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Liban - Éclairage

Gisements pétrolifères et eaux troubles

La question de l'existence de gisements pétrolifères et gaziers au large des côtes libanaises reste le sujet qui occupe actuellement le plus le gouvernement et le Parlement. Les réunions se multiplient au Parlement, au gouvernement et au ministère de l'Énergie pour tenter d'aboutir à une vision commune libanaise sur le sujet, indispensable pour consolider la position de l'État face aux visées israéliennes.
De l'avis de tous, il s'agit toutefois d'un dossier brûlant qu'il faudrait aborder avec précaution, tant il soulève des questions inhabituelles pour les Libanais. Selon des sources parlementaires ayant suivi la réunion des commissions conjointes lundi dernier, le dossier des gisements pétrolifères et gaziers pose des problèmes internationaux et internes.
Sur le plan international, le Liban a une autorité souveraine sur ses eaux territoriales et il peut entamer des forages là où il le souhaite dans ce périmètre géographique légal. Mais là où le bât blesse, c'est dans les eaux internationales, limitrophes des eaux territoriales qui sont régies par le droit international, et surtout dans les zones limitrophes avec les pays voisins. Pour ces zones, considérées sans jeu de mots comme des eaux troubles, la procédure internationale exige un tracé des frontières maritimes entre les pays voisins, ainsi que la délimitation des cartes qui doivent être ensuite envoyées à l'ONU portant la signature des concernés.
Au Liban, le problème de la délimitation des eaux territoriales se pose en particulier avec Israël, d'autant que, selon les premières estimations, il existerait plus d'un puits commun entre Israël et le Liban. L'État hébreu aurait déjà proposé aux Nations unies l'adoption de la ligne bleue dessinée en 2000 à la faveur du retrait israélien du Liban, mais une ligne bleue qui serait la continuation en ligne droite de la colonie de Mtollé (Metoullah), privant ainsi le Liban de plusieurs kilomètres de ses eaux légales, et donc certainement d'une grande richesse en gisements. Le Liban proposerait de son côté la ligne maritime dans la prolongation de Ras Naqoura, ce qui lui permettrait de gagner les kilomètres qu'il perdait selon la proposition israélienne. C'est surtout le président de la Chambre Nabih Berry qui défend cette thèse, au point que certaines voix l'ont déjà accusé de vouloir provoquer un nouveau contentieux avec Israël dans le style des fermes de Chebaa. Les tiraillements sur ce point risquent en tout cas d'être longs et épineux, d'autant que des ressources importantes sont en jeu.
Mais le dossier des gisements pétrolifères et gaziers pose aussi un problème, encore discret toutefois, avec la Turquie. En effet, le Liban doit aussi délimiter ses frontières maritimes avec Chypre. Or, la Turquie s'oppose au fait que la partie turque de l'île soit ignorée du tracé des frontières. Le gouvernement de Fouad Siniora avait d'ailleurs procédé à un tracé des frontières maritimes avec Chypre, mais les cartes n'avaient pas été envoyées au Parlement et encore moins à l'ONU. La délégation militaire libanaise qui s'est rendue récemment au siège de l'ONU à New York a d'ailleurs été interrogée sur la raison pour laquelle les cartes maritimes entre Chypre et le Liban n'ont pas encore été envoyées sur place. Visiblement, le Liban officiel ne souhaite pas irriter la Turquie, surtout depuis les dernières prises de position du régime turc, mais il ne peut pas non plus désavouer le travail déjà accompli. Il faut donc essayer de trouver une solution qui préserve les intérêts des parties concernées, tout en n'entravant pas le processus de délimitation des frontières maritimes. Selon les sources parlementaires précitées, le Premier ministre Saad Hariri aurait assumé la responsabilité du traitement de ce problème, qu'il compte évoquer au cours de la visite du Premier ministre turc à Beyrouth, prévue au cours des prochaines semaines.
Les problèmes internes soulevés par ce dossier restent en principe plus faciles à régler. Le conflit porte essentiellement sur la formation de l'organisme de régulation chargé de la gestion du dossier ainsi que sur celle du Fonds souverain qui devrait gérer les recettes des ressources pétrolières et gazières. Une partie du gouvernement suggère de les placer sous l'autorité du Premier ministre, à l'instar du CDR, alors que le ministre de l'Énergie souhaite les placer sous l'autorité du président de la République. Les derniers débats au Parlement ont dégagé une tendance à créer des entités autonomes, soumises à l'autorité du Conseil des ministres réuni. Mais aucune décision n'a encore été prise, car chaque partie souhaite être représentée au sein des entités en gestation, tout en se défendant de vouloir « une partie du gâteau ». Les mêmes sources parlementaires assurent que la pression exercée par le président de la Chambre, qui a lancé l'affaire des gisements dans les médias, vise à éviter de faire traîner le dossier, d'autant qu'il perçoit de grandes hésitations au sein de l'exécutif en raison de la complexité du problème. La question est sérieuse et elle ne peut pas être traitée avec la légèreté habituelle des instances officielles. D'autant que ses conséquences pourraient modifier la physionomie économique du Liban...
La question de l'existence de gisements pétrolifères et gaziers au large des côtes libanaises reste le sujet qui occupe actuellement le plus le gouvernement et le Parlement. Les réunions se multiplient au Parlement, au gouvernement et au ministère de l'Énergie pour tenter d'aboutir à une vision commune libanaise sur le sujet, indispensable pour consolider la position de l'État face aux visées israéliennes.De l'avis de tous, il s'agit toutefois d'un dossier brûlant qu'il faudrait aborder avec précaution, tant il soulève des questions inhabituelles pour les Libanais. Selon des sources parlementaires ayant suivi la réunion des commissions conjointes lundi dernier, le dossier des gisements pétrolifères et gaziers pose des...
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