Laura Pollan, la chef de file des Femmes en blanc, une association qui regroupe les familles des détenus, pointe du doigt la photo de son mari, emprisonné. Desmond Boylan/Reuters
La libération de ces 52 opposants, considérés comme des « prisonniers de conscience » par Amnesty International et les derniers encore incarcérés après la vague de répression de 2003, a été annoncée mercredi au cours d'une rencontre entre le président Raul Castro, le cardinal Jaime Ortega, « médiateur » dans ce dossier, et le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos, selon un communiqué de l'archevêché de La Havane. Le cardinal « a été informé que dans les prochaines heures » cinq prisonniers seraient « remis en liberté » et pourraient « partir en Espagne en compagnie de leur famille », selon le communiqué. Les 47 autres prisonniers « seront remis en liberté et pourront partir du pays », selon le texte qui souligne que ces libérations interviendraient « sur une période de trois ou quatre mois ».
Les libérations annoncées pendant la visite du ministre espagnol sont un message lancé à l'Europe et aux États-Unis par le gouvernement cubain qui fait face à une grave crise socio-économique, estiment diplomates et dissidents. Venu appuyer la médiation inédite de l'Église catholique de Cuba en faveur des prisonniers, Miguel Angel Moratinos, avocat de la « cause » cubaine, a salué l'ouverture d'une « nouvelle étape » dont l'Europe et les États-Unis devront « prendre note ».
« Il n'est pas innocent que cette annonce soit survenue pendant la visite de Moratinos qui, en octobre 2009, était venu à Cuba avec un message verbal du président Barack Obama » demandant des réformes, soulignait un diplomate occidental à Cuba. Washington exige des réformes démocratiques à Cuba afin de lever son embargo en vigueur depuis 1962. « C'est un message envoyé à l'Europe, aux États-Unis, à tous ceux, même au sein du régime, qui réclament à l'instar de l'Église catholique un changement, une libéralisation » dans ce pays ultracentralisé et bureaucratisé, estime l'économiste indépendant Oscar Espinosa. Pour la journaliste d'opposition Miriam Leiva, le gouvernement « cherche des solutions aux problèmes socio-économiques » que connaît l'île de 11,2 millions d'habitants, minée par la corruption et à la démographie déclinante.
À Washington, la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, qui s'est entretenue au téléphone avec M. Moratinos, a qualifié de « signal positif » cette décision. « C'est quelque chose de tardif, mais de tout de même bienvenu », a-t-elle ajouté.
La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a de son côté souhaité la « mise en œuvre » rapide de cette décision et espéré « la libération de tous les prisonniers politiques à Cuba » qui seront encore une centaine à l'issue du processus de libérations annoncées, prévu sur quatre mois. Pour donner une chance à la médiation de l'Église, l'UE avait repoussé le mois dernier à septembre l'examen d'un éventuel assouplissement de la « Position commune » européenne qui conditionne depuis 1996 le dialogue entre l'UE et Cuba au respect des droits de l'homme et aux progrès de la démocratie sur l'île. L'Espagne veut l'élimination de cette « Position commune » que Cuba considère comme un « obstacle insurmontable » à la normalisation des relations avec l'UE. Une vague de répression contre 75 opposants en mars 2003 avait provoqué une rupture pendant cinq ans de la coopération entre l'UE et Cuba, une décision unilatérale de Fidel Castro après que l'Union eut adopté des sanctions.


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