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L’Union européenne à l’heure du retour au cocon national - Bilan

Une présidence espagnole sous le signe d’une claire vocation européenne

Juan-Carlos Gafo
Le 30 juin 2010, la présidence espagnole de l'Union européenne s'est terminée, et le relais passe maintenant à la Belgique.
L'Espagne a assumé sa quatrième présidence, comme au cours des trois autres précédentes, avec une claire vocation européenne et, par conséquent, avec une pleine volonté de travail et de sens de la responsabilité. Nous avons compris que l'Europe se trouvait dans un moment décisif et pour cela, nous nous sommes fixé deux objectifs prioritaires : la pleine application du traité de Lisbonne et la performance efficace face à la crise économique. De même, nous avons compris que l'Europe devait continuer à renforcer son cadre de relations avec les pays tiers et que notre présidence devait se montrer proche des citoyens avec des propositions destinées à élargir l'exercice de leurs droits et à renforcer leur sécurité.
L'Europe devait croire en elle-même pour être capable de changer et elle ne pouvait le faire qu'à partir, seulement, de l'action conjointe et de l'unité et de la solidarité de tous ses États membres. Ce n'était pas le moment des protagonistes, des leaderships personnalistes ; c'était une opportunité pour affronter à temps et avec détermination les problèmes, et leur donner des réponses réalistes et audacieuses.
1.    L'Espagne, qui, avec tant de force, a promu l'approbation du nouveau traité, a travaillé depuis le début de sa présidence pour atteindre sa pleine application sans retards ni réserves. Il y a eu à peine du temps pour la transition, parce que l'Europe devait réagir aux sérieux défis, et pour cette raison, il était nécessaire que, dès le début, les nouvelles institutions et notre présidence agissent avec un maximum de coordination. Avec cette conviction, nous avons offert notre plein appui au président du Conseil, Van Rompuy, et à la haute représentante, Lady Ashton, avec lesquels nous avons maintenu une franche et effective collaboration.
Le traité a été notre référence avant même son entrée en vigueur, lorsque nous avions établi une étroite collaboration avec les prochaines présidences de la Belgique et de la Hongrie, adoptant un programme conjoint et un logo commun. De plus, nous avons maintenu une attitude de respect institutionnel et de coopération maximale avec la Commission et le Parlement européens, leur offrant notre appui dans le processus d'adaptation au nouvel équilibre institutionnel.
Voici les éléments qui caractérisent cette période où l'Espagne a exercé la présidence rotatoire :
2. À partir de notre tour de présidence, notre pays a dû lutter avec une conjoncture économique spécialement difficile et complexe, aussi bien à l'Union que dans notre propre pays. Depuis le début, nous avons enregistré un renouveau de la crise financière, en particulier dans le cadre de l'union monétaire, d'où, par conséquent, la double nécessité de continuer à progresser dans les réponses communes et conjointes dans le secteur financier comme d'accélérer et d'approfondir la gouvernance économique. Nous devions agir rapidement.
Le dernier Conseil européen a consolidé le compromis des États membres pour agir de façon coordonnée face à la crise et lui procurer pour cela des instruments plus efficaces avec un calendrier plus précis. Le Conseil a voulu envoyer un message clair aux acteurs politiques et économiques, et, surtout, à nos citoyens, faisant appel à la confiance et favorisant la stabilité, deux valeurs essentielles pour promouvoir avec succès le redressement de nos économies.
De même, le Conseil a progressé dans le renforcement du gouvernement économique de l'Union, aussi bien à travers l'accroissement de la discipline fiscale, comme à travers la détection anticipée des déséquilibres macroéconomiques et de l'évolution antagonique de la compétitivité. Nous sommes avant tout conscients de la nécessité d'améliorer la vigilance macroéconomique de l'Union. Il s'agit d'établir des mécanismes de diagnostic et de détection anticipée des déséquilibres et de trouver des solutions pour les corriger, comme l'a proposé le groupe de travail créé par le Conseil européen du printemps et dirigé par le président Van Rompuy. On étudie aussi la convenance d'institutionnaliser un mécanisme européen de stabilisation financière, sur les traces de celui adopté récemment, pour offrir une réponse efficace aux nouvelles crises financières qui pourraient survenir en Europe.
