Brigitte Bardot et Gunter Sachs, invités de marque à l’hôtel Phoenicia.
Aujourd'hui, la Grande Dame blanche n'a qu'une envie, alors qu'elle entreprend une cure de rajeunissement : ressortir ses meilleurs souvenirs. Se laisser conter par Mazen et Marouan Salha, respectivement président et membre du conseil directeur, et tous les témoins qui ont accompagné son et ses histoires.
Naissance et renaissances
C'est en 1953, durant les années prometteuses d'un Liban futur « Suisse du Moyen-Orient », que le rêve de Nagib Salha, fondateur de la Société des grands hôtels du Liban, est né. Il n'y avait alors, précise Mazen Salha, que l'hôtel Saint-Georges, le Normandy, le Bristol et quelques « petites » institutions. Le terrain de 5 000 m2 qui s'offre à lui abritait quelques hangars et des usines. Le décor, face à la mer, est ainsi planté. Le grand architecte Edward Durell Stone, célèbre pour ses nombreux projets tels le Radio City Music Hall au Rockefeller Center, le New York Museum Of Art, l'ambassade des États-Unis à New Delhi ou encore le John F. Kennedy Center for the performing Arts à Washington DC, se chargera de mettre sur pied le premier bâtiment. La petite histoire raconte que c'est en avion qu'il rencontre sa seconde femme Maria Elena Torchio, qu'il épousera au Liban... Le Phoenicia, sa tour A, ses 12 étages, sa piscine et ses restaurants, inaugurés en février 1962, sera le deuxième hôtel de la chaîne Intercontinental, en dehors des États-Unis, qui en compte aujourd'hui plus de 3 000. La demande grandissant, la construction d'un deuxième bâtiment est lancée en 1965 sur un terrain adjacent. La Grande Dame, avec au total 530 chambres, devient également célèbre pour ses spectacles, ses soirées de gala, mais aussi sa piscine légendaire, son coffee-shop, son bar sur la mer, son fameux « Paon Rouge », dont les invités en smoking et robes à paillettes revenaient, ravis, avec des photos prises le soir-même, sa salle de bal et son restaurant « Panache ».
Saïd Abou Ezzedine, directeur des opérations, se souvient encore des « missions impossibles » à relever. Du premier gâteau de mariage monumental en 1966, « sans doute le seul ! », monté tel une sculpture sur un échafaudage spécial. Des 250 petits déjeuners servis, en une demi-heure, dans leurs 250 chambres à un groupe de touristes français fort exigeants. Ou encore du bal des Petits Lits blancs, organisé en 1964 par l'hôtel Phoenicia à Beiteddine et animé par Gilbert Bécaud. « Le jour du bal, témoigne le directeur dans les archives de l'établissement, un effectif de 500 gendarmes, 200 scouts, 100 garçons et maîtres d'hôtel, 30 cuisiniers, 20 musiciens, 10 techniciens et 2 hélicoptères avait été prévu. Un détachement de huit cuisiniers ainsi que le matériel nécessaire furent acheminés une semaine à l'avance. Une brigade de 30 toques blanches formant le personnel du Phoenicia fut mise à contribution pendant 15 jours... Tout se passa à merveille ce soir-là, 1 000 plats, des centaines de bouteilles de champagne furent servis. Une petite erreur, cependant : nous avions oublié de servir le café! »
Les mille et une nuits prendront fin en 1975. La guerre des hôtels donnera le morbide départ des hostilités. La Dame blanche prend feu et porte le deuil. L'Autrichien Hans Teufel, son directeur alors, meurt asphyxié.
Années noires
De 1975 à 1993, l'hôtel n'est plus qu'un immeuble abandonné, une blessure, un souvenir des jours heureux. « Nous avons souvent pensé le rouvrir, précise Mazen Salha, mais les accalmies étaient peu convaincantes. » En 1982, la famille choisit d'investir son énergie dans l'hôtel Vendôme, « plus facile, plus rapide », en espérant des jours meilleurs. Ils arriveront fin des années 90. Et les travaux reprennent pour embellir la Grande Dame. L'ouverture se fera en mars 2000. Sur le dernier terrain en leur possession, les Salha construisent un immeuble de résidences meublées qui fait suite à l'hôtel. Ce nouveau visage à peine refait, l'attentat contre Rafic Hariri fait subir à la Grande Dame de nombreux dégâts, mais heureusement pas de victimes. Et la vie continue... Elle reprend de plus belle, avec, au seuil d'une saison touristique qui promet 2 millions de visiteurs, un établissement qui, à la veille de ses 50 ans, s'offre un coup de jeune. Ainsi, le Phoenicia Intercontinental contribue, à sa façon, au miracle libanais.


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