Seul point commun avec les héroïnes des romans de Jean Bruce ou de Ian Fleming : Anna Chapman représentait le type même de la femme fatale, belle, intelligente, maîtrisant quatre langues au moins, détentrice d'un masters en économie, installée dans un superbe appartement non loin de Wall Street et dirigeant une entreprise d'immobilier on line. Sa page sur Facebook (187 contacts à travers le monde) affichait fièrement sa devise : « Si vous pouvez l'imaginer, vous êtes en mesure de le réaliser ; si vous pouvez en rêver, vous êtes capable de le devenir », une phrase qui ne veut absolument rien dire mais combien propre à enflammer, croyait-elle, les imaginations. Avec une dizaine d'autres personnes, elle avait la charge, ont conclu les enquêteurs, de glaner des « potins politiques » que tout ce beau monde aurait pu réunir en se contentant de parcourir le Web ou bien les pages des journaux du pays. Lundi, le groupe a entamé en prison un séjour qui promet d'être interminable, les révélations à suivre devant faire la joie des téléspectateurs et lecteurs de journaux - en attendant les films sur l'affaire.
Michael Farbiarz, procureur adjoint, a estimé devant le tribunal fédéral de Manhattan, à propos de la dame en question : « C'est un extraordinaire agent russe. » C'est bien vrai qu'il existe des détails troublants sur son compte. Elle est née, alors qu'existait encore l'Union soviétique, dans la région connue de nos jours sous le nom de Kharkov puis élevée à Volgograd. Son diplôme, elle l'a obtenu à Moscou, à l'Université de l'amitié des peuples, considérée alors comme l'antre des futurs « honorables correspondants » du KGB. On retrouve ensuite sa trace à Londres, où elle aurait épousé un sujet de Sa Gracieuse Majesté, travaillé dans une grande banque de la place puis dans une compagnie de location de jets pour hommes d'affaires fortunés avant de regagner sa patrie d'origine. Pour un stage de remise à niveau en prévision de son infiltration dans les cercles politiques US ?...
Officiellement, les membres de la bande ne sont pas - pas encore - accusés d'espionnage mais de conspiration et d'avoir omis de s'inscrire auprès des services d'immigration comme étant des « agents étrangers ». La plupart, pense-t-on, seraient des « dormants », c'est-à-dire des hommes et des femmes installés depuis longtemps dans le pays, se faisant passer pour des Américains ordinaires et que l'on « réveille » à un moment donné pour une mission déterminée. C'est ainsi qu'il y avait, outre Anna Chapman, Richard et Cynthia Murphy à Montclair dans le New Jersey, Vicky Pelaez et Juan Lazaro dans le Yonkers (État de New York), Mikhaïl Semenko, Michael Zottoli et Patricia Mills à Alexandria (Virginie), Donald Howard Heathfield et Tracey Lee Ann Foley à Boston (Massachusetts). Ces gens-là, témoignent aujourd'hui leurs voisins, vivaient comme vous et moi, rentraient chez eux en fin de journée avec un sac de provisions et, le dimanche, tondaient leur gazon ou prenaient le soleil sur leur perron. Le premier maillon de la chaîne et cerveau du réseau, Christopher R. Metsos, a été appréhendé en début de semaine à l'aéroport de Larnaca (Chypre) alors qu'il s'apprêtait à prendre l'avion pour Budapest.
Fin de la filature et du coup de filet. Début des supputations.
Depuis la fin de la guerre froide et dans le monde qui est le nôtre aujourd'hui, qu'y a-t-il encore à espionner ? Une des charges envisagées est celle du blanchiment d'argent, ce qui nous éloigne encore plus des « secrets défense » et autres balivernes périmées. Il reste que le pot aux roses a été découvert au moment où commençait la lune de miel entre Barack Obama et son alter ego russe Dmitri Medvedev, et par le FBI, un organisme gouvernemental où domine la frange républicaine du landerneau politique américain, comme l'ont souligné des experts moscovites. On pourrait aussi relever que le réseau ne peut qu'être téléguidé par le Sluzhba Vueshney Razvedki (SVR - le service de renseignements extérieur) qui avait succédé au célèbre KGB, dont l'un des membres fut un certain Vladimir Poutine, lequel rêve de nos jours de redevenir, à la place de l'actuel calife, le calife qu'il fut avant d'assumer le rôle de Premier ministre. Auquel cas il s'agirait d'une tentative de rétablissement que le Kremlin aurait contrée par la bande.
Trop tordue, la manœuvre ?
Dans les eaux glauques où évoluent les hommes de l'ombre, on en a connu bien d'autres.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef