Le médiateur accoucheur ne propose aucune solution. Son rôle principal est de faciliter et stimuler le dialogue et les rencontres entre les parties qui, elles-mêmes, maîtrisent leur terrain afin d'« accoucher » leurs propres solutions. Pour sa part, le médiateur « aviseur » a pour mission de trouver des solutions compatibles aux conflits. Son rôle est confondu avec celui du conciliateur. Cette difficulté de distinction entre l'intervention du tiers médiateur « aviseur » et tiers conciliateur est très justifiable. Un troisième modèle hybride, s'imposant dans le champ de la résolution des conflits par le recours en médiation, est celui du médiateur accoucheur et donneur d'idées. Ce médiateur, en plus de son rôle de facilitateur, se donne la possibilité d'« accoucher » des solutions.
À remarquer de plus que les caractéristiques de la médiation sont multiples. Commençons par noter celle de sa non-conformité avec les règles procédurales. Vu le fait qu'elle n'est pas encombrée par des entraves et des règles juridiques, elle peut aider les parties qui se croient antagonistes à arriver de plein gré à créer ou à accepter une solution qui les satisfait. Cette solution est le fruit de l'assistance du médiateur. Il intervient dans le but de recadrer le conflit en le posant comme étant un problème commun, et de parvenir ainsi à des résultats créatifs pour la résolution de ce dernier. Il se repose sur la notion principale de la médiation, qui se manifeste par un moyen efficace : celui de regrouper les parties autour de leurs intérêts communs. Cela dans le but de cerner toutes les dimensions du problème qui les mettent en conflit et donc d'établir des relations et des structures sociales plus solides.
Il s'avère de même que la médiation se caractérise par le fait d'assurer le caractère privé de l'affaire, de réduire et limiter les coûts par rapport aux procédures de contentieux ou d'arbitrage, d'investir le temps et de contribuer à créer un espace d'investissement qui escorte les derniers développements.
Bien que les avantages de la médiation soient plus que parfaits, il est nécessaire de passer de l'idée à l'action afin de concrétiser ce mode pacifique de résolution. Les parties en litige doivent accepter la médiation afin de l'envisager comme étant le premier recours de résolution à leur conflit. Une fois la médiation envisagée et le médiateur choisi et ayant accepté sa mission, il sera utile de contractualiser la médiation.
Le contrat de recours à la médiation ne transforme jamais ce mode de résolution en une obligation de créer une solution ou d'accepter une proposition de solution. Ledit contrat organise seulement le déroulement et les grandes lignes concernant ce recours. Il laisse aux parties prenantes la pleine liberté de décider et de choisir le sort de leur relation. Le choix peut être celui de sauvegarder leur état conflictuel ou de finir par opter pour un autre recours.
Malgré la maîtrise totale de leur situation, les parties sont menées implicitement à une thérapie. Elle a pour effet de briser les murs du conflit bâtis par le cumul des malentendus et du litige. À ce niveau, le rôle éminent du médiateur est de neutraliser le champ épineux du passé et faire une projection constructive vers l'avenir en assurant la permanence des relations saines.
La médiation est un tout présenté aux parties prenantes. Autrement dit, aucun modèle de médiation ne peut échapper à la phase d'exploration qui identifie la cause du conflit et approfondit les points qui répondent d'une façon directe aux intérêts des parties afin de pouvoir atteindre l'objectif efficient qui est la compréhension réciproque. Cette phase met en relief la principale cause qui a déclenché le litige et pousse les parties à une reconnaissance mutuelle sans aucune contrainte puisqu'elles sont convaincues auparavant que le fait de se permettre de comprendre l'autre ne signifie pas être d'accord avec lui.
De plus, la mission de neutraliser le champ envahi d'ondes négatives constitue une phase transitoire qui incite les parties, si elles ont réussi à surmonter les entraves et problèmes du passé, à entamer la phase de recherche d'une solution adéquate répondant aux besoins des deux parties qui s'entendent enfin. À ce stade, le médiateur déclenche la phase du présent, celle de la situation conflictuelle, en suscitant les parties à explorer le maximum d'options de solutions qui seront évaluées afin de faire émerger un accord qui projette la restauration de la relation vers l'avenir.
Il arrive cependant que le remue-méninges suscité par les parties prenantes échoue à répondre à leurs intérêts. Cela exclut la possibilité d'obtenir une solution commune adéquate au cours de la médiation, mais ne l'exclut pas dans une phase ultérieure. En fin de maturation, les parties peuvent de plein gré trouver spontanément un accord grâce au crédit qui leur a été fourni durant les séances de médiation.
Bien que la médiation soit une clé passe-partout qui ouvre des portes protégeant des personnes qui fuient l'idée de discuter, il existe peu d'affaires publiées et peu nombreux, voire rares, sont les médiateurs qui parlent de leur mission en raison de son caractère très discret.
Enfin, il est exact qu'« il n'y a pas deux personnes qui ne s'entendent pas, il y a deux personnes qui ne discutent pas ». L'interruption de tout dialogue et la méfiance face à la discussion sont les causes principales de la persistance de l'état conflictuel entre les groupes ou les individus.
La médiation est un magnifique outil pour alléger et assouplir les états d'âme des antagonistes. Le but de cet outil est de réactiver le dialogue et de neutraliser l'ambiance d'aversion pour le transformer en un champ d'interaction qui répond aux besoins et intérêts des parties afin de préserver de bonnes relations pour l'avenir. Il s'agit en somme de maîtriser sa vie, de maîtriser ses relations par ce mode pacifique de résolution des conflits : la médiation.
Avocat à la Cour
DESS contentieux, arbitrage et modes alternatifs de résolution des conflits
Présidente de l'Association libanaise pour la médiation et la conciliation

