Ah ! Oui, la location d'une chambre - qui n'a même pas été occupée - dans un luxueux hôtel sud-africain pour la secrétaire d'État aux Sports Rama Yade. Mondial de football exige...
Face à la colère populaire, Nicolas Sarkozy a fait un effort : pas de garden-party cette année pour le 14 Juillet (coût, l'an dernier : 730 000 euros, ce qui met un peu cher le pince-fesses) et plus de chasses présidentielles, ce qui signifie qu'il faudra de toute urgence trouver un autre titre pour M. Pierre Charon. Dans une note adressée à Matignon, la présidence de la République invite aussi les ministres à préférer le train à l'avion et à réduire à vingt le nombre de leurs équipes de gratte-occiput. En outre, d'ici à 2013, le parc des voitures de fonction sera amputé de 10 000 véhicules et le parc immobilier de 7 000 appartements. Enfin, promis juré, le rabotage va atteindre les budgets des ministères condamnés à être réduits de dix pour cent.
Deux têtes sont tombées : celle du fumeur de cubanos et celle du jet-setter. Il est clair cependant que cela ne suffit pas à apaiser le courroux de la rue, à l'heure où entre en éruption le volcan Bettencourt-Woerth. Du gros gibier celui-là. Pensez donc, un ministre du Travail chargé de faire voter la loi reculant l'âge de la retraite à 62 ans au lieu de 60, qui aurait, ainsi que son épouse, des accointances pour le moins embarrassantes avec Madame L'Oréal, lui qui passait jusqu'alors pour un Monsieur Propre, cela ne peut que faire désordre. La Maison s'en ressent, et avec elle le parti au pouvoir qui voit chanceler des assises devenues branlantes à l'approche de la fin du quinquennat. Fait sans précédent : la cote de popularité de l'hôte de l'Élysée est au plus bas avec 26 pour cent d'avis favorables, selon le dernier sondage TNS-Sofres. Interrogés lundi par Viavoice, 64 pour cent de Français jugent corrompus les politiciens de gauche comme de droite, ce qui devrait donner à réfléchir aux intéressés.
C'est dire qu'il conviendrait, n'est-ce pas, de réviser d'urgence le calendrier de ce sérieux remaniement ministériel, initialement prévu et annoncé pour octobre prochain. D'ici là, il ne suffit pas d'accabler une presse - celle-là même par qui tout le mal arrive - aux « méthodes fascistes » ni de juger que « la gauche fait le jeu de l'extrême droite ». Trop facile. Sans compter que l'idée d'une alliance de facto, combien contre nature, entre Marine Aubry et Marine Le Pen prêterait au mieux à sourire, au pire serait propre à déclencher, dans les deux camps, une rafale de protestations indignées. Mais François Fillon n'a pas tout à fait tort quand il lance : « Ceux qui sont impliqués dans cette chasse à l'homme (il s'agit de l'affaire Bettencourt) devraient se demander s'ils ont encore une conscience. » Suffit-il pour autant d'appeler au sang-froid les membres du gouvernement et de leur rappeler que « pour le reste, c'est moi qui suis maître du calendrier » comme vient de le faire Nicolas Sarkozy ? Reconnaissons cependant à l'homme que, sur ce dernier point à tout le moins, il voit juste. C'est bien lui en effet qui figure dans la ligne de mire de ses adversaires et qui doit donc prendre la tête de la contre-attaque. Tel est le prix à payer pour avoir voulu se mêler de tout, jusques et y compris des finances du quotidien Le Monde, des affaires de la télévision ou encore de la réforme du football français.
« La France s'ennuie » : signé Pierre Viansson-Ponté, ce titre d'un éditorial du plus célèbre quotidien du pays, daté du 15 mars 1968, avait provoqué à l'époque maints froncements de sourcils. Il ne faisait que reprendre une apostrophe célèbre de Lamartine pourfendant, dans un discours à la Chambre des députés le 15 février 1842, les hommes politiques « implacables, oui implacables à toute amélioration ». Non, aucune similitude entre la situation de l'époque et celle de 2010, annus horribilis entre toutes. Aujourd'hui, la France, à l'image du reste du monde, ne s'ennuie pas, elle s'inquiète. Et ce n'est pas l'incapacité des maîtres de notre pitoyable univers à résoudre les mille et un problèmes qu'ils sont censés affronter qui va apaiser les craintes. Au contraire.


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