De même, on a pu approuver la nouvelle stratégie pour la croissance et l'emploi, qui essayera de faire face aux défis auxquels doit s'affronter la société européenne dans le futur - la globalisation, le vieillissement de la population et la lutte contre le changement climatique, en particulier - tout en mettant l'accent sur l'innovation, l'augmentation de la compétitivité et sur la transition rapide vers une économie faible en carbone.
3. Notre présidence s'est engagée aussi à renforcer la politique extérieure et de sécurité commune. Dans ce but, nous avons offert notre plein appui à la haute représentante et nous avons assumé, à sa demande, la représentation de l'Union devant quelques pays et la présidence des groupes de travail du Conseil en matière de relations extérieures. La présidence a accompli le mandat du Conseil européen en approuvant en avril une décision politique sur le service européen d'action extérieure et depuis lors, elle a promu le dialogue avec le Parlement européen pour son entière approbation.
Notre présidence a préparé des sommets avec les pays tiers, quelques-uns à l'extérieur, avec la Russie, le Japon, le Pakistan et le Canada ; d'autres, en Espagne : avec le Maroc, avec les pays d'Amérique latine et des Caraïbes, et dans le cadre sous-régional, avec le Mexique, le Chili, Mercosur, Amérique centrale, communauté andine et cariforum.
La célébration du premier sommet de l'Union européenne avec le Maroc a consolidé son statut avancé et a eu un sens spécial, étant donné qu'il a été le premier sommet de l'Union européenne avec un pays du sud de la Méditerranée et le premier aussi avec un pays arabe.
Je voudrais signaler en particulier l'intérêt politique du sommet Union européenne-Amérique latine et Caraïbes, ainsi que de ses sommets sous-régionaux à cause de leurs excellents résultats. Nous avons approuvé un plan d'action avec des programmes financés par la Commission dans des zones-clés pour le développement de la région. Nous avons créé la Fondation Union européenne-Amérique latine et Caraïbes, et nous avons lancé les facilités financières, dotée de 125 millions d'euros, pour la période 2010-2014. En plus, un accord d'association Union européenne-Amérique centrale a été conclu et l'accord commercial multipartite avec le Pérou et la Colombie a été ratifié, avec une mention spéciale aussi pour la reprise formelle des négociations concernant l'accord d'association Union européenne-Mercosur.
Le sommet avec la Russie a été constructif aussi, avec un riche agenda et la signature d'une déclaration conjointe sur la modernisation ainsi qu'un accord sur l'échange d'informations classifiées.
Nous aurions souhaité, toutefois, avoir pu célébrer aussi d'autres sommets, comme celui de la Transatlantique avec les États-Unis et celui de l'Union pour la Méditerranée. Quant à ce dernier, il a semblé plus opportun de l'ajourner à cause de la détérioration de la situation dans la région.
Malgré cela, l'annulation de ces sommets n'a pas représenté un ralentissement dans le développement de ces relations. Avec les États-Unis, nous avons réussi des progrès de grande envergure en matière de justice et d'intérieur, nous avons adopté une déclaration conjointe pour la lutte contre le terrorisme et nous avons travaillé pour un objectif commun, celui de la lutte contre la pauvreté. Dans la région méditerranéenne, nous avons développé les contacts et nous avons poursuivi le travail intensément pour atteindre un progrès dans les négociations et asseoir les bases d'une solution juste et viable pour toutes les parties concernées de la région. Nous espérons que le sommet puisse se célébrer dans de meilleures circonstances, toujours à Barcelone, dans le plus bref délai possible.
Notre présidence rotatoire a voulu prêter une attention particulière à la politique européenne de coopération et a joué un rôle central dans l'encouragement et la canalisation de l'aide pendant la grave crise humanitaire de Haïti et dans le tremblement de terre au Chili, ce qui a été amplement reconnu par les États membres et par la communauté internationale. À la demande expresse de la présidence espagnole, le Conseil aborda, pour la première fois, les sujets de coopération et d'aide au développement et confirma son engagement pour l'accomplissement des objectifs de développement du millénaire en 2015.
En ce qui concerne l'élargissement de l'Union européenne, notre présidence a encouragé les négociations. Dans le cas de la Croatie, tout paraît indiquer que finalement nous pourrons atteindre notre objectif d'ouvrir tous nos chapitres en suspens ; de même, avec la Turquie, malgré tous les inconvénients qui conditionnent cette négociation, nous croyons que nous pourrons couvrir l'objectif d'ouvrir un nouveau chapitre. L'UE a décidé l'ouverture des négociations pour l'adhésion avec l'Islande et a accueilli favorablement l'adoption de l'euro par l'Estonie à partir du 1er janvier 2001.
4. Pendant notre présidence nous avons prétendu placer les citoyens au centre de notre programme avec des propositions qui leur soient proches, et qui tendent à élargir leur champ effectif de leurs droits et de leur sécurité. Durant ce semestre, nous avons travaillé pour la mise en marche de l'initiative de citoyenneté et nous sommes déjà en mesure de promouvoir une négociation rapide avec le Parlement européen. De même, nous avons réussi à approuver un mandat pour accélérer l'adhésion de l'Union européenne à la convention européenne sur les droits de l'homme et les libertés fondamentales.
Pour la première fois, l'Union européenne a adopté un objectif spécifique pour la réduction de la pauvreté et de l'exclusion afin que vingt millions d'Européens puissent surmonter cette menace d'ici à 2020. Le soutien social durable constitue un des axes fondamentaux de la nouvelle stratégie et, pour cela, les États membres ont assumé l'engagement de prêter une attention prioritaire aux politiques de l'emploi, aux réformes du marché du travail et à la durabilité de nos systèmes de pensions.
Nous avons réussi, également, des progrès substantiels dans la lutte contre la violence par la création de l'observatoire européen pour l'éradication de la violence contre les femmes, la proposition d'assistance aux victimes par le moyen d'un téléphone européen gratuit ou la procédure pour une directive relative à un ordre de protection européen pour les victimes de la violence contre les femmes, qui permette que tout moyen de protection puisse automatiquement être mis en application dans tout autre État membre où la victime pourrait se déplacer.
Quant aux sujets relatifs à la sécurité et à la justice, nous avons approuvé le plan d'action du programme de Stockholm de 2010 à 2014 et la stratégie de sécurité intérieure, qui comprend un comité chargé de son développement.
Durant notre présidence, nous avons continué à promouvoir le développement des infrastructures des bases du transport dans l'Union européenne à partir de critères de compétitivité, de cohésion sociale et territoriale et de respect à l'environnement, et nous avons souligné le caractère prioritaire du couloir méditerranéen du transport des marchandises par voie ferroviaire à travers les Pyrénées.
De même, dans le cadre de la politique de la santé, nous avons adopté une nouvelle norme sur le don et les greffes d'organes, qui améliore le modèle existant et qui aura une répercussion importante dans la lutte contre le trafic d'organes.
En définitive, je crois que nous avons travaillé beaucoup et bien durant la présidence espagnole de l'Union, dans des conditions qui n'ont pas été toujours faciles. Ce fut un travail conjoint de plusieurs personnes, que nous devons remercier spécialement pour leur effort et leur efficacité.

Juan-Carlos Gafo,
ambassadeur d'Espagne au Liban
Le 30 juin 2010, la présidence espagnole de l'Union européenne s'est terminée, et le relais passe maintenant à la Belgique.L'Espagne a assumé sa quatrième présidence, comme au cours des trois autres précédentes, avec une claire vocation européenne et, par conséquent, avec une pleine volonté de travail et de sens de la responsabilité. Nous avons compris que l'Europe se trouvait dans un moment décisif et pour cela, nous nous sommes fixé deux objectifs prioritaires : la pleine application du traité de Lisbonne et la performance efficace face à la crise économique. De même, nous avons compris que l'Europe devait continuer à renforcer son cadre de relations avec les pays tiers et que notre...