré dans le domaine de l'industrialisation du médicament, qui doit répondre aux bonnes pratiques de fabrication ou les normes GMP. En effet, certaines chimiothérapies sont faites à base de plantes toxiques (les ifs, à titre d'exemple). La morphine est elle aussi extraite de plantes. De plus, du moment que ces plantes sont présentées sous forme galénique, qu'elles sont industrialisées et qu'elles ont des indications pharmaceutiques et médicales, elles sont classées comme un médicament. Leurs effets bénéfiques doivent de même être prouvés dans le cadre d'études cliniques et scientifiques. C'est de la duperie et cela revient à induire en erreur les consommateurs. Qui contrôle en fait ce que contiennent vraiment ces produits et s'ils sont industrialisés selon les normes internationales ? Et ce qui se passe actuellement dans ce domaine constitue un vrai danger pour les gens, d'autant que certains consommateurs de ces produits ont eu de sérieux problèmes de santé (insuffisance rénale, problèmes au foie...). »
Ce qui est diffusé sur nos antennes est une infraction avérée du code de déontologie des médecins et des pharmaciens, affirment à l'unanimité les ordres professionnels concernés. « Maintenant que la loi est promulguée, nous nous trouvons face à un grand défi, celui de savoir si le gouvernement veut l'appliquer, insiste le Dr Nassour. Et c'est une question légitime que nous nous posons, d'autant que le procès intenté depuis plusieurs années contre ces programmes et leurs promoteurs conjointement par les ordres des médecins et des pharmaciens et par la Société pour la protection du consommateur n'a pas encore connu de suites. Le magistrat nous a demandé des preuves, comme si tout ce qui se passe sur les antennes n'en est pas une ! »
Qui applique la loi ?
« Ce qui se passe sur les antennes constitue un danger pour la santé des gens, d'autant que certaines personnes souffrant de diabète, d'hypertension ou autres maladies graves ont interrompu leurs médicaments pour se traiter avec les "produits naturels", et les conséquences ont été catastrophiques, puisque certains ont été admis en urgence en soins intensifs, fait remarquer de son côté le président de l'ordre des médecins, Charaf Abou Charaf. D'où l'importance de la loi promulguée récemment et la nécessité d'arrêter ces publicités mensongères. Mais malheureusement, les commerçants de ces produits ont un pouvoir financier très important qui l'emporte sur nos moyens modestes en tant qu'ordres et professionnels de la santé. »
Et d'ajouter : « Malgré la loi et le retrait des licences accordées dans le passé à certains de ces commerçants, rien n'a encore changé. Qui est donc responsable de l'application de la loi ? En tant que médecins, nous sommes en train de sensibiliser la population dans le cadre des congrès et conférences que nous organisons. Mais malheureusement, nous ne pouvons pas atteindre tout le monde. Nos moyens modestes ne nous permettent pas de mener une contre-campagne médiatique, d'où l'importance d'appliquer la loi. Tout pays qui se respecte fait prévaloir la loi et notre gouvernement doit assumer ses responsabilités en ce sens. Malheureusement, il semble que le pouvoir de l'argent l'emporte sur toute autre chose. »
La Société pour la protection du consommateur explique quant à elle qu'elle a reçu de nombreuses plaintes de consommateurs. Or conformément à la loi 659 sur la protection des consommateurs, les commerçants de ces produits doivent être sanctionnés pour diffusion d'informations mensongères, ainsi que les médias qui servent de support à ces commerçants. Mais cette loi s'ajoute à tant d'autres qui sont loin d'être appliquées...


